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Il a dévoilé des secrets d’État et cherche l’asile politique en Équateur. Non, il ne s’agit pas de Julian Assange, mais d’Alexander Barankov, le nouveau protégé de Quito.

La peur au ventre

Quito, Équateur. Il s’assoit pour prendre un café, mais demande à emprunter un téléphone pour appeler sa compagne, alors qu’il vient de la quitter quelques instants plus tôt. « Je vais bien, ne t’en fais pas », lui souffle-t-il avant de raccrocher et d’expliquer la raison de leur inquiétude.

« J’ai vu trois Biélorusses », confie l’ancien policier d’une voix douce. « Ils se disent être diplomates, mais je n’y crois pas… Mon pays ne s’arrête jamais. »

Interpol à ses trousses

Son pays – l’ancienne république soviétique qu’est la Biélorussie – a réclamé son extradition d’Équateur pour le poursuivre au pays pour fraude, des accusations qu’il réfute. La démarche de la Biélorussie est soutenue par un mandat d’arrêt international d’Interpol lancé contre Alexander Barankov.

La protection de l’Équateur

Mais un tribunal équatorien vient de refuser l’extradition de l’ancien policier et a même réaffirmé son statut de réfugié politique. Il a été libéré d’une prison de la capitale, où il était détenu depuis près de trois mois.

Cette affaire s’apparente à celle de Julian Assange : le fondateur de Wikileaks, qui devait être extradé vers la Suède, a finalement reçu le statut de réfugié politique par l’Équateur. Comme lui, Alexander Barankov s’employait à révéler des secrets d’État. Par contre, alors que l’Australien est cloitré à l’ambassade londonienne d’Équateur, le Biélorusse est libre de ses mouvements sur le territoire équatorien, où il est même reconnu dans la rue.

Juillet 2009, il découvre un trafic gouvernemental

L’ancien policier a quitté son pays en juillet 2009, après la découverte d’un trafic pétrolier de grande envergure dans lequel il accuse le président Alexander Lukashenka et ses plus proches conseillers d’être impliqués.

Le président biélorusse est souvent considéré comme le « dernier dictateur » d’Europe, et Alexander Barankov est terrifié à l’idée d’avoir affaire au KGB qui, dans ce pays, joue toujours pleinement son rôle de service de renseignements.

Le KGB, la menace de la sanction ultime

« Je ne me sens pas en sécurité. Le KGB est vraiment dangereux. Là, je sais qu’ils sont en train d’attendre qu’on ne parle plus de moi dans les médias pour intervenir. »

À l’international, tous pointent du doigt l’hypocrisie qu’aurait été celle de l’Équateur s'il avait obtempéré à la demande d’extradition de la Biélorussie. Après tout, si Alexander Barankov avait été forcé de rejoindre son pays, il aurait risqué sa vie, selon ses dires. Et dans le cas de Julian Assange, que l’Équateur a choisi de protéger, lui aussi craint d’être extradé vers la Suède, où il pourrait être accusé de crimes sexuels, mais d’où il pourrait surtout être de nouveau extradé, cette fois vers les États-Unis, suite à la divulgation en 2010 de documents secrets, qui lui fait risquer la peine de mort.

Julian Assange, petit protégé de l’Équateur

L’avocat de l’Australien, Baltasar Garzon, a déclaré à la presse qu’il demanderait aux autorités américaines si son client faisait l’objet d’une enquête.

« Des éléments concrets laissent à penser que les pays dont certaines informations confidentielles ont été révélées pourraient agir en représailles de leur publication par M. Assange. Ces actions pourraient mettre en danger son intégrité, sa sécurité, et même sa vie », avait déclaré le ministre des Affaires étrangères équatorien Ricardo Patino, selon la BBC.

Quand un réfugié en sauve un autre

Alexander Barankov et son avocat estiment que la couverture médiatique de cette affaire leur a fourni une grande aide pour la leur.

