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Erdogan contre Lawrence d’Arabie (et la Syrie bien sûr)

La Ligue arabe a donc sans surprise rejeté la demande syrienne d’un sommet extraordinaire pour réexaminer la situation. Elle confirme ainsi sa position jusqu’au boutiste : bien loin de chercher le dialogue et l’apaisement, la Ligue, ou plutôt son directoire officieux du Conseil de Coopération du Golfe joue l’extension de la guerre civile et le renversement de Bachar, par rebelles ou OTAN interposé. Très certainement, Damas était sans illusion à cet égard, mais la demande d’un sommet extraordinaire de la dernière chance était aussi pour les Syriens un signe de bonne volonté, de conciliation, de dialogue envoyé à la communauté internationale. Mais bon, pour dialoguer un minimum il faut être deux, et que votre interlocuteur soit de bonne foi. Exit donc la Ligue arabe qui, vu l’instabilité générale en cours dans le monde arabe et les menées de l’administration américaine, se prépare des lendemains difficiles. Elle a déjà enregistré la dissidence de plusieurs pays importants, à savoir, outre la Syrie, le Liban, l’Irak, le Yémen et l’Algérie. Et son noyau dur « golfiste » n’est après tout pas à l’abri d’un autre « printemps arabe »… Dans l’immédiat, donc, la Syrie ne peut faire moins que boycotter la réunion de la Ligue prévue mercredi 16 novembre à Rabat.
Le rêve de plus en plus éveillé d’Erdogan
Autre maxillaire de la mâchoire que Washington s’efforce de refermer sur la Syrie, la Turquie d’Erdogan. Ce dernier vient de lancer une nouvelle rafale de menaces contre son voisin. Non content de reprendre à son compte les sanctions décidées par la Ligue arabe, Erdogan a carrément menacé de « couper l’électricité » à la Syrie, fort de la position géophysique de la Turquie, qui contrôle le partage des eaux de l’Euphrate, dont la source se trouve sur son territoire. On estime qu’Ankara fournit ainsi 60% de l’énergie hydroélectrique consommée par la Syrie. On se demande dans ces conditions comment le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, a pu déclarer, depuis Rabat où il joue sans doute l’ami de la cause arabe, que son gouvernement réfléchit à des sanctions « qui auraient des conséquences » mais qui « épargneraient le peuple syrien » !
On verra si Ankara met cette menace à exécution. Et on notera que la Turquie se dit toujours prête à « aider » son voisin, pour peu que sa direction fasse d’avantage de réformes. Des réformes, nos lecteurs savent que Bachar al-Assad en a promues d’historiques. Des gestes, il continue d’en faire : ainsi plus d’un millier de personnes détenues suite à aux troubles politiques viennent d’être libérées.
Le problème est que ses adversaires – du Golfe, de Turquie, d’Europe et d’Amérique – se moquent bien des gestes et des réformes : ils veulent, pour des raisons différentes, le renversement du pouvoir syrien, voire l’éclatement de la Syrie. Dans le cas turc, on sait que c’est une ivresse des sommets géopolitiques qui dicte le comportement de la direction AKP : fort de sa légitimité démocratique, de son modèle attractif d’islamisme réputé « modéré » – mais qui détricote patiemment la laïcité d’Ataturk -, de sa réussite économique et de sa montée en puissance diplomatique, le gouvernement Erdogan caresse de moins en moins discrètement des rêves néo-ottomans : au fond, ce à quoi Ankara travaille ces derniers temps – et qui explique son attitude tant envers la Syrie qu’envers Israël -, c’est à une revanche de 1918. En retrouvant le leadership au Proche-orient, en devenant de fait le « parrain » de la Ligue arabe – Erdogan a récemment été acclamé au Caire et Davutoglu est à Rabat mercredi -, la Turquie récupère des positions très anciennes qu’elle avait dû abandonner dans la défaite de la sublime Porte. Car, c’est sûr, Erdogan doit éprouver une étrange griserie à voir – on n’en plus loin – les descendants de Faycal – qui fut proclamé, en 1920, roi de Syrie par un congrès de notables syriens – venir lui manger dans la main. Et Lawrence d’Arabie ne devrait pas tarder à se retourner dans sa tombe, lui qui a aidé les Arabes à chasser l’occupant turc !
Rêve ottoman & réalités arabes
Cela dit, il n’est pas sûr que le Premier ministre turc ait les moyens de sa politique anti-syrienne.. D’abord, il n’est pas certain que son escalade anti-syrienne soit forcément populaire dans son opinion. Ensuite, malgré sa posture sultanesque, il n’est pas tout seul dans son espace géoplitique : des voisins comme l’Iran et la Russie peuvent discrètement lui taper sur l’épaule et lui rappeler qu’il n’est pas la réincarnation de Soliman le Magnifique.
Nous avons toujours pensé, à Infosyrie, et nous continuons de le faire, que la Turquie – la Ligue arabe aussi d’ailleurs – n’a pas les moyens, ni même la volonté de traduire ses paroles en actes géopolitiques concrets. Déstabiliser la Syrie c’est, pour les Arabes et les Turcs, se déstabiliser eux-mêmes – entre autres choses, la Turquie se mettrait d’autres Kurdes sur les bras. L’avenir dira si tous ces messieurs poursuivent l’escalade. Et si, par exemple, les monarchies du golfe s’entendront durablement avec l’arrogant Erdogan. La situation dans la région, et dans tout l’arc arabe, est compliquée, évolutive, dangereuse. Et la Syrie est l’étincelle qui peut mettre le feu aux poudres, comme les Balkans l’ont été pour l’Europe en 1914. C’est précisément pourquoi les ennemis proche-orientaux de Damas sont contraints, selon nous, à garder le sabre au fourreau.

Lawrence d'Arabie : peut-il voir, là où il est, les descendants de Fayçal faire le jeu des Turcs contre d'autres Arabes ?

Lawrence d'Arabie : peut-il voir, là où il est, les descendants de Fayçal faire le jeu des Turcs contre d'autres Arabes ?


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Tag(s) : #POLITIQUE

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