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Par Claire Arsenault

L’inquiétude générée par la crise économique associée à la souffrance au travail constitue un cocktail dangereux. C’est l’avertissement qu’ont prodigué des experts réunis cette semaine en France à l’appel de S.O.S. Amitié. Certains des intervenants de cette deuxième Journée nationale de l’écoute ont même évoqué le risque d’un « pic de suicides » lié aux tensions que subissent de plus en plus de travailleurs.

Des experts constatent que le travail est devenu « de plus en plus maltraitant, de plus en plus subi ».
Des experts constatent que le travail est devenu « de plus en plus maltraitant, de plus en plus subi ».

Getty / Daniel Grill

Les suicides sur les lieux de travail sont un phénomène relativement récent. Les premiers remontent aux années 1990, des années charnière au cours desquelles les relations dans l’entreprise ont été profondément modifiées de même que la valorisation du travail. Philippe Rodet, ancien médecin urgentiste aujourd’hui conseil en entreprise, exprime son inquiétude face à la conjonction des deux phénomènes (crise et souffrance au travail). « Cette intersection de deux crises qui vont se superposer, pour la première fois à ma connaissance dans notre Histoire, est assez inquiétante », pense-t-il.

Bonne volonté

La survenue d’une crise, explique Philippe Rodet, entraîne « une véritable souffrance » dont l'expression « est maximale trois ans après », ce qui a notamment été observé après la crise de 1929, avec des « pics de suicides en 1932 ». « En 2011, trois ans après 2008, on traverse une phase très difficile et il y a de nouveau une crise qui apparaît, et j'ai très peur de l'intersection de ces deux phénomènes », avertit ce spécialiste du stress. « Le point culminant, je pense qu'il est devant nous, qu'il est proche, et qu'il va demander une vigilance particulière », a-t-il ajouté.

La crise économique que nous traversons laisse beaucoup de personnes sur le bas-côté de la route. Plans sociaux, licenciements, fermetures d’usines, faillites se multiplient. Le risque est maintenant bien identifié et certaines entreprises forment leur encadrement au repérage des « cas » de souffrance au travail.

La bonne volonté est manifeste mais cela ne suffit pas toujours comme le souligne une étude du Lancet qui met en avant le cas de la Grèce, au coeur de la crise, et où le nombre de suicides a augmenté de 40% au premier semestre 2011 comparé à la même période de 2010. D’ailleurs, le Lancet note que dans l’ensemble des pays européens, le nombre de suicides est en augmentation.

Jean-Claude Delgènes, directeur du cabinet Technologia qui est intervenu notamment à France Télécom après une série de suicides, tout en mettant en évidence qu’il y a un « fort investissement des Français en entreprise », déplore que le travail était devenu « de plus en plus maltraitant, de plus en plus subi ». Devant cette situation qui s’aggrave, l’expert regrette également que dans certaines entreprises, la lutte contre les risques psychosociaux (stress, violences, suicides), sont moins une priorité en temps de crise.

Suicides camouflés

Particulièrement alarmiste, l’expert des questions de souffrance au travail Jean-Claude Delgènes, évoque des « suicides quasiment militants » en référence à des cas d’immolation et il met en garde en affirmant qu’« on va vers des homicides en entreprise ». Il assure ainsi avoir « dans notre cabinet, désarmé des gens en entreprise ».

La France a un des taux de suicide les plus élevés d’Europe avec quelque 10 500 cas par an et 15 000 si l’on ajoute les cas camouflés en accident. Mais, regrettent les syndicats, aucune étude n’a encore distingué parmi ces données celles qui concernaient les suicides d’origine professionnelle. De source syndicale, ce nombre peut être estimé entre 400 et 500 par an.

Reste qu’il est toujours très difficile de faire reconnaître le lien entre suicide et accident du travail : sur 72 demandes reçues entre janvier 2008 et juin 2009, la Cnam (Caisse nationale d’assurance maladie) n’a répondu positivement qu’à 28 d’entre elles (5 étaient en instance). Aux Etats-Unis où les suicides liés au travail sont également sous-estimés, les statistiques font néanmoins apparaître une augmentation de 28% de leur nombre en 2008, l’année de la crise des subprimes.

source: rfi.fr

Tag(s) : #SANTE

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