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Il y en a un à qui il reste difficile de souhaiter une bonne année.

C'est Jérôme Cahuzac.

1. Il incarne la rigueur que l'opposition de gauche appelle improprement l'austérité. Pendant l'été, il a mené une vie (trop) dure à quelques ministres. Le volet fiscal des lois de finances et de financement de la Sécurité sociale - retoquée au Sénat à cause de l'opposition des élus communistes - puis revotés juste avant la trêve de Noël, contenait nombre de belles mesures - un premier véritable rééquilibrage des comptes et de l'impôt sur les revenus du capital - mais aussi des interrogations - comme sur l'insuffisante réduction des niches fiscales, ou le trop faible réajustement de l'ISF.

Cahuzac est aussi accusé par certains (à gauche) du sabotage constitutionnel de la taxation exceptionnelle à 75% des revenus supérieurs au million d'euro. Une proposition du candidat Hollande qu'il avait découvert comme simple téléspectateurs en février dernier, et qu'il n'avait pas digérée, une mesure finalement retoquée par le Conseil constitutionnel le 28 décembre dernier car elle visait les membres du ménage fiscal et non ce dernier comme c'est le cas pour l'impôt sur le revenu. Ce grave soupçon est porté par ceux-là même qui couinaient d'avance contre la mise en conformité dudit impôt. Cahuzac n'a rien saboté mais qu'importe ! Le mal est fait.

L'homme incarne une politique, il faut souvent des paratonnerres. Le destin de Cahuzac dans cette Hollandie débutante est de prendre plus que sa part de foudre.

Lundi 7 janvier, sa rentrée médiatique fut tardive, vers 23 heures dans l'émission Mots Croisés sur France 2, face à Jean-Luc Mélenchon. L'ex-candidat du Front de Gauche à l'élection présidentielle eut la formule facile: « Vous serez Cahuzandréou avec Hollandréou, d'un plan à l'autre, austérité et austérité, et encore austérité ». et le ministre eut le constat tout aussi évident: « Vous souhaitez l'échec de ce gouvernement en espérant nous succéder ». Le pompon de la soirée fut cet échange prévisible sur la lutte des classes. L'ancien médecin capillaire n'aurait jamais cru à la lutte des classes (« La lutte des classes, au fond, ça résume notre réelle divergence. Vous, vous y croyez toujours et moi je n’y ai jamais cru.») Aurait-il pu préciser s'il croyait au moins aux classes sociales, à défaut d'ignorer leurs luttes ?

Bref, Cahuzac reste certainement l'adversaire politique d'une belle fraction de la gauche.

2. Jérôme Cahuzac a aussi Mediapart aux fesses. Le site d'information ne le lâche plus. Et pour cause: depuis ses révélations en décembre dernier, il en va de sa crédibilité. Avec une hargne inversement proportionnelle à la solidité de ses arguments, le site devenu procureur en ligne tient sa mâchoire renfermée sur les mollets du ministre. Depuis bientôt 5 semaines, il publie quotidiennement un billet. Fabrice Arfi, l'auteur principal de l'enquête, et son patron Edwy Plenel reconnaissent bien volontiers d'où vient leur inspiration: Jérôme Cahuzac s'est montré indulgent avec l'un de ses prédécesseurs, Eric Woerth. Il devait donc être coupable. Les meilleures et les pires enquêtes commencent souvent ainsi, c'est-à-dire par une condamnation a priori.

Derniers développements, le parquet de Paris aurait décidé d'ouvrir une enquête pour blanchiment de fraude fiscale. Pour le site, la messe est dite et célébrée: « La justice ne semble plus se satisfaire du simple démenti de façade du ministre. » Car, rappelle le site, « l’ouverture de l’enquête du parquet intervient un mois après les premières révélations de Mediapart sur le compte détenu depuis le début des années 1990 par Jérôme Cahuzac à l’UBS de Genève. Le compte, non déclaré au fisc français, a été formellement clos début 2010, date à laquelle, alors simple député, l’actuel ministre du budget en a déplacé les avoirs à Singapour, d’après notre enquête.» Mais le ministre s'est réjoui de la nouvelle: « Cette démarche permettra, comme il l'a toujours affirmé, de démontrer sa complète innocence des accusations absurdes dont il fait l'objet ». Cette affaire frise le vaudeville.

La preuve principale de l'accusation mediapartesque est un enregistrement clandestin datant de 2000, et détenu par un ancien rival politique local de l'actuel ministre. L'Express l'a fait authentifié par un expert qui travaille habituellement pour des instructions judiciaires. Et le constat... est presque formel: difficile d'authentifier la voix du ministre, l'enregistrement est de mauvaise qualité, et il est incomplet.

L'annonce officielle de cette enquête préliminaire est à lire sur le site du Monde: « compte tenu de cette situation, des faits dénoncés par Médiapart susceptibles de recevoir une qualification pénale et des démentis de Monsieur Jérôme CAHUZAC, il appartient au procureur de la République de Paris, conformément à la loi, de faire procéder, sans attendre, aux vérificationsrelatives à la réalité et au contenu de l'enregistrement ainsi qu'à toutes auditions nécessaires pour parvenir à la manifestation de la vérité.Le parquet de Paris a donc décidé d'ouvrir une enquête préliminaire du chef deblanchiment de fraude fiscale et a saisi à cette fin la division nationale des investigations financières et fiscales ».

Et bien voilà, la belle affaire.

Meilleurs voeux. 

 

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Tag(s) : #POLITIQUE

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