Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Quand une épaisse fumée orange a mystérieusement recouvert la ville de Tcheliabinsk fin août, les habitants terrifiés se sont cloîtrés chez eux. Les écoliers ont même raté leur rentrée scolaire. Mais les autorités elles, ont fait comme si de rien n’était.
Le nuage de fumée provenait d’un train de marchandises à la gare de Tcheliabinsk, une ville du sud ouest de la Russie. Selon le gouvernement local, il aurait été causé par une fuite émanant d’une cargaison de vingt bouteilles d’un litre de bromine, un produit chimique extrêmement toxique utilisé dans la fabrication d’insecticides, de fumigènes et de produits ignifuges. Toujours selon les autorités, une cinquantaine de personnes auraient été hospitalisées pour des empoisonnements et des brûlures chimiques. Mais l’ampleur des dégâts semble bien plus importante que ce que voudraient laisser croire les responsables locaux. Les conclusions d’une enquête des services fédéraux, révélées à la presse le 7 septembre par des médecins, affirment que 6 000 bouteilles de bromine auraient en fait été endommagées et que plusieurs centaines de personnes auraient été affectées par les fumées toxiques.
La région de Tcheliabinsk est décrite par la presse russe comme l’une des plus polluées du pays . C’est un foyer de l’industrie métallurgique russe, mais elle accueille aussi le "Mayak", un des plus importants complexes nucléaires du pays, tristement célèbre depuis l’explosion de 1957.
En 2010, deux des principales agglomérations de la région ont même fait leur entrée dans le Top 10 des villes les plus polluées de Russie.
Offensé par ce palmarès, le gouvernement local a décidé de redorer l’image de la région. À la fin du mois de juillet, Alexey Navalny, un célèbre activiste anticorruption, a découvert que le gouvernement local de Tcheliabinsk avait lancé un appel d’offres pour nettoyer la réputation négative de la région sur Internet. Les autorités cherchaient une compagnie capable de faire ressortir dans les moteurs de recherches les articles positifs, ou du moins neutres, sur la région, notamment dans les cas de recherches comme "radiations à Tcheliabinsk ", "Mayak accident " ou "Écologie de la région de Tcheliabinsk

"Parler des problèmes écologiques ici est complètement tabou"

Maxim Yahuchev dirige l’Union des écologistes indépendants de la région de Tcheliabinsk.
Le jour de l’accident, j’étais assez loin de la gare mais je pouvais tout de même sentir l’odeur des produits chimiques. Les autorités tentent aujourd’hui d’étouffer la situation. Parler des problèmes écologiques ici est complètement tabou parce qu’on présume que ça va entacher la réputation de la région. Pendant les premières heures après l’incident, les responsables locaux ont tenté de cacher ce qui s’était passé, mais les gens en ont parlé et les médias ont fini par s’emparer de l’affaire. Il n’était absolument pas imaginable que seulement 20 litres de bromine provoquent un tel nuage.
Pour autant, peu à peu, la situation écologique de la région s’améliore. La pollution de l’air est encore bien au-dessus de la normale, mais ces dernières années plusieurs grosses usines ont mis en place des programmes de nettoyage de l’air. Malheureusement, de nombreuses autres entreprises sont très en retard. Beaucoup reste à faire. Plutôt que de trafiquer les résultats de Google pour améliorer l’image de Tcheliabinsk sur Internet mieux vaudrait investir cet argent dans l’assainissement de l’air et de l’eau. "
Billet écrit avec la collaboration d'Ostap Karmodi, journaliste.
Tag(s) : #AIR DU TEMPS

Partager cet article