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Christophe Deloire

 

Christophe Deloire est journaliste, auteur et éditeur.

Depuis février 2008, il est le directeur du Centre de formation des journalistes (CFJ), l'école de journalisme de la rue du Louvre à Paris.

Il est le co-auteur de "Circus politicus" avec Chrsitophe Dubois (Albin Michel, 2012)

 

Voir la bio en entier

 

Christophe Deloire, co-auteur de "Circus Politicus", souligne l'attention excessive portée à certains dirigeants politiques et lieux de pouvoir au détriment des vraies instances décisionnelles en Europe.

 

 

    "Le système politico-médiatique reste concentré sur Paris, et on ne prête pas ainsi attention à ceux qui détiennent réellement le pouvoir, c’est-à-dire ceux qui sont à Bruxelles."

"Le système politico-médiatique reste concentré sur Paris, et on ne prête pas ainsi attention à ceux qui détiennent réellement le pouvoir, c’est-à-dire ceux qui sont à Bruxelles." Crédit Reuters

Atlantico : Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont donné lundi soir une interview conjointe aux chaines de télévision France 2 et ZDF. Vous venez de publier "Circus Politicus" (co-écrit avec Christophe Dubois) dans lequel vous dénoncez l'attention excessive portée à certains lieux de pouvoir politique au détriment des vraies instances de décision. Dans ce cadre, comment percevez-vous la rencontre Sarkozy/Merkel ?

 

Christophe Deloire : Ce qui est clair, c’est qu’il y a eu une présentation relevant de la communication. Cette présentation déforme la réalité en laissant penser que l’idéal démocratique se résume à une discussion entre chefs d’État et de gouvernement. Or ces discussions à huis clos ne permettent pas de savoir si ce sont les responsables élus qui prennent les décisions, dans quelles circonstances, et s'il existe la possibilité d’en débattre.

L’Europe fait face à un problème médiatique. Cela se traduit par une incapacité des citoyens à regarder au bon endroit. La preuve en est que personne ne connaît les personnes les plus importantes au niveau européen. Qui connaît Joseph Daul, le président du groupe du PPE (Parti populaire européen) et l'une des rares personnes à pouvoir appeler Angela Merkel et Nicolas Sarkozy sur leur portable ? Qui connaît Jean-Paul Gauzès, le coordinateur de la position du groupe PPE au sein de la commission des affaires économiques et monétaires ? Tous deux sont plus importants que les responsables politiques français, sur lesquels on peut lire de nombreux articles.

L’idée que nous développons dans notre livre Circus Politicus est effectivement que la politique se joue ailleurs. Ainsi, l’un des grands lieux de pouvoir aujourd’hui est le Conseil européen où les chefs d'État et de gouvernement se réunissent à huis clos. On ne connaît de ce qui s’y déroule, mais uniquement ce qu’ils veulent bien nous en dire. Dans notre ouvrage, nous nous appuyons ainsi sur des compte-rendus de négociations européennes qui permettent de prouver de manière irréfutable que ce qui se passe au sein d’une séance de Conseil n’a pas grand-chose à voir avec ce qui est présenté en conférence de presse. On a ainsi vu, une fois encore en lisant le compte rendu d’une réunion, que lors d’une séance où Nicolas Sarkozy prétendait à la sortie avoir dirigé la réunion, sur le verbatim, seules 13 lignes relataient ses propos.

 

D’autres compte-rendus montrent que, lors des sommets d’élaboration des plans de sauvetage de la Grèce, les chefs d’État et de gouvernement, le président de l’Eurogroupe ou le Gouverneur de la BCE affirment clairement que la présentation publique de l’événement ne correspondra pas à ce qui s’est dit en séance. Le fait que les débats ne soient pas publics est un vrai problème d’un point de vue démocratique. En démocratie, il y a certes une part de secret pour préserver la souveraineté et l’action du pouvoir exécutif. Mais, puisqu’il s’agit de décisions qui vont nous engager tous, éventuellement pendant des années, il n’est pas normal que celles-ci ne fassent pas l’objet de débats au préalable.

 

Pour revenir plus précisément à la rencontre Sarkozy/Merkel, une phrase de Nicolas Sarkozy m’a interloqué : «J’engage la parole de la France ». Ce type de propos souligne une dérive de l’ensemble de l’architecture du pouvoir. On se trouve finalement devant un homme seul qui décide pour nous tous sans le moindre débat, sans qu’on sache comment la décision a été prise.

 

Cet « homme seul » a toutefois été élu démocratiquement au suffrage universel direct. Il dispose ainsi d’une certaine légitimité…

 

Certes, mais il ne représente qu’une partie du corps électoral, il a été élu avec seulement 53% des voix. A cet égard, il n’y a pas de parallélisme entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel qui, à son retour à Berlin, doit faire face au Bundestag, le Parlement allemand. Outre-Rhin, un parlement, où diverses sensibilités politiques sont représentées, discutent. En France, on a simplement une approbation de députés.

 

 

Tag(s) : #POLITIQUE

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