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Dessin de Vasquez.

Dessin de Vasquez.

 

Coupes budgétaires obligent, les services publics ont été réduits au strict minimum dans de nombreuses communes. Et ce sont les habitants qui mettent désormais la main à la pâte. Mode d'emploi du citoyen modèle et de la "morale" collective.

A Higuera de la Serena [province de Badajoz, la plus étendue d’Espagne, située dans la région d’Estrémadure, dans le sud-ouest du pays], le dimanche n'est plus comme avant. Il est désormais consacré au nettoyage. Plus d'une centaine d'habitants se sont portés volontaires pour briquer le village chaque semaine. Le maire de gauche, élu en 2011, a découvert que sa municipalité de 1 060 âmes avait une dette de 800 000 euros, alors même que son budget n'atteint pas le million d'euros.

Il y a peu encore, six personnes étaient chargées du nettoyage et de l'entretien de la commune. Mais, aujourd'hui, il n'y a plus que deux employés à tout faire à la mairie – et encore, à mi-temps. "Il faut utiliser l'argent pour des activités productives, fait valoir Manuel Tamallo, l'adjoint au maire. Nous voulons mettre en valeur des vergers abandonnés, créer une petite pépinière d'entreprises..." Alors, les habitants ont commencé à se mobiliser. Outre le nettoyage, les bénévoles ont fait des travaux dans la halte-garderie et ont participé à la remise en état des sources. "Le fait que le maire et moi ayons renoncé à notre salaire a contribué à cette prise de conscience, explique l'adjoint. Nos administrés voient que nous sommes préoccupés et qu'on ne se fait pas payer."

Higuera de la Serena est un concentré des problèmes financiers qui assaillent le pays. Comment continuer à fournir toute la gamme de services de qualité auxquels les citoyens sont habitués alors qu'il faudrait régler les 40 milliards d'euros que l'administration espagnole doit aux fournisseurs ? Les retards de paiement sont parfois supérieurs à deux ans, ce qui entraîne la faillite de nombreuses petites entreprises et menace la continuité des services publics. "Si rien n'est fait, l'effondrement est inévitable, affirme Manuel Pimentel, ancien ministre du Travail et président de l'Association espagnole des sociétés de conseil. La bonne nouvelle, c'est que nous pouvons faire des choses pour anticiper."

M. Pimentel est l'un des experts qui, sous l'égide de la Fondation entreprise et société, veut susciter un débat public pour proposer des solutions en prévision de nouvelles coupes budgétaires. Julio Gómez-Pomar, directeur du Centre de l'innovation dans le secteur public de PwC et IE Business School, estime qu'en Espagne l'offre de services publics est trop importante par rapport à la richesse du pays. A l'en croire, nous avons un service de voirie trop généreux (en Autriche ou en Allemagne, par exemple, le ramassage des ordures n'a lieu qu'une ou deux fois par semaine). Nos transports publics sont particulièrement bon marché et les équipements sportifs presque gratuits, ce qui est sans équivalent dans d'autres pays. Tout indique que, si l'on veut éviter d'augmenter les impôts, la seule solution est que les citoyens prennent l'habitude de mettre la main à la pâte.

"J'ai vécu à Boston, et tous les matins d'hiver, les habitants utilisent leur pelle pour déneiger le trottoir, raconte Pérez Gomar. Ils en ont l'obligation. Ici, nous avons l'habitude qu'on fasse les choses pour nous." Et d'ajouter qu'autrefois il y avait [comme en France] des agents municipaux à moto qui ramassaient les crottes de chien, jusqu'à ce qu'on finisse par obliger les maîtres à le faire eux-mêmes.

La participation des citoyens aux tâches collectives fait partie de la culture anglo-saxonne ou suédoise. En Espagne, plusieurs initiatives vont dans le même sens. On peut citer les commandos de propreté de Rabanillo qui nettoient les rivières [dans la région de Zamora, proche du Portugal], la plateforme citoyenne qui gère elle-même un complexe sportif public à Carthagène [région de Murcie, dans le sud-est du pays] ou encore la transformation d'une usine désaffectée en bibliothèque populaire à Barcelone, dans le quartier de Can Batlló.

Francisco Salinas, professeur à l'université de Salamanque, spécialiste d'économie sociale, cite également le cas des chirurgiens de l'hôpital de Bellvitge, dans la périphérie de Barcelone : ils opèrent gratuitement certains patients urgents pour faire face aux coupes budgétaires. "Nous devrions tous nous adapter pour proposer des solutions à petite échelle, en fonction de nos compétences", note-t-il. Dans le même esprit, les citoyens peuvent aussi se mobiliser pour s'occuper à tour de rôle des personnes âgées. "Je ne suggère pas que l'administration cesse de s'occuper des personnes âgées, tempère Gómez-Pomar. Mais il faut soutenir ceux qui se mobilisent dans ce sens." On pourrait ainsi envisager de mettre en place un système qui permette aux salariés, tous les quinze jours par exemple, de quitter leur poste deux heures plus tôt pour effectuer ce genre d'activité.

Mais ce n'est pas seulement aux citoyens qu'il revient d'apporter leur petite pierre au service public, s'accordent à dire les promoteurs de la participation citoyenne. Les entreprises pourraient de leur côté être invitées à fonder leurs programmes de "responsabilité sociale" [financement par les entreprises de projets à caractère social, environnemental, etc.] sur des services essentiels à la population. Il est bon d'imaginer toutes sortes de solutions pour affronter les difficultés de trésorerie du pays.
source via "incapable de se taire"
Tag(s) : #Crise de l'Euro

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