Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Lisez, c'est intéressant...
Ultraman revient sur l'affaire des papillons mutants à Fukushima, information qui a circulé un peu partout (partie de chez Fukushima Diary, entre autres) qu'il n'a lui-même jamais diffusée (et donc moi non plus, avec l'expérience, je préfère m'en tenir à ses informations qu'il ne publie que dûment vérifiées). C'est la troisième affaire type ''rumeur sans fondement'' du genre.

''Des mutations de papillons causées par les radiations de Fukushima'', un remake de l'affaire Sokal ?

Sur les traces de ''La Californie a interdit la pêche à cause du thon rouge hautement radioactif de Fukushima !'' et ''Les athlètes japonais ont été exclus de la cérémonie d'ouverture des JO de Londres parce qu'ils venaient du Japon contaminé et qu'ils portaient des badges faits en bois de débris radioactif de Fukushima !'' (deux infos qui semblent avoir succombé à une mort bien méritée mais sans avoir d'abord mis de la confusion et de la panique parmi des gens au Japon et ailleurs), voici qu'arrive la toute dernière affaire à sensation sur Twitter au Japon :


Des papillons ont muté en raison des radiations provenant de l'accident de Fukushima !

Celle-ci a très bien marché pendant quelques jours, reprise pas uniquement par les grands médias de masse du Japon, mais également par des médias étrangers prestigieux comme la BBC, CNN et Le Monde. Pourquoi ? Parce que ce n'était pas un petit blog ou des infos russes qui ont lancé la nouvelle, mais parce que des chercheurs japonais de l'université de Ryukyus à Okinawa, ont publié leur papier sur le magazine Nature en accès libre.

Voici un extrait de ce qu'ont dit les chercheurs de l'université (Joji Otaki et consorts) dans leur article intitulé ''Les impacts biologiques de l'accident nucléaire de Fukushima sur les papillons'', publié dans Rapports scientifiques'' le 9 août 2012 :

L'effondrement de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi a causé une libération massive de matériaux radioactifs dans l'environnement. Un système rapide et fiable d'évaluation des impacts biologiques de cet accident sur les animaux n'était pas jusqu'ici disponible. Nous montrons ici que l'accident a causé des dommages physiologiques et génétiques au Zizeeria maha, un papillon commun au Japon. Nous avons collecté en mai 2011 des adultes qui volaient pour la première fois dans la région de Fukushima, dont quelques-uns montraient des anomalies peu sévères. La descendance F1 des femelles montraient de sévères anomalies, qu'ils transmirent à la génération F2. Les papillons adultes collectés en septembre 2011 montraient de plus sévères anomalies que ceux collectés en mai. On a reproduit expérimentalement des anomalies similaires chez des individus provenant d'une zone non-contaminée par des expositions à de faibles doses externes et internes. Nous concluons que les radionucléides artificiels de la centrale ont causé des dommages physiologiques et génétiques à ces espèces.


Cela semble effrayant, mais ce que les chercheurs ont omis de mentionner, mais que d'autres au Japon ont dit après avoir immédiatement commencé à disséquer l'article est ceci :

  • L'habitat naturel d'origine de ces papillons particuliers est plus méridional, des endroits plus chauds tels qu'Okinawa, Kyushu et Shikoku.
  • On sait que ces papillons ont subi de nombreuses mutations en migrant au nord, loin de leur habitat naturel, LONGTEMPS AVANT l'accident de Fukushima, et que cela a été bien étudié avec les résultats publiés.
  • Pourquoi ces chercheurs ont-ils recueilli cette espèce particulière exposée aux mutations s'ils voulaient vraiment isoler l'effet des radiations ?

Ces tweets ci-dessus en japonais ont été écrits par des gens ayant clairement une solide base scientifique pour analyser l'article.

Le Pr Joji Otaki lui-même a écrit un article sur le sujet de la mutation de cette espèce particulière, et a attribué la mutation à des températures plus froides. Mais aujourd'hui, en épluchant l'article, je vois que lui et ses collègues chercheurs attribuent les mutations physiologiques et génétiques de cette espèce de papillon à une exposition aux radiations artificielles de la centrale de Fukushima, sans prouver que ce sont vraiment les radiations de Fukushima qui ont causé la mutation génétique. Les chercheurs se contentent de dire ainsi, comme si c'était ce que tout le monde sait.

