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Mourir, demain, d’un orgasme «explosif»? C’est la prédiction du biologiste franco-croate Miroslav Radman. Il formule aussi d’autres propositions, nettement plus cauchemardesques.

Les organes génitaux –chacun l’apprend à des âges variables— sont indispensables à l’obtention de l’orgasme. Mais depuis plus d’une décennie, les spécialistes des neurosciences ont progressivement découvert et démontré que le cerveau l’est au moins autant.

Pour faire simple la stimulation – réussie— des zones érogènes a pour conséquence réflexe de faire entrer en action les circuits cérébraux de «récompense» ce qui conduit à la perception consciente de sensations de plaisirs dont l’intensité ne cesse de croître avant l’acmé. Et point n’est besoin d’ajouter que la quête partagée de l’orgasme est, dans la très grande majorité des cas, très largement éloignée de la reproduction.

Questions: l’orgasme aura-t-il, demain, de nouvelles fonctions? Assistera-t-on bientôt à la mise au point d’un suicide «orgasmiquement assisté»? C’est l’une des prophéties que formule le biologiste Franco-Croate Miroslav Radman dans un récent et bien dérangeant ouvrage destiné au «grand public», Au-delà de nos limites biologiques ; les secrets de la longévité (Plon).



L’auteur explique en substance qu’au vu des découvertes faites dans son laboratoire sur certaines bactéries, les hommes de sciences disposent aujourd’hui des moyens techniques de prolonger la vie de leurs contemporains. Depuis deux siècles, nous gagnons déjà chaque année — «naturellement» — environ trois mois d’espérance de vie. Et selon ce biologiste nous pourrions, si nous en avions le «courage», amplifier artificiellement ce phénomène. Il suffit pour cela d’un peut d’imagination et de quelques subtiles modifications du patrimoine génétique humain.

«Allongement du temps de jeunesse»

Miroslav Radman a aujourd’hui 66 ans. Il est présenté, très simplement, par son éditeur comme «l’un des papes de la biologie moléculaire». Et il est persuadé avoir, dans son laboratoire, découvert les secrets de la longévité qui va «révolutionner l’humanité et relancer l’espoir de vaincre enfin le cancer». Ne reste plus qu’à avoir le «courage» d’effectuer les premiers tests sur l’homme. Il prévient en avant-propos :

«Cet ouvrage s’interroge sur la possibilité de prolonger la vie humaine avec l’allongement de son temps de jeunesse. Mais loin de vouloir assommer le lecteur avec un défilé de considérations scientifiques assénées du haut de ma chaire, je me vois plutôt, à travers ce texte, comme m’invitant chez lui à bavarder autour d’un bon verre de vin ! Il ne s’agit donc pas de littérature, ni de science, pas même de science-fiction, mais plutôt de science-inspiration.»

Allons-y pour le bon verre de vin, la «science-inspiration» et l’antique perspective de l’éternelle jeunesse. Mais, précisément, que viennent faire l’orgasme et la mort dans une telle perspective transhumaniste? Pourquoi phosphorer sur les moyens de rendre la mort «hyper joyeuse»? Tout simplement parce que prolonger la vie humaine, même dans de formidables proportions, ne changera rien, ou presque, à la peur de la mort. Il importe donc d’avoir la certitude que le moment de mourir pourra être un moment de plaisir énorme: «mourir de plaisir!».

