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Par Piotr Moszynski

Après sept années de gouvernement socialiste, l’Espagne s’apprête à basculer à droite ce dimanche 20 novembre 2011. Les sondages créditent le Parti populaire (PP) de Mariano Rajoy d’une confortable avance de 17 points sur le Parti socialiste (PSOE) du Premier ministre sortant, José Luis Rodriguez Zapatero. Les bureaux de vote ouvrent de 7h TU à 18h TU.

Le candidat favori, Mariano Rajoy (du Parti populaire) en meeting à Vigo, dans le nord de l’Espagne, le 15 novembre 2011.
Reuters/Miguel Vidal

Face à une crise économique sans précédent, Zapatero a dû avancer de quatre mois les élections législatives et sénatoriales, initialement prévues pour mars 2012. Depuis avril dernier, on sait que le chef du gouvernement sortant ne se représentera pas pour un troisième mandat à la tête de l’exécutif espagnol.

Le Parti socialiste part en bataille sous le commandement d’un homme de 60 ans se distinguant par sa petite taille et sa grande calvitie. Fin stratège respecté pour ses succès dans la lutte contre l’ETA, charmeur, brillant orateur au sourire et au regard malicieux, Alfredo Perez Rubalcaba aurait sans doute eu toutes les chances de devenir le nouveau leader charismatique des Espagnols si la crise n’était pas passée par là. Mais, comme celle-ci s’est bien installée et que l’on n’aperçoit pas le bout du tunnel, son unique objectif électoral consiste à amortir la débâcle annoncée du PSOE, victime de la colère populaire liée au marasme économique.

Rajoy, peu charismatique mais tenace

Mariano Rajoy, lui, se retrouve dans une situation exactement inverse. Il est dépourvu de tout charisme et cultive une image sobre, voire ennuyeuse. Connu pour sa prudence, il est perçu par l’opinion publique comme l’incarnation même de sa Galice natale dont les habitants sont réputés très réservés et ayant pour habitude de répondre à une question par une autre question.

Bref, il doit son accession plus que probable au poste du Premier ministre surtout à la crise économique et aux erreurs des socialistes. Ses concitoyens lui reconnaissent quand même une grande ténacité, une vraie capacité d’écoute, ainsi qu’un véritable culte de la patience.

Le problème, c’est que la patience risque de ne pas suffire pour tirer l’Espagne du bourbier dans lequel elle se trouve. Bien au contraire, les marchés financiers et l’opinion publique attendent du nouveau gouvernement une action ultra-rapide, au moment où les coûts d’emprunt du pays atteignent des niveaux qui peuvent tout simplement le ruiner.

Selon les analystes cités par l’Agence France-Presse (AFP), il faut s’attendre à ce que le gouvernement sorti des urnes annonce dès la semaine prochaine un paquet de réformes clés destinées à redonner de la crédibilité à l’économie. Parmi elles, « une réforme du marché du travail, une réforme fiscale et l’assainissement du système financier ». Elles seraient mises en place à partir du 20 décembre, après l’installation des deux chambres du Parlement et l’investiture du gouvernement.

« Des coupes partout »

Pour éviter l’effondrement de l’économie du pays, il faudra agir non seulement vite, mais en s’assurant un soutien international aussi large que possible. L’expérience internationale de Mariano Rajoy semble limitée. En revanche, l’orientation politique du nouveau chef du gouvernement espagnol devrait l’aider à être en phase avec les dirigeants européens, à l’heure actuelle en majorité conservateurs.

En prenant le pouvoir, Winston Churchill promettait aux Britanniques « du sang, de la sueur et des larmes ». Mariano Rajoy annonce aux Espagnols à peu près la même chose ; en tout cas, il ne cache pas que l’avenir sera particulièrement difficile. Il annonce clairement « des coupes partout ». Le seul secteur qui doit être épargné, c’est celui des retraites.

Cependant, le tissu social en Espagne est déjà sur le point de se déchirer en morceaux. Sa capacité de résistance semble avoir atteint ses limites. Le pays est étranglé par un chômage record (21,5%) et menacé de récession. Depuis mai 2010, la population subit les conséquences de plusieurs mesures d’austérité importantes, comme la baisse de 5% du salaire des fonctionnaires, le gel des retraites ou le recul de l’âge de la retraite de 65 à 67 ans.

Il n’est donc pas surprenant que la grogne sociale monte. Et le nouveau gouvernement, qu’il soit de droite ou de gauche, sera obligé de passer le gros de son temps à annoncer des mauvaises nouvelles. Pour le favori des sondages, Mariano Rajoy, le temps de gouverner sera donc aussi le temps d’un éprouvant bras de fer avec la crise et peut-être avec les Espagnols.

source: rfi.fr

Tag(s) : #POLITIQUE

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