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Des économistes du Boston Consulting College se penchent sur les messures adoptées par les dirigeants européens pour sauver l'euro. Si elles vont pour eux dans le bon sens, elles ne sont pas suffisantes. L’Europe doit absolument arrêter de s’endetter, augmenter sa compétitivité, baisser le coût du travail et aller vers l’union fiscale.Financer la dette en s'endettant ne résoudra pas les problème de l'Union européenne.

Financer la dette en s'endettant ne résoudra pas les problème de l'Union européenne. Crédit Bernadett Szabo / Reuter

L’économie de l’Union européenne va mal, c’est un fait. La durée de la crise et son extension aux dettes souveraines n’étaient pas forcément prévues. En 2008, lorsque la crise des subprimes a éclaté au grand jour, les dirigeants occidentaux pensaient qu’il y aurait un rétablissement léthargique de l’économie, avec une longue période de croissance faible, dans un monde à deux vitesses. Mais l’intensification de la crise de la zone euro et l’échec des sommets du G20 à la fin octobre 2011 amènent à revoir ces prédictions.

Le problème : l’Europe se noie dans la crise de la dette. Dans une étude relayée par l’éditorialiste américain John Mauldin, les experts économiques du Boston Consulting College évaluent cette crise et proposent leurs solutions pour sortir l’Europe du marasme.

Un constat tout d’abord : la part totale de la dette des pays de l’OCDE - dont sont membres la large majorité des pays européens - a augmenté de 160% en 1980 à 321 % en 2010. Ajustés à l’inflation, ces chiffres donnent une dette en hausse de 300% pour les établissements non-financiers, de 425% pour les gouvernements et de 600% pour les ménages. Vertigineux. Et encore, ils n’incluent pas les coûts engendrés par le vieillissement de la population.

Contre une dette trop forte, quatre solutions

Pour remédier à la crise de la dette, il n’est plus possible d’emprunter plus encore, qui plus est à des taux très élevés (les obligations italiennes à 10 ans ont été jusqu’à 7%). Théoriquement, il y a quatre moyens de réduire la dette selon le Boston Consulting College. Mais aucun n’est proprement satisfaisant :

- économiser et rembourser : cette solution, basique, n'est pas satisfaisante. Car si tous les pays l’appliquent en même temps, elle engendrera une croissance plus faible, plus de chômage et en conséquence moins de revenus, débouchant sur une longue récession et une déflation. Selon les analystes, une baisse de 1% des dépenses publiques équivaut à 0.75% de baisse de la consommation et 0.62% de croissance en moins. Au final, économiser, c’est réduire la croissance et donc augmenter le ratio entre dette et PIB.

- stimuler la croissance : voilà un moyen d’améliorer rapidement le ratio dette/PIB. Mais cela ne s’est que peu produit historiquement. Pour le faire, il faudrait notamment réformer le marché du travail. Or, les responsables politiques ne veulent pas s’y risquer, étant donné le niveau déjà élevé du chômage. Et c'est politiquement risqué d'accroître l'insécurité de l’emploi. Par ailleurs, le scénario d’une véritable hausse de la croissance n’est guère probable : les entreprises n’ont guère envie d’investir alors que la demande est faible, et l’âge des sociétés occidentales provoquera, d’ici à 2020, une diminution de la force de travail en Europe de l’Ouest (jusqu’à 4,2% rien qu’en Allemagne).

- restructurer la dette : les économistes font l’hypothèse d’une dette durable moyenne de 180% du PIB. Pour la restructurer, ce qui signifie d’en faire changer ses détenteurs et de réduire la part des marchés financiers dans ceux-ci, des gouvernements pourraient être tentés de financer cette mesure via une taxe unique en une fois de 20 ou 30% sur les produits financiers. Mais là encore, cette taxe serait hautement impopulaire

- provoquer de l’inflation : Il s’agit de faire de la répression financière, une situation dans laquelle le taux d’intérêt nominal est inférieur au taux nominal de croissance, sur une période durable. En l’occurrence, la situation dans le monde occidental est aujourd’hui inverse : malgré la tendance aux faibles taux d’intérêt, ceux-ci restent plus forts que les taux de croissance, eux aussi en berne, voire négatifs. Pour certains économistes, l’inflation est une mauvaise idée, car elle complique la compétitivité face à la suroffre de travail et la concurrence continue de nouveaux marchés comme la Chine. De plus, face à la crise, les gouvernements occidentaux pourraient (certains le font déjà) ressortir l’idée d’un protectionnisme, ce qui risque d’augmenter la pression sur les prix. Qui plus est, des analystes estiment que les indicateurs de l’inflation ne reflètent pas la vraie inflation.

