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Ils se sont appelés les 4 Millions. Ils se sont offerts une large page de publicité acquise dans quelques journaux de la PQN.

S'agit-il d'une cause humanitaire ? Que nenni !

En bas de page, les auteurs signent leur forfait: le syndicat des entreprises de services à la personne; le syndicat des autoentrepreneurs, l'organisation patronale Ethic présidée par Sophie de Menthon, et le Syndicat des Particuliers Employeurs.

En cause, le durcissement de la fiscalité des emplois à domicile. L'accusation est directe, contre le gouvernement et les députés qui le soutiennent. Le slogan ne prête à aucune confusion, il est politique: jamais une loi n'aura créé autant de hors-la-loi.  Ces auteurs prédisent un large recours au travail au noir puisque la loi de finances pour 2013 et celle de financement de la Sécurité sociale prévoit un relèvement des cotisations sociales (ou plutôt la suppression du choix du régime de cotisation par l'employeur - forfait ou réel), et surtout le plafonnement en valeur absolu des niches fiscales à 10.000 euros par foyer et par an. Or nombre de cotisations sociales patronales des particuliers-employeurs leur étaient remboursées de la sorte.

Cette prise de parole très politique n'est pas nouvelle.


Nous avions l'habitude de lire distraitement ces encarts publi-rédactionnels à la gloire de quelques autocraties africaines ou moyen-orientales dans la PQN. Combien d'articles à la gloire des ministres de l'exportation ou du commerce des Ben Ali, Kadhafi, Biya et consorts ? Ces publicités-là n'avaient pas grand effet sur l'opinion publique. Elles ne visaient qu'à rassurer les sphères politico-économiques sur la stabilité et la prospérité de ces régimes. Elles n'avaient pas grand chose à voir avec cette multiplication récente des interpellations ciblées et par voix de presse de quelques lobbies.

On se souvient de ce gestionnaire de fortune qui s'acheta une pleine page dans Le Monde et le Figaro en plein été pour crier sa crainte d'être « tondu » par l'équipe Hollande. Il fustigeait certaines dispositions fiscales - non encore votées ni même débattues.

Plus récemment, un député socialiste, nouvel élu qui ne faisait que son travail de parlementaire, a été nommément ciblé par la multinationale McDonald's. A nouveau, l'arme utilisée par le géant du fast-food fut également une pleine page de publicité dans cinq quotidiens: « Encore un petit effort Monsieur Thévenoud, vos chiffres sur l'utilisation de l'argent de la baisse de la TVA par McDonald's sont presque bons. » En cause, un rapport signé par le dit Thévenoud sur l'impact de la baisse de la TVA sur la restauration, l'une des plus grosses niches fiscales françaises ! Le député ne fut pas en reste. Il répliqua par une tribune - gratuite - publiée par Libération deux jours plus tard.

Ces prises de parole sont inquiétantes. Si l'on voulait se rassurer, on s'imaginerait que cette expression ne devient publique que parce que les habituelles pressions discrètes dans les couloirs de l'Assemblée ou des ministères font moins recettes.

Si l'on est réaliste, on doit s'inquiéter de cette américanisation du débat politique. Tous les groupes de pression ne sont pas logés à la même enseigne. Aux pauvres et aux précaires, la rue, les cris, les manifestations. Aux lobbies privés et aux grandes entreprises, la publicité dans la presse, les réseaux sociaux et demain, qui sait ?, la télévision ou la radio.

Qui contrôle ?

 

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Tag(s) : #MEDIAS

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