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Même quand ils sont petits, les seins des femmes sont toujours bien plus gros que ceux des femelles des autres espèces. Il existe une étrange théorie pour expliquer cette disproportion anatomique étrange: les seins seraient des fesses postiches, collées sur la poitrine de la femme pour attirer le mâle.



L'idée que le seins sont des reproductions de fesses a été avancée par l'Anglais Desmond Morris, zoologue également connu comme "peintre surréaliste" (dixit Wikipedia). Curieux personnage que ce Desmond: en 1957, il expose des toiles qui ont été réalisées par son chimpanzé Congo. Dans les années 60, il présente une émission de TV intitulée Zoo Times.

En 1967, il publie un best-seller Le singe nu, qui se vend à plus de dix millions exemplaires et dans lequel il affirme que si les femelles du genre humain possèdent des seins aussi gros (alors qu’elle pourraient très bien allaiter en ayant la poitrine plate, tout comme le font les autres primates), c’est parce qu’en se redressant, passant de la position simiesque à la position d’être-qui-marche-debout, l’humain aurait changé de position sexuelle. Lorsqu’ils coïtaient à tergo, les mâles humains étaient très stimulés par la vision des fesses qui s’offraient à eux… Adoptant progressivement la position en face à face pour copuler, ils se seraient retrouvés fort frustrés de ne plus avoir sous les yeux la vision de deux globes séparés par une fente… D’après Desmond Morris, les seins des femelles humaines auraient alors pris du volume pour rappeler par mimétisme un gros cul.


Que vaut cette théorie ? Pour Thierry Lodé, biologiste français, professeur en écologie évolutive et spécialiste de la sexualité des animaux, elle n’est que partiellement juste.

Oui, la position debout favorise effectivement le face à face en amour, et donc la «position du missionnaire», dit-il. «On ne sait pas grand chose de l'adoption d'une telle position, sinon qu'elle a dû être favorisée par la locomotion debout, les préhumains se faisant face plus facilement… D'autres espèces la pratiquent plus ou moins régulièrement, et il est probable que l'habitude en ait été prise au fur et à mesure de l'évolution des grands primates… il y a sept à dix millions d'années. Peut-être…».

Cependant, l’adoption de cette position n’est pas directement responsable de l’augmentation de la taille des seins. «Il est probable que la position du missionnaire soit un peu trop récente dans l'évolution. Il faut aussi remarquer que les gorilles, les orang outangs (plus rarement), les bonobos, les chimpanzés et quelques autres espèces adoptent plus ou moins souvent la position du missionnaire sans révéler de seins volumineux…».

La raison pour laquelle les femelles dotées d’une paire de seins ont peu à peu pris l’avantage sur les femelles à poitrine plate s’explique donc autrement: «La taille des seins serait un facteur de séduction, explique Thierry Lodé. Une autre hypothèse, non contradictoire serait que la taille des seins constitue, d'une manière très primaire, une indication sur les aptitudes à l'allaitement chez la femme. La femme serait ainsi séductrice par ses aptitudes à la reproduction. C'est vrai que les mâles analysent de telles caractéristiques et sont davantage séduits par les femelles qui révèlent de tels attributs.»


La théorie de Desmond Morris est donc à la fois juste et fausse, dit-il. Juste parce qu’elle s’inscrit «dans la continuité de la théorie darwinienne de la sélection sexuelle. Les seins favorisent effectivement la copulation dans une position donnée chez l'homme» (1). Fausse parce qu’elle tendrait à dire que les seins ont servi de fesses de substitution. «Or rien ne sert à quelque chose, les organes ne sont JAMAIS sélectionnés POUR servir à quelque chose…».

S’il fallait conclure, on pourrait dire que les seins des femmes sont plus gros que ceux des autres animaux parce qu’ils constituent des caractères séduisants, des «stimuli exagérés», comme l’explique Thiery Lodé: «L'évolution exagère toujours. C’est un peu comme le nez du nasique ou la queue du paon». Il y a une forme de surenchère dans les manifestations souvent tapageuses de la séduction animale. Il faut être choisi. Il faut se distinguer du lot. Et le mutant qui dispose d’un cul plus rouge que ses congénères ou d’une voix de gorge bien plus chaude a toutes les chances d’être l’élu(e). «Ces choix réitérés sont probablement liés à une exagération des stimuli et à un biais sensoriel supranormal, dit Thierry Lodé. L'évolution des espèces repose énormément sur la séduction. On pourrait même dire que l'avenir des populations se construisent essentiellement sur les critères de séduction

Faut-il pour autant craindre que les femmes du futur ressemblent toutes à Barbie ? Non, car en matière de séduction, les facteurs sont multiples et c’est le plus souvent la femelle qui décide. Même si tous les mâles de l’espèce humaine aimaient les gros seins (ce qui reste à prouver), il ne faudrait pas oublier que les femmes aussi ont leur mot à dire dans le cycle de la reproduction. «Tout le problème vient de ce que les caractères biologiques doivent être choisis de manière réitérative pour être retenus par l'évolution.


Or si les hommes choisissent, les femmes également exercent un choix fondamental. Et l'évolution biologique résulte bien de la répétition des choix individuels. Il y a donc de la liberté dans les gènes… Pour ma part, j'incline à penser que si la taille des seins constitue un moteur de la séduction féminine, cela n'est pas liée à un avantage sélectif (position du missionnaire ou aptitude à la lactation), mais simplement à un biais sensoriel, à une indication séductrice… D'ailleurs, s’il résidait un avantage définitif à la grande taille des seins, les femmes à la petite poitrine n'existeraient plus depuis longtemps. De la même manière, si les femmes choisissaient les hommes parmi les plus beaux et les plus forts, nous serions tous beaux et forts depuis longtemps, étant les descendants de ces choix répétés. Et cependant, la variation persiste, car avec le choix de la poitrine, d'autres choix peuvent contredire cette évolution. Les caractères sont liés entre eux, et quand on choisit un individu, on prend tout, ses aptitudes et ses défauts…”.

Pour en savoir plus : La biodiversité amoureuse et La guerre des sexes chez les animaux, de Thierry Lodé, éd. Odile Jacob. vu sur "au bout de la route"

Tag(s) : #AIR DU TEMPS

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