Comme contrôle, ils ont utilisé des papillons d'un habitat naturel méridional, plus chaud où les papillons sont plus stables génétiquement et les ont comparé avec les papillons attrapés dans les régions du nord, la plupart dans les préfectures de Fukushima et Ibaraki, où de larges variations et mutations ont déjà été observées avant l'accident nucléaire.

Cela a-t-il du sens ? Surtout quand le Pr Otaki a déjà amassé des données sur cette espèce dans les régions du nord aussi loin au nord que la préfecture d'Aomori ? Pourquoi n'ont-ils pas comparé les papillons pris à Fukushima avec ceux d'Aomori, qui n'a eu que peu de contamination par l'accident de Fukushima ?

Ils parlent comme s'il était bien entendu que les radiations de la centrale avaient causé les mutations. Mais ont-ils réellement mesuré les radiations dans les papillons ? Ils semblent avoir testé les feuilles mangées par les papillons, mais pas les papillons eux-mêmes.

De plus, ce qui m'a fait réfléchir a été ce graphique de l'article, montrant le pourcentage de papillons avec des anomalies. Regardez Motomiya City à Fukushima avec 100 % d'anomalies, à partir d'un seul échantillon. Ou 50 % d'anomalies à Iwaki, à partir de deux échantillons.


Hum. C'est quoi ? Peut-être une sorte de plaisanterie, ou une expérience ? Vous savez, tout à fait comme le département de la sécurité intérieure (DHS) américaine apportant délibérément des armes dans des postes de contrôle pour tester la compétence du personnel et la capacité de l'équipement pour détecter des armes ? Des armes du DHS passent souvent à travers les mailles du filet avec succès.

Il s'avère que je ne suis pas le seul à penser ainsi. Quelqu'un avec un grand sens de l'humour, qui semble être un chercheur en biologie cellulaire à l'université d'Osaka, a écrit un article soulignant tout ce qui se trouve ci-dessus et plus encore, et qui s'interroge, ''Pourquoi les auteurs ont-ils écrit un tel article avec autant de lacunes évidentes que même un étudiant de collège aurait vu ?'' Ses conclusions sont, ''Peut-être est-ce à l'aveuglette...'' Ce chercheur anonyme dit :


Peut-être un remake de l'affaire Sokal de 1996.

D'après Wikipédia :

L'affaire Sokal, également connue comme le canular Sokal, était la publication d'un canular perpétré par Alan Sokal, un professeur de physique de l'université de New York. En 1996 Sokal a soumis un article à Social Text, un journal universitaire d'études sur la culture post-moderne. C'était une expérience pour tester la rigueur intellectuelle du journal et plus précisément pour enquêter sur le fait qu'un tel journal ''publierait un article généreusement saupoudré de stupidités qui sonnerait bien et flatterait les idées préconçues de l'éditeur.''

Humm... Je pense que le chercheur anonyme a peut-être raison. Si cet article est lancé à l'aveuglette, il a pu être conçu pour réaliser ce qui suit, comme l'explique le chercheur sur son site web :

  1. Il révélerait que les médias ne comprennent pas ce qu'ils rapportent.
  2. Il révélerait le sérieux (ou son absence) de la mentalité scientifique de la société internet.
  3. Il révélerait le problème auquel fait face le monde scientifique – un article publié sans avoir été correctement évalué, et une fois publié, considéré comme la ''vérité''.

Si c'est le cas, chapeau aux chercheurs. Mais pas avant que je ne vois une annonce ou une conférence de presse de leur part disant que c'est vraiment le cas.

Cette ''nouvelle'' a presque disparu, et ceux qui s'inquiètent des radiations restent sur leur faim, en s'interrogeant. Beaucoup semblent croire que l'absence de nouvelles signifie que c'est vrai, que c'est un fait gênant que le gouvernement et TEPCO ont décidé de leur cacher.

Le gouvernement et les experts du gouvernement n'ont qu'eux-mêmes à blâmer, bien sûr, pour le manque de respect de la part de leurs citoyens. Ce qui me chagrine malgré tout est le manque de bon sens scientifique de la part des citoyens.

Tag(s) : #VIE QUOTIDIENNE

Partager cet article