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Ce n’est malheureusement pas une histoire exceptionnelle, d’autres cas similaires ont déjà été rapportés et d’autres arriveront. Depuis longtemps les médias en général ferment les yeux sur certaines vérités quand à l’intolérance dans certains pays dont l’Égypte avec les coptes sans cesse traqués, malheureusement nous ne pouvons rien changer mais nous pouvons toujours en parler…

Merci de ne pas faire d’amalgames ni de laisser des commentaires litigieux dans vos commentaires, il s’agit ici du Pakistan, pas de la France, tout commentaire ne respectant pas les règles ni la loi seront supprimés.

Asia Bibi, condamnée à mort au Pakistan pour avoir bu de l'eau dans un puits.

Asia Bibi, condamnée à mort au Pakistan pour avoir bu de l’eau dans un puits.1996-98 AccuSoft Inc., All right

Chrétienne du Pendjab, Asia Bibi, ouvrière agricole, ramassait des baies rouges, des falsas, le 14 juin 2009 dans le village d’Ittan Wali, lorsqu’elle commit l’irréparable aux yeux de ses voisines : boire de l’eau dans un puits supposé réservé aux musulmans. Parce qu’elle a répondu aux femmes qui l’accusaient d’avoir sali l’eau, Asia Bibi a été accusée de « blasphème », un acte passible de la peine de mort au Pakistan. Aussitôt jetée en prison, Asia Bibi a été jugée en novembre 2010 et condamnée à la peine capitale par pendaison. Dans l’attente d’un second procès un appel, cette mère de famille, qui clame son innocence, a livré son témoignage à la journaliste Anne-Isabelle Tollet, qui publie son récit en France (Blasphème, d’Asia Bibi et Anne-Isabelle Tollet, Oh ! Editions, 192 p., 16,90 euros).

 

Comment boire de l’eau dans un puits peut conduire à une condamnation à mort pour « blasphème » ?

C’est à partir de deux simples altercations de voisinage que la vie d’Asia Bibi a basculé. Avant l’épisode du puits, il y avait eu une autre altercation, quelques semaines plus tôt. Asia Bibi gardait des buffles d’eau, dont l’un avait détruit la mangeoire d’une voisine. Accusée de mal faire son travail, Asia avait répondu que le buffle lui avait simplement échappé des mains. Mais le simple fait de répondre quand on est chrétien au Pakistan est plus qu’audacieux ; c’est une forme d’insulte. Même si les chrétiens vivent bien avec les musulmans, ils sont considérés par certains comme des citoyens de seconde zone et doivent garder la tête basse.

Après l’incident du puits, Asia a une nouvelle fois tenu tête à ses voisines et le ton est monté. « Pauvre chienne, sais-tu que ton Jésus est un bâtard », lui a-t-on dit, ce à quoi elle a répondu : « Je ne veux pas me convertir, j’ai foi en ma religion. Qu’a fait votre prophète pour sauver les hommes ? Pourquoi devrais-je me convertir et pas vous ? » On l’a accusée de parler à la place du prophète. « Je pense que Jésus aurait un point de vue différent de celui de Mahomet sur la question » de la pureté de l’eau du puits, et on lui a demandé de se convertir, ce qu’elle a refusé. En réponse à son audace, les voisines d’Asia l’ont alors accusée de blasphème, sachant qu’il s’agissait là d’une arme redoutable.

Comment s’est passé son procès en novembre 2010 ?

Son procès a été très court. Elle s’est rendue au tribunal du district de Nankana ; il y avait beaucoup de villageois présents au procès, mais aussi des mollahs venus exercer une pression sur le juge pour qu’Asia soit condamnée. On ne peut pas vraiment jeter la pierre au juge : s’il avait acquitté Asia, il aurait signé son arrêt de mort et aurait été assassiné le lendemain. Il n’avait pas d’autre choix que de la condamner à mort.

Depuis, Asia Bibi et son avocat ont fait appel à la Haute Cour de justice de Lahore qui, ils l’espèrent, sera moins sous la pression des mollahs et plus objective. Ils entretiennent donc l’espoir que la condamnation à mort sera annulée et transformée en peine de prison.

 

Photographie personnelle non-datée d'Asia Bibi, avant son arrestation par les autorités pakistanaises.

Photographie personnelle non-datée d’Asia Bibi, avant son arrestation par les autorités pakistanaises.D. R.

Comment êtes-vous entrée en contact avec Asia Bibi ?

C’est grâce au ministre des minorités, Shahbaz Batti, qui jusqu’à son assassinat en mars avait pris la famille d’Asia Bibi sous sa protection. Quand Philippe Robinet, de Oh ! Editions, m’a demandé si un livre pouvait aider Asia Bibi, j’ai tout de suite pris contact avec Shahbaz Batti et sa famille pour discuter et décider si un livre pouvait la servir ou la desservir. Nous sommes arrivés à la conclusion que sa situation – condamnée à mort, croupissant dans une cellule, sa famille en danger et menacée – ne pouvait empirer et nous sommes donc partis dans l’aventure du livre.

Comme il m’était impossible de lui rendre visite en personne en prison, nous faisions passer mes questions par l’intermédiaire de son mari, Ashiq Maseeh. Je le voyais régulièrement, lui transmettais oralement les questions que je voulais qu’il lui pose, et lorsqu’il sortait du centre pénitencier, je recueillais les réponses à chaud. Ça m’a permis d’être très fidèle au récit d’Asia. Dès que j’avais besoin de précisions, je demandais à Ashiq de les lui transmette. L’intégralité du récit lui a été lu et Asia a parfaitement souscrit à ce qui était écrit. Elle est la voix de ce livre, je n’ai été que la plume.