 

Les décisions prises lors des sommes européens oui, mais il faut aller plus loin

 

Bref, il n’y a pas de solution miracle, sans quoi elle aurait déjà été appliquée. Partant de ce constat, le Boston Consulting College se penche sur la situation propre de l’Europe. Le sommet de Bruxelles fin octobre, qui a décidé de plusieurs mesures (les gouvernements nationaux feront voter des règles d’or budgétaires, les institutions européennes contrôleront strictement les budgets nationaux, le Mécanisme de stabilité sera lancé plus tôt, le FMI renfloué de 200 millions d’euros, ….), mais selon le Boston Consulting College, elles seront difficiles à appliquer. Car rien n’assure que la modification prévue des traités sera faisable en termes légaux, ni que les gouvernements nationaux se plieront à la règle d’or budgétaire. Si toutefois elles sont mises en oeuvre, pour les analystes, ces mesures vont dans le bon sens. Mais ne sont pas suffisantes. Plusieurs points doivent être traités :

- l’intervention de la BCE pour maintenir les taux d’intérêts des dettes au plus bas doit être plus poussée, elle doit recourir davantage à son "bazooka" en prêtant aux banques à de très faibles taux. C'est ce qu'ont décidé Angela Merkel et Nicolas Sarkozy en décembre et que la BCE a commencé à mettre en oeuvre en décembre en annonçant qu'elle prêterait aux banques européennes à un taux ultra compétitif de 1% sans limite de montant pendant les trois ans à venir. 523 banques européennes ont ainsi pu d'ores et déjà emprunter 489 milliards d'euros. Problème, elles se sont empressées de replacer la plus grande partie de cet argent auprès de la BCE plutôt que de l'injecter dans l'économie.

 

- que l'opération fonctionne ou non, cela n'a de toute façon vocation qu’à permettre aux Européens de gagner du temps. Les dirigeants doivent aborder la question des divergences de compétitivité entre les pays, et des déséquilibres des balances commerciales. Puisque les taux de change sont fixes, pour regagner de la compétitivité, des Etats, comme la France, doivent flexibiliser leur marché du travail, afin de réduire le coût unitaire du travail. En Espagne, il doit baisser d’au moins 25%. Mais de telles mesures seront difficiles à faire accepter par les travailleurs, puisqu’elles risquent d’accroître l’insécurité de l’emploi. Les employés espagnols, italiens, portugais ou français devront accepter une hausse des salaires au taux inférieur à celui de l’inflation, alors que ces d’Allemagne ou des Pays-Bas profiteront d’une vraie hausse de salaire. Les hommes politiques des pays du nord de l’Europe devront aussi réduire les impôts, et introduire des programmes de stimulation de la consommation.

 

- établir une union fiscale : elle permettrait de lancer des eurobonds, qui seraient une solution à long-terme aux problèmes de la zone euro, même si elle ne résoudrait pas les problèmes de compétitivité.

 

Faut-il encore que l’Allemagne accepte de laisser filer l’inflation, et de voir son coût du travail s’envoler, alors qu’elle cherche depuis des années à la juguler. Sur ce point, le Boston Consulting College se veut relativement optimiste. Quant à savoir si les gouvernements européens seront capables de s’entendre, d’une part pour mettre en œuvre les mesures annoncées lors des sommets du dernier trimestre 2011, d’autre part d’aller plus loin que ces mesures, le doute est permis.

 

   http://www.atlantico.fr/decryptage/europe-resoudra-probleme-dette-avec-plus-dette-boston-consulting-college-260122.html?page=0,0

Tag(s) : #Crise de l'Euro

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