« Sans Assange, il aurait été extradé », assure Fernando Lara, avocat de l’ancien policier biélorusse, depuis son bureau au centre de la capitale équatorienne. Son client n’est pas aussi direct, de peur que parler politique ne mette en péril son statut en Équateur. « Je ne peux pas critiquer l’Équateur : quand j’étais en prison, j’ai demandé une protection qui m’a été accordée. »

Une longue route vers Quito

C’est un long périple qui a mené Alexander Barankov à ce petit pays d’Amérique du Sud, et c’est seulement après trois ans sur place qu’il obtient enfin la confirmation de son statut de réfugié politique, après deux séjours en prison équatorienne.

« J’ai vu toutes les voitures des services secrets qui me suivaient », se souvient-il de ce jour de juillet 2009 lorsqu’il a dû quitter sa maison à Minsk. « Quand j’ai compris qu’ils allaient m’arrêter au feu rouge, j’ai accéléré. J’ai grillé cinq feux. »

Première étape : Moscou

Le fugitif conduit jusqu’à Moscou : 800 kilomètres pour s’éloigner de la frontière avant de revendre sa voiture en pièces détachées pour se faire un peu d’argent.

Mais pas question de rester dans la capitale plus d’une semaine. « J’ai compris que le KGB me retrouverait assez rapidement en Russie. Ses agents m’auraient mis dans une voiture direction Minsk sans aucune procédure d’extradition. »

Escale en Égypte

Quelques jours plus tard, il est à Hurghada, en Égypte. Il a choisi ce pays car les Biélorusses peuvent y entrer sans visa. « J’ai cherché à savoir quels pays m’accorderaient l’asile politique. J’ai appris que l’Équateur respectait les droits de l’homme et accordait refuge à ceux qui en avaient besoin. »

Deux jours avant que son visa de touriste en Égypte n’expire, l’ancien policier biélorusse s’envolait pour Quito. L’Équateur est connu de ceux qui cherchent à fuir leur pays, tant les lois en matière d’immigration y sont souples. Il abrite d’ailleurs le plus grand nombre de réfugiés en Amérique latine, selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

Des débuts difficiles en Équateur

Mais rien n’a été facile à son arrivée en août 2009. Il ne parlait pas un mot d’espagnol et n’avait presque plus d’argent. Il a ainsi été contraint d'habiter dans une auberge à 4 euros la nuit dans le quartier touristique de Mariscal pendant plusieurs semaines.

En juin 2011, son visa est expiré et il est arrêté, alors qu’il vient de se mettre en couple et d’emménager.

La prison pour lui, des menaces pour sa famille

« Je sais un peu me défendre », dit-il, en souvenir de sa première nuit en prison, « mais les cinq molosses qui partageaient la même cellule que moi m’ont vraiment fait craindre pour ma vie. Je ne voulais pas m’endormir, de peur de ne jamais me réveiller. »

Au même moment, en Biélorussie, ses parents recevaient des menaces venant des autorités.

Un gouvernement trompeur

« Le gouvernement proposait de m’envoyer de l’argent pour revenir à Minsk, où il me mettrait en prison et me protégerait. Je n’y ai pas cru », explique-t-il, soulignant que les autorités l’avaient par ailleurs menacé de mort.

Des hauts et des bas

Deux mois plus tard, il était libre, et l’Équateur lui accordait l’asile politique. Mais l’année suivante, en juin, le président Alexander Lukashenko s’apprêtait à venir en Équateur en visite diplomatique, de quoi inquiéter l’ancien policier.

« Je savais que j’allais être arrêté de nouveau », confie-t-il. Quelques semaines avant la date fatidique, il est jeté en prison.

La liberté, enfin

Aujourd’hui, il brandit fièrement sa toute nouvelle carte de réfugié politique. Il s’attache même à souligner la date de délivrance de son petit papier avec un grand sourire : le 31 août.

Le jour de son anniversaire. Une bataille de gagnée face à un Président, qui, selon Alexander Barankov, ne le laissera pas emporter la guerre.

GlobalPost / Adaptation Amélie Garcia – JOL Press

Tag(s) : #POLITIQUE

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