Quelle sont ses conditions de détention ?

Elles sont terribles. Depuis l’assassinat du gouverneur du Pendjab, Salman Taseer [qui avait pris son parti], Asia Bibi a été placée en isolement. C’était une demande de Shahbaz Batti, pour son bien, car elle était menacée de mort – le mollah de Peshawar avait mis sa tête à prix à hauteur de 50 000 euros, il y avait donc un risque qu’un geôlier décide de la tuer pour toucher la prime. Elle est donc sous surveillance vidéo, avec sa nourriture apportée crue, pour qu’elle-même la cuisine afin d’éviter un empoisonnement. Elle n’a plus le droit à la promenade, elle ne marche pas donc elle s’ankylose. Les toilettes se résument à un trou dans la terre… Il est urgent qu’elle sorte de là, car si elle ne meurt pas par pendaison, elle pourrait mourir de maladie ou de fatigue. En ce moment, il fait 45°, il n’y a pas d’aération, pas de ventilation, elle est bouffée par les moustiques.

En outre, elle a attrapé la varicelle il y a deux mois. Son avocat a remué ciel et terre pour qu’elle puisse être hospitalisée, mais cela n’a pas été accepté. Un médecin a quand même pu venir dans sa cellule pour lui apporter des soins, mais c’était exceptionnel. Elle n’a pas de suivi médical.

 

Le mari d'Asia Bibi, Ashiq Maseeh, entouré de deux de ses filles à Islamabad.

Le mari d’Asia Bibi, Ashiq Maseeh, entouré de deux de ses filles à Islamabad.AFP/FAROOQ NAEEM

La famille d’Asia Bibi est-elle toujours menacée ?

Oui, c’est pour cela que son mari et ses enfants changent régulièrement de maison. Ils vivent reclus, cachés, ne sortent jamais de chez eux, sauf en cas de nécessité. Asia Bibi a cinq enfants, dont trois en âge d’être scolarisés, qui ne peuvent plus aller à l’école. Elle a aussi une fille adolescente handicapée qui, par manque de ressources, ne peut plus bénéficier de soins, ni se rendre à l’hôpital car ce serait trop dangereux.

On sait qu’Asia Bibi a perdu deux soutiens politiques de taille, après les meurtres de Salman Taseer, le 4 janvier, et de Shahbaz Bhatti, le 2 mars. Y a-t-il encore des voix politiques au Pakistan pour la soutenir et condamner la loi sur le blasphème ?

Il reste Sherry Rehman, une députée qui avait essayé de modifier la loi au Parlement, mais elle a écopé d’une fatwa et vit maintenant recluse chez elle à Karachi. Le premier ministre, Youssouf Raza Gilani, lui a même conseillé de partir à l’étranger et affirmé qu’il n’était plus question pour le gouvernement de réformer cette loi sur le blasphème, par peur des représailles.

La classe politique se réfugie dans le silence le plus complet : les deux seuls politiques qui ont publiquement défendu Asia Bibi ont été assassinés dans les semaines qui ont suivi leur prise de position. Tout le monde a peur.

Les espoirs reposent désormais sur la pression internationale : quels pourraient être les leviers de cette pression ?

Au Pakistan, plus personne n’ose prendre position. L’objet de ce livre est justement de lancer un appel à la communauté internationale. Le texte a été traduit en plusieurs langues, il sort dans quelques jours en Italie et en Allemagne, et à l’automne, dans les pays anglophones. Il faut espérer que des gouvernements étrangers fassent pression sur Islamabad, pour que le jugement en appel ait lieu rapidement. Ce livre sert aussi à apporter des droits d’auteur à Asia Bibi et à sa famille, qui lui permettront de se défendre dans de meilleures conditions, en s’entourant de plusieurs avocats, et d’apporter une vie meilleure à sa famille.

Le mari d’Asia Bibi est venu en France la semaine dernière avec une de ses filles. Quel accueil ont-ils reçu ?

Ashiq Maseeh (au centre), et sa fille Sidra, dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, dimanche 29 mai.

Ashiq Maseeh (au centre), et sa fille Sidra, dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, dimanche 29 mai.D. R.

Le Quai d’Orsay les a très bien reçus et s’est dit prêt à s’engager. Ashiq a insisté sur le fait qu’il fallait absolument parler du cas d’Asia, que la France devait demander au Pakistan qu’elle soit vite rejugée et innocentée. Par ailleurs, la famille d’Asia Bibi a souligné qu’au Pakistan les personnes accusées de blasphème sont marquées de façon indélébile et restent menacées, même si la justice les innocente. Ils espèrent donc que la France puisse être un territoire d’accueil en cas de demande d’asile.

Asia Bibi a-t-elle eu des échos de la sortie de ce livre ?

Elle a vu son mari il y a une semaine, avant qu’il parte en France. Il lui a dit qu’il défendrait son livre afin qu’elle ne soit pas oubliée. Le combat ne fait que commencer, il faut qu’il se traduise maintenant par des faits.

Ce livre permet d’incarner Asia Bibi. Ce n’est plus une femme emprisonnée dans un pays lointain. On ne peut plus fermer les yeux et se boucher les oreilles. C’est une mère de famille d’une cinquantaine d’années, qui n’a pas blasphémé, victime d’une loi injuste – qui frappe d’ailleurs en premier lieu les musulmans. Asia Bibi est devenue malgré elle le bouc-émissaire de cette loi sur le blasphème.

 

"Blasphème" d'Asia Bibi et Anne-Isabelle Tollet, Oh ! Editions, 192 pages, 16,90 euros.

Source: lefigaro.fr vu sur "les moutons enragés"

Tag(s) : #AIR DU TEMPS

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