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 Le site d'information Atlantico s'apprête à mettre en ligne une conversation -secrètement enregistrée- entre Nicolas Sarkozy et son ancien conseiller Patrick Buisson. Le thème: l'islam et notamment le statut de la femme musulmane.


 

Mercredi 5 mars, le Canard enchainé et le site Atlantico ont publié les premiers extraits des enregistrements effectués clandestinement par Patrick Buisson, ex-conseiller officieux et influent de l'entourage de Nicolas Sarkozy. 

 

Hier soir, Pierre Guyot, co-fondateur et actionnaire d'Atlantico, était invité par la Chaîne parlementaire afin de débattre de la teneur des premières révélations. Incidemment, à la fin de l'émission (44'35), ce journaliste a indiqué que son site allait publier, "dans les heures qui viennent", de nouveaux extraits. La date de la capture audio: le dernier weekend de février 2011, au moment où viennent de se dérouler les insurrections arabes. Les protagonistes de la conversation: Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson, Henri Guaino (conseiller social-gaulliste du Président) et Carla Bruni-Sarkozy. Le contexte: le chef de l'État revient d'un déplacement-éclair houleux  en Turquie où il s'est entretenu avec le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan. Le thème de la discussion enregistrée: l'islam et, plus spécifiquement, le statut de la femme musulmane.


Nul ne connaît encore, hormis les journalistes d'Atlantico, le détail exact des propos enregistrés à l'insu des interlocuteurs de Patrick Buisson (un ex-directeur d'un hebdomadaire d'extrême droite dont la défense judiciaire est désormais assurée avec zèle par un avocat-militant UMP par ailleurs co-directeur du Crif et proche de Benyamin Netanyahou).

Une chose est déjà certaine: le point de vue de Nicolas Sarkozy sur l'islam est, de notoriété publique, particulièrement négatif et caricatural.  Fin 2007, le correspondant de Libération à Bruxelles, Jean Quatremer, avait déjà rapporté une stupéfiante anecdote, passée alors inaperçue, au sujet de l’islamophobie régulièrement imputée à l'ancien chef de l'État: 

L’histoire se raconte dans les chancelleries européennes. Selon mes sources, le chef de l’Etat s’est lancé dans un monologue confus d’une vingtaine de minutes, "dans un langage très dur, très familier, choquant pour tout dire", contre le "trop grand nombre de musulmans présents en Europe " et leurs difficultés d’intégration. Il a aussi décrit de façon apocalyptique le "choc de civilisation" qui oppose les musulmans à l’occident.

Et Jean Quatremer de conclure :

Elles en ont, en tout cas, retiré la désagréable sensation que Sarkozy, non seulement avait un sérieux problème avec les musulmans, mais avait du mal à maîtriser ses nerfs. 

Quelques mois plus tôt, en février 2007, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur et candidat à la magistrature suprême, avait reçu des militants associatifs de Nanterre pour aborder les questions relatives à la banlieue. L’un des participants filma secrètement la rencontre. A partir d’une demi-heure de rushes, une web-tv, dénommée Icetream.tv et reliée à l’association Grignywood, réalisa un montage de 4 minutes pour restituer l’essentiel des déclarations. Le 17 avril, à la veille du premier tour des élections présidentielles, la vidéo avait été mise en ligne après avoir été refusée par la plupart des chaînes de télévision. À partir d’1mn 15, Nicolas Sarkozy tenait alors les propos suivants:

La communauté turque, elle s’intègre pas !

Ils parlent entre eux, ils se marient entre eux, ils vivent entre eux !

Un autre aspect de l'islamophobie d'État alors promue par Nicolas Sarkozy mérite ici d'être souligné, notamment à l'égard des nombreux citoyens s'interrogeant encore sur les tenants et aboutisssants de la sombre affaire Merah.

En février 2012, un mois avant les événements survenus à Toulouse et Montauban, Frédéric Martel, alors chroniqueur dans l'Express, publiait une analyse, à la fois spéculative et étayée par ses propres sources d'information, sur la statégie anti-islam pronée par Patrick Buisson auprès de Nicolas Sarkozy à la veille de la campagne présidentielle.


