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Des pistolets à eau en plastique multicolores, des vêtements mouillés et des tchadors imbibés de bulles de savon… Les batailles d’eau organisées depuis deux semaines par des jeunes iraniens irritent fortement les autorités. Récit d’un ‘incitateur à la débauche’ détenu quatre jour par la police de la morale.
Répondant à un appel lancé sur Facebook, des centaines de jeunes se sont rassemblés le 29 juillet dernier dans un parc du centre de Téhéran – qui porte le nom de Ab-o-Atash (‘Jardin de l’Eau et du Feu’). Munis de bombes à eau, ils se sont aspergés pendant plusieurs heures en plein cagnard, profitant d’une manière originale de leur vendredi chômé. Forts de leur succès, les organisateurs de cette bataille d’eau ont décidé de récidiver chaque semaine. La page Facebook des ‘Batailles d’eau de Téhéran’ annonce d’ailleurs déjà les dates et adresses – à travers tout le pays – des prochaines festivités.
Les photos de cette jeunesse hilare ont toutefois provoqué l’ire des autorités. À Téhéran, dix jeunes ont été arrêtés quelques jours après la première bataille d’eau, pour avoir "enfreint la loi islamique". Vendredi dernier, dix-sept participants d’une bataille organisée dans la ville de Bandar Abbas, une ville au sud de l’Iran, ont subi le même sort. Un responsable de la police locale a déclaré que "la promiscuité entre les hommes et les femmes" est inacceptable, et davantage en période de ramadan - une référence aux bouteilles d’eau utilisées. Aujourd’hui, toutes ces personnes ont été libérées, mais le chef de la police de la moralité a prévenu que les autorités allaient durcir leur répression si d’autres festivités étaient organisées.
Faut-il voir derrière ces parties de rigolade en plein air, des actes politiques ou une simple occasion de s’amuser ? Les avis divergent sur la Toile et parmi nos Observateurs iraniens. Selon le site irano-américain Tehran Bureau, c’est en interdisant le mouvement que les autorités ont contribué à le politiser.

"Les policiers voulaient savoir si je travaillais pour des personnes à l’étranger"

C’est un de nos Observateurs de Téhéran qui nous a alertés sur l’arrestation d’un de ses amis à la suite de la première bataille d’eau. Il a recueilli son récit après sa libération et nous l’a envoyé.
J’ai décidé d’aller à cet événement pour prendre des photos pour mon blog. Je n’y voyais qu’un intérêt visuel, je n’y voyais rien de politique. Il y avait beaucoup de monde, des hommes et des femmes, pour la plupart des jeunes. Ils étaient tout simplement heureux.
J’ai ensuite publié les photos sur mon blog et elles ont été diffusées très rapidement sur Internet [Les photos ont depuis été supprimées du blog du jeune photographe]. Plusieurs de mes amis les ont partagées sur leur compte Facebook et elles ont été publiées sur d’autres sites. Six jours après [le 3 août], j’ai reçu un appel de la police de la moralité [une police spéciale chargée de combattre la ‘corruption morale’ et de réprimer ceux qui portent atteinte à la loi islamique]. Ils m’ont convoqué à leur bureau. Moi, j’ai répondu que je serais là le lendemain matin. Mais trente minutes après avoir raccroché, quand je suis sorti de chez moi, des hommes étaient devant ma porte. Ils m’ont demandé de les suivre. Bien sûr, ils étaient très polis ! Cette branche de la police ne maltraite pas les gens, à condition de rester tranquille et de ne pas s’emporter.
"Le juge m’a accusé de faire de la publicité anti-islam parce que je montrais des filles sans voile"
Je suis resté enfermé pendant quatre jours dans une cellule, avec quatre autres hommes accusés d’avoir participé aux festivités. Cinq filles avaient été arrêtées [après le 29 juillet], mais elles étaient détenues dans un autre endroit. Ils m’ont demandé pourquoi j’avais pris ces photos, pourquoi je les avais publiées sur mon blog, pour quelle agence de presse je travaillais. Ils voulaient savoir si je connaissais des gens qui participaient aux batailles d’eau. Et surtout, ils se demandaient si je travaillais pour des gens à l’étranger. Je suis passé devant le juge une fois. Il m’a accusé de faire de la publicité anti-gouvernementale et anti-islam avec mes photos, parce que je montrais des filles sans voile ! Et alors que j’étais encore enfermé, ils sont allés chez moi et ont réquisitionné mon appareil photo et mon ordinateur.
"Avant de me libérer, ils m’ont bien notifié de ne pas raconter mon arrestation"
Les policiers n’ont pas été violents avec nous. Nous avons pu manger avant les levers et couchers du soleil (parce que c’est le ramadan), mais nous n’avons pas pu prendre de douche. Avant de me libérer, ils m’ont bien notifié de ne pas accepter d’interview de la presse et de ne pas raconter mon arrestation sur mon blog. Aujourd’hui, je me sens mieux. Je suis avec ma famille et mes amis. Mais j’ai peur. Toutes les personnes arrêtées ces derniers jours ont été relâchées, mais les autorités continuent leur traque sur Internet, pour repérer ceux qui publient des choses à propos des batailles d’eau."
Toutes ces photos ont été prises vendredi 29 juillet par le photographe du blog tehranlive.org qui a été arrêté pour les avoir publiées sur Internet. D'autres photos sont disponibles sur la page Facebook des Batailles d'eau de Téhéran.
Ce billet a été rédigé avec la collaboration de Peggy Bruguière, journaliste à FRANCE 24.
Tag(s) : #AIR DU TEMPS

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