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Toit, toit, mon toit

 

François Bayrou, Eva Joly, Jean-Luc Mélenchon et François Hollande invités par la Fondation Abbé Pierre ce mercredi pour signer son "contrat social pour une nouvelle politique du logement". La fondation estime à plus de 3,6 millions le nombre de personnes "mal-logées ou sans abri". Que faire ?

 

 

 

"Ce « contrat social » permet le buzz (comme disent les jeunes) et la mise sur agenda politique (comme disent les spécialistes de science politique), mais il ne faut pas en attendre des miracles".

"Ce « contrat social » permet le buzz (comme disent les jeunes) et la mise sur agenda politique (comme disent les spécialistes de science politique), mais il ne faut pas en attendre des miracles". Crédit Reuters

Julien Damon

 

Julien Damon est ancien sous-directeur de la Caisse nationale des Allocations familiales et professeur associé à Science-Po (Cycle d'aménagement et d'urbanisme).

Il est l'auteur de Eliminer la pauvreté (PUF, 2010)

 

Atlantico: La fondation Abbé-Pierre a rendu public mercredi son rapport sur le mal-logement en France, doublé d'un "contrat social" présenté à François Hollande, Jean-Luc Mélenchon, Eva Joly et François Bayrou. Les déclarations d'intention s'enchaînent, mais les politiques publiques patinent. Le contrat social est-il en mesure de changer la donne ?

Julien Damon : Je ne le crois pas. Pour trois raisons.

D’abord, je ne vois pas ce que contient vraiment ce « contrat social » en termes d’obligation comme d’orientation réelle. C’est une jolie expression, d’extraction rousseauiste. Mais elle n’est qu’un engagement de candidats, une promesse, certes volontariste, couchée sur le papier, sans contenu technique détaillé.

Ensuite, il faut rappeler que l’exercice d’adhésion politique à une stratégie associative, en matière de logement, n’est pas neuf. Lors de la précédente élection présidentielle, en 2007, un plus grand nombre encore de candidats avait signé la « Charte du Canal Saint Martin » rédigée par les Enfants de Don Quichotte, avec un inventaire de mesures à prendre.

Enfin, le « contrat social » de la Fondation abbé Pierre contient quatre orientations stratégiques auxquelles on peut souscrire -du type « Produire suffisamment de logements accessibles partout où les besoins existent » - et dix objectifs qui, tous, peuvent être longuement discutés par les spécialistes.

Donc ce « contrat social » permet le buzz (comme disent les jeunes) et la mise sur agenda politique (comme disent les spécialistes de science politique), mais il ne faut pas en attendre des miracles. Au final, ce que montre ce « contrat » c’est la puissance de la Fondation Abbé Pierre.

 

 

 

Au-delà des mal-logés, se pose également la difficulté pour les ménages issus des classes moyennes de se loger, trop riches pour accéder aux logements sociaux, trop pauvres pour accéder à la propriété. Quelles politiques pourraient être engagées pour cette catégorie de la population française ?

 

Il est tout à fait exact que les classes moyennes, aux frontières floues et poreuses, sont affectées par un déclassement (ressenti et observé) en ce qui concerne le logement (celui dans lequel elles se trouvent, celui auquel elles aspirent, celui auquel elles peuvent prétendre). Pour ces catégories centrales de la hiérarchie sociale le pluriel n’est pas que de circonstance. Concrètement, il s’agit des personnes et ménages qui ne vivent ni dans l’aisance ni dans l’assistance, ni dans les banlieues huppées ni dans les quartiers défavorisés. En termes de logement, ce sont les strates inférieures des classes moyennes, quelles que soient les définitions et délimitations retenues, qui rencontrent le plus de difficultés, se rapprochant ainsi des catégories les moins favorisées.

Dans l’ensemble, les mécanismes socio-fiscaux ne sont pas favorables aux classes moyennes : les aides au logement vont d’abord aux moins favorisés, les dépenses fiscales bénéficient aux mieux lotis. Alors qu’ historiquement la politique du logement a plutôt visé les classes moyennes, celles-ci sont désormais relativement de côté par rapport, d’une part, aux ménages les plus pauvres et, d’autre part, aux investisseurs plus aisés. À mon avis, ce qu’il faut faire, mais c’est extrêmement sensible, c’est un choix clair : le logement social est-il pour les plus défavorisés ou alors pour les classes moyennes, notamment salariées, qui participent d’ailleurs directement à son financement ? Il faut vraiment clarifier ce point.

Tag(s) : #POLITIQUE

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