Plaisir à la demande

Là encore Miroslav Radman fonde ses réflexions sur un postulat scientiste: on saura «tôt ou tard» ce qu’il en est de la biochimie de l’orgasme; et l’on saura du même coup de quelle manière les organes génitaux ne sont, en l’espèce, que des stimulateurs biochimiques de certaines régions cérébrales réceptrices à des molécules bien spécifiques. Quoi de plus simple, dès lors, que de confectionner des cocktails hormonaux qui, administrés dans le cerveau, déclencheront en quelques secondes un orgasme tout en laissant (si on le souhaite) les organes génitaux dans un complet repos.
Notre «pape de la biologie moléculaire» n’est sans doute pas le premier à bâtir un tel scénario qui émerge ici ou là sous la plume des auteurs de science-fiction. Il y apporte toutefois deux ajouts de taille: sa crédibilité scientifique et l’usage suicidaire qui pourrait être fait d’une telle découverte: délivrer à la demande «un plaisir tellement agréable et extraordinaire que nul ne pourrait regretter de quitter ce monde». Une sorte de paradis — à la fois demandé perçu et vécu— précisément au moment où la mort survient. Décidemment une autre bière que les tristes suicides assistés médicamenteux aujourd’hui proposés à Genève ou à Zurich.
Avec l’un de ses collègues (Errol Friedberg, «un grand scientifique aussi sérieux que moi!»), Miroslav Radman a pris les devants et imaginé l’ «orgastomètre», une sorte de montre mesurant scientifiquement l’intensité de nos orgasmes. «Sur une échelle de 100, un orgasme normal ferait 20, 25 ou 30, écrit-il. A l’extrême, quand on pleure, par exemple, c’est peut-être 35 ou 40. A 100, ce serait mortel: l’orgasme final. Et à côté de l’ «orgastomètre» figurera, autre petit appareil indispensable: l’«orgasmotron» directement relié au sang par de très fins capillaires capable de déclencher à l’échelon cérébral des orgasmes de l’intensité désirée et programmée.
Et la porte serait ainsi –enfin— ouverte à un «orgasme final»:

«Mourir d’orgasme! ce pourrait être d’un romantisme fou. Né de l’orgasme des parents et mort de son propre orgasme, la boucle serait majestueusement bouclée. Quelqu’un à une meilleure idée?»

Quant à la période de plus en plus longue séparant la puberté de la mort, ces approches techniques offriraient «la garantie de connaître tout au long de la vie le plaisir sexuel». «On ne parlerait plus d’impuissance. Si le but de toute la “gymnastique” horizontale, c’est l’orgasme, pourquoi ne pas s’assurer le moyen d’y parvenir en “œuvrant” moins?».

Considérations éthiques?

Rêve ou cauchemar? Provocation ou plaisanterie? La question ne se pose plus quand on atteint l’avant-dernier –et fort bref— chapitre de l’ouvrage titré «Davantage de considérations éthiques». L’auteur y brocarde gentiment les membres des différents comités d’éthique et les avis qu’ils émettent, comportant «trop souvent d’interdits teintés de tous les préjugés issus des croyances ou des religions».
Mais on en arrive rapidement à ceci:

«Finalement, à titre d’exemple des exercices utiles pour les comités d’éthique, voici une question que je me pose. Il y a seulement deux siècles, la moitié des enfants ne survivaient à leur dixième anniversaire. L’autre moitié survivait, dans la même famille. Donc, maintenant que cette mortalité infantile est quasi-éliminée dans les pays relativement riches, la sélection naturelle –et cruelle— ne “purifie” plus le patrimoine génétique de ses faiblesses génétiques. A ce fardeau, on rajoute des millions d’enfants conçu sans la sélection primaire au cours de la conception naturelle.»

On observera que des guillemets entourent le verbe purifier. Pourquoi ? Conclusion: «Seule une amélioration humaine de son propre génome (oui, par la modification génétique) pourra pallier, à long terme, la dégradation probable ou inéluctable de son patrimoine génétique –conséquence de la diminution de la sélection naturelle.»
A ce stade on oublie vite la renommée de l’auteur, ses élucubrations orgasmiques, suicidaire ou pas. On oublie aussi le «bon verre de vin» et la gentille vulgarisation. Car traiter ainsi de l’«amélioration humaine», de la «purification» et, corollaire, des dégâts causés par l’épuisement de la «sélection naturelle» n’a, malheureusement, rien de très nouveau. Née précisément pour partie des progrès de la génétique, l’histoire récente de cette catégorie de «science-inspiration» demeure indissociablement associée au cauchemar.

Jean-Yves Nau vu sur "Au bout de la route"

Tag(s) : #SANTE

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