 

Rétrospectivement, son papier -particulièrement instructif sur la convergence efficiente des groupes et personnalités islamophobes- a gagné en force. Extraits (passages en gras soulignés par Panamza): 

Tout récemment, j'assistais à un débat public dans une enceinte de gauche et un intervenant s'est fait applaudir en disant simplement, calmement, qu'il n'était pas favorable au vote des étrangers aux élections locales. C'est aussi ce que répète à longueur de chroniques et sur tous les plateaux de télé, Caroline Fourest -qui sait bien prendre le pouls de l'opinion de gauche. Elle fut, elle aussi, applaudie longuement par les militants socialistes lors de la Convention sur l'égalité en décembre 2010 dans un discours habile, quoique entièrement hostile à la diversité et à la culture des français issus de l'immigration

Sur le droit de vote des étrangers, dont elle a déjà dit tout le mal qu'elle pensait dans Le Monde et sur France Inter, Caroline Fourest sera la boussole indiquant le Nord-Sarkozyste durant les semaines à venir.  

Claude Guéant ne fait pas autre chose que de tester de telles idées pour le compte du président. D'ou sa sortie très millimétrée hier sur le fait que "toutes les civilisations ne se valent pas", et sa réponse ce dimanche matin sur RTL: "Notre civilisation nous y tenons. Nous refusons le communautarisme à la différence de la gauche". Le thème de la vraie laïcité contre le communautarisme de François Hollande va être martelé dès l'entrée en campagne de Sarkozy avec une puissance extrême.

L'islamisme au coeur de la campagne 

 

Plus pervers, il est possible que Sarkozy attende aussi un évènement du type de celui de la gare du Nord pour lancer un vaste débat en France. Il peut également encourager ses lieutenants à s'en prendre à François Hollande et à son entourage sur toute compromission vis à vis de l'Islam. S'il trouve le moindre conseiller qui n'est pas tout à fait "casher", la moindre personne liée à des islamistes, il n'hésitera pas à faire d'un épiphénomène un sujet national. Ainsi, des proches du président ont déjà "briefé" certains journalistes sur les liens supposés entre des proches conseillers de François Hollande et le Maroc. Selon mes informations, les réseaux algériens du chef de l'État sont à l'origine de cette cabale et de ces rumeurs (François Hollande a prévu un voyage au Maroc et il pourrait faire l'objet de critiques à cette occasion). Une campagne sur ce registre est donc à prévoir, dans la même lignée que la campagne de rumeurs, totalement infondées, l'été dernier, à l'égard du mari "islamiste" de Martine Aubry. Cette campagne contre Jean-Louis Brochen, pourtant avocat catholique, d'origine bourgeoise, bretonne et symbole de la laïcité lilloise (il est contre le voile et plus encore contre la burqa), ont savamment été entretenues par l'Élysée et par un chef de l'État qui n'hésitait pas à évoquer lui-même "Martine et Martine", allusion sibylline à une légende hostile à un maure islamiste. Ici encore, c'est Caroline Fourest qui fut la principale responsable de la médiatisation de cette fausse rumeur… 

L'objectif du président-sortant n'est pas seulement, en la matière, de convaincre la gauche: ce qu'il veut, c'est contraindre les électeurs du Front National à penser que François Hollande risque de faire émerger des quartiers, des arrondissements et peut-être même des villes islamistes en France. 

Qu'il aime ou pas cette stratégie que lui a vendue son conseiller Patrick Buisson, Nicolas Sarkozy n'a de toute façon pas d'autres choix que de faire la guerre s'il veut gagner.

Car en fin de compte, l'idéologie sarkozyste n'est que cela: une tentative de prendre ou de conserver le pouvoir par tous les moyens; l'absence totale d'idéologie et de "colonne vertébrale"; et, bientôt, la guerre culturelle.  

Et si, en fin de compte, par hasard -et par malheur- il était réélu, je suis certain qu'il serait, une nouvelle fois, entre 2012 et 2017, le digne héritier de Nixon. Car son second mandat ne s'achèvera pas sans un Watergate.

 

 Hicham HAMZA

 

 

                                                  

Tag(s) : #POLITIQUE

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