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Cela aurait pu être un bateau comme les autres, un de ces "boat people" dont les médias font quasi quotidiennement le récit de l'arrivée, souvent dramatique, sur les côtes australiennes. A son bord, 74 migrants, demandeurs d'asile venus du Sri Lanka, d'Iran ou encore d'Afghanistan. Mais celui-là est arrivé samedi 20 juillet, au lendemain de l'annonce par le nouveau premier ministre, Kevin Rudd, d'un changement majeur dans la politique d'immigration australienne.
 
A moins de deux mois des élections, les travaillistes se devaient de frapper un grand coup pour espérer inverser la courbe des sondages qui les donnent perdants. Après des concessions sur la très polémique taxe carbone, c'est finalement en matière d'immigration que Kevin Rudd aura choisi de montrer son autorité.

Tous les migrants qui arriveront désormais sur le territoire australien - à commencer par ces 74 demandeurs d'asile - seront envoyés dans des centres de rétention en Papouasie Nouvelle Guinée, d'où ils seront pour la plupart renvoyés dans leur pays. En vertu de cet accord avec le gouvernement de l'île voisine, qui s'appliquera au moins pour un an, Canberra s'engage en contrepartie à financer la mise aux normes des centres de la Papouasie, dont le principal situé sur Manus Island, et de prendre en charge les coûts liés au déplacement des migrants. Le pays apportera en outre une aide financière à la Papouasie, notamment pour rénover ses hôpitaux et ses universités.

Un accord "qui aura un coût", a confirmé Kevin Rudd, mais qui "enverra un message clair et net à tous les passeurs clandestins qui profitent de ces migrants". Le but est clairement affiché par le gouvernement : faire comprendre aux clandestins qu'ils n'ont "aucune chance de s'installer en Australie".

Ce nouveau tour de vis migratoire a eu l'effet d'un séisme, dans une société australienne qui a toujours reposée sur une politique d'immigration relativement souple. Amnesty International a immédiatement dénoncé "le jour où l'Australie a décidé de tourner le dos aux plus vulnérables de la planète". Des avocats spécialisés dans le traitement des dossiers de clandestins ont dénoncé un accord qui "va à l'encontre des obligations de base de l'Australie pour aider les réfugiés", alors que le centre de Manus Island est réputé pour ses conditions inhumaines et la Papouasie pour ses "abus quotidiens en matière de droits de l'homme".

La décision des travaillistes a également provoqué un bouleversement majeur dans le fragile échiquier politique de l'Australie. Les Verts, jusqu'à présent alliés des travaillistes, ont vivement dénoncé la nouvelle législation, la chef de file des écologistes, Christine Milne, déplorant "un jour de honte pour l'Australie". Selon elle, il est "consternant" que l'Australie "paie son plus pauvre voisin pour pouvoir larguer ces gens sans leur laisser une seule chance de trouver une sécurité, un travail ou tout simplement une vie décente". Kevin Rudd "a pris un virage tellement à droite qu'il bat désormais les libéraux en terme d'inhumanité".

Couper l'herbe sous le pied de l'opposition, c'était bien le but du nouveau gouvernement, poussé dans ses retranchements pour retrouver sa popularité d'antan. Preuve de l'efficacité de la stratégie, le leader des libéraux, Tony Abbott, n'a pu que "saluer" l'accord, se félicitant d'un "développement prometteur de la politique migratoire". Il a cependant appelé les Australiens à ne pas faire confiance aux travaillistes sur leur capacité à arrêter l'arrivée des clandestins.

Le ministre de la justice, Mark Dreyfus, a d'ailleurs fait part de ses craintes que cette nouvelle législation ne puisse être appliquée en vertu des lois internationales. La convention des Nations Unies, dont l'Australie et la Papouasie Nouvelle Guinée sont tous deux signataires, pourrait en effet rendre impossible un tel accord entre les deux pays.

En réaction à ces annonces, des émeutes ont éclaté dans le centre de rétention australien de l'île de Nauru, et près de la moitié des 500 demandeurs d'asile du centre ont réussi à s'échapper alors que plusieurs bâtiments ont été incendiés.

Depuis le début de l'année, 218 bateaux sont arrivés sur les côtes australiennes, transportant 15 610 migrant, dont 9 941 sont détenus dans les centres de rétention du pays. Selon les gardes-côtes australiens, 806 demandeurs d'asile se sont noyés cette année alors qu'ils tentaient la traversée.

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Tag(s) : #POLITIQUE

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