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Le régime iranien a décidé d’interdire à la vente les célèbres poupées. Leur crime : elles sont américaines, blondes et montrent beaucoup trop de leur corps. Des allumeuses pour les ayatollahs.

 

 



 

 

n ces temps moroses où il n’est question que de crise, de chômage, d’inflation et d’agences de notation, les occasions de rire sont excessivement rares. Heureusement il y a l’Iran, pays providentiel, qui fait de louables efforts pour dérider un peu l’Occident souffrant.D’habitude, quand il est question de ce pays c’est pour parler du nucléaire, d’un savant iranien qui se fait exploser par des agents israéliens ou de la fermeture du détroit d’Ormuz (que l’Iran, courageux mais pas téméraire, ne fermera, bien-sûr, pas). C’est ainsi que l’on passe à côté de l’essentiel qui en dit beaucoup plus long sur l’Iran que les informations catastrophiques dont on nous abreuve.

L’Iran a une armée, une police, des miliciens. Il dispose aussi - et on n’en parle pas assez - d’une police des mœurs. Un boulot plutôt peinard qui consiste à vérifier que les Iraniennes ne montrent pas trop leur visage et pas du tout leurs jambes. Or cette police des mœurs, sur l’ordre de très respectables ayatollahs, vient de faire une descente efficace dans toutes les boutiques du pays pour y confisquer des dizaines de milliers de poupées Barbie. Des salopes, absolument non respectueuses du code vestimentaire islamique qui donne quand même le choix aux Iraniennes entre le voile, le foulard, le niqab, et la burqa ! A la place il est demandé aux parents des petites Iraniennes d’acheter des Barbie locales, made in Allah, au visage recouvert et de prendre aussi leur pendant masculin un Ken iranien qui (car, lui, on voit son visage) a déjà l’air de l’adipeux personnage qu’il sera quand il prendra de l’âge. C’est peu dire que ces poupées-là n’avaient aucun succès et se recouvraient d’une épaisse poussière sur les rayonnages ou elles attendaient désespérément d’être achetées.

 

Maintenant que l’impudique Barbie a disparu il est sûr et certain qu’elles vont enfin trouver preneur. Mais on aurait tort de voir dans l’action de la police des mœurs de M. Ahmadinejad d’aussi basses raisons commerciales. Il s’agit à l’évidence d’une cinglante et audacieuse riposte du régime de Téhéran aux menaces du Grand Satan américain…

 

On dira certes qu’il s’agit d’un évènement parfaitement anecdotique, futile et insignifiant. Pas du tout. Il illustre a l’évidence une maladie (je ne vois pas d’autres mots) qui touche en profondeur les sociétés ou l’islamisme règne en maitre sur les corps et les âmes. Il y a de cela quelques années on pouvait voir aux Guignols de l’info la marionnette, plutôt réussie, de Ben Laden hélas disparue (hélas pour la marionnette, pas pour Ben Laden !). Dans un des sketchs, PPDA interrogeait la marionnette sur les raisons de son anti américanisme forcené. Et Ben Laden expliquait qu’étant petit (mais déjà sexuellement très précoce) il avait demandé à son père de lui acheter une poupée Barbie et il l’avait aussitôt déshabillé. Puis – horreur et damnation – il avait découvert à son grand désespoir qu’elle n’avait pas de zézette ! Et Ben Laden pleurant de rage disait entre deux sanglots : « Voilà pourquoi je hais l’Amérique ! ». Anecdotique, futile et insignifiant là aussi ?

Pas tant que ça. Une société qui organise la frustration sexuelle, qui humilie les femmes, qui ramène les hommes à leurs plus primitives pulsions est une société malade. Une société qui interdit les poupées Barbie est une société malsaine et cette interdiction en dit long sur les fantasmes refoulés de ceux qui la dirigent. Pour ma part je ne souhaite pas une guerre contre l’Iran pour l’empêcher d’avoir la bombe atomique. Mais s’il devait y en avoir une, je trouverais sympathique qu’on la fasse pour rétablir les poupées Barbie dans leur droit…

Benoît Rayski  http://www.atlantico.fr/decryptage/iran-barbie-burqa-occident-detroit-ormuz-benoit-rayski-269054.html?page=0,1

 

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste.

Il a écrit notamment L'homme que vous aimez haïr qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Tag(s) : #AIR DU TEMPS

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