Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le gouvernement fédéral vient de mettre sous tutelle la réserve amérindienne Attawapiskat, où plusieurs familles vivent dans des conditions particulièrement difficiles. Ulcérés par cette décision "paternaliste", les chefs des Premières Nations font appel à l'ONU.

Joël-Denis Bellavance

Dessin de Langer, Argentine.
Dessin de Langer, Argentine.


Réunis d'urgence à Ottawa le mardi 6 décembre, les leaders des peuples autochtones ont demandé aux Nations unies de dépêcher un rapporteur au Canada afin d'enquêter sur la pauvreté qui afflige leurs communautés, en particulier dans la réserve d'Attawapiskat, et de faire pression sur le gouvernement canadien pour qu'il respecte les traités conclus avec les Premières Nations. Ils ont aussi adopté une résolution condamnant la décision du gouvernement du Premier ministre Stephen Harper de mettre la réserve autochtone d'Attawapiskat sous tutelle et donné leur appui sans équivoque à la chef de la réserve, Theresa Spence.

L'état d'urgence a été décrété le 28 octobre dans cette réserve située dans le nord de l'Ontario, alors que des familles doivent s'entasser dans des tentes et des roulottes sans eau courante, sans électricité et sans chauffage en raison d'une grave crise du logement. Mis dans l'embarras par cette crise humanitaire, le gouvernement Harper a décidé, la semaine dernière, d'imposer la tutelle et d'envoyer un séquestre-administrateur, Jacques Marion, pour examiner les états financiers de la réserve. Le Premier ministre a dit ne pas comprendre pourquoi les 2 000 habitants de cette réserve vivent dans des conditions insalubres en dépit des 90 millions de dollars [66,5 millions d'euros] qu'Ottawa y a investis depuis 2006.

Mais les dirigeants de la réserve ont expulsé M. Marion et les fonctionnaires du ministère des Affaires indiennes, lundi, en soutenant que cette décision "paternaliste" était injustifiée et frisait la provocation. "Il faut dire au gouvernement fédéral qu'assez, c'est assez. Au lieu de travailler avec nous, le gouvernement a décidé de nous blâmer et de nous imposer la tutelle. Nous n'avons pas eu de réponse du gouvernement quand nous avons déclaré l'état d'urgence à deux reprises. Nous avons dû demander à la Croix-Rouge d'intervenir pour nous aider", a affirmé la chef Theresa Spence en refoulant ses larmes.

Le chef de l'Assemblée des Premières Nations [une organisation qui regroupe l'ensemble des chefs amérindiens canadiens], Shawn Atleo, a aussi donné son appui à la chef Spence. "La situation à Attawapiskat n'est pas unique au pays. Les Canadiens ont vu la semaine dernière des conditions de vie difficiles que nous voyons tous les jours", a-t-il affirmé mardi. Le ministre canadien des Affaires indiennes, John Duncan, a rencontré la chef Theresa Spence lundi, à Ottawa. Il a déploré la décision du conseil de bande de la réserve d'expulser le séquestre-administrateur Jacques Marion. Mais il a précisé que l'argent déboursé par le ministère des Affaires indiennes pour la réserve demeurerait sous le contrôle de M. Marion jusqu'à nouvel ordre. 


CONTEXTE Attawapiskat loin de constituer un cas unique

La réserve Attawapiskat n'est malheureusement pas une exception. Les villages amérindiens sont souvent très isolés et les infrastructures sont au mieux vieillissantes. Le Devoir rappelle ainsi qu'"au Canada, des centaines de réserves connaîtraient une situation identique, selon le grand chef du nord du Manitoba, David Harper [rien à voir avec Stephen Harper, le Premier ministre du Canada]. Et seul un cinquième des réserves ne serait pas aux prises avec des problèmes d'eau potable ou d'accès à de l'eau de qualité, selon Ghilain Picard, le chef de l'Assemblée des Premières nations du Québec. Dans le Nord-du-Québec, les réserves de Chisasibi et de Wemindji ont par ailleurs à leur tour sonné l'alarme à la réunion tenue mardi 6 décembre à Ottawa, privées d'électricité depuis lundi pendant que la région était aux prises avec une panne. Là-bas comme à Attawapiskat, le mercure continuait d'afficher entre -15 et -20 degrés."

source: Courrierinternational



Tag(s) : #ACTUALITES

Partager cet article