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A Paris, ils sont l'équivalent d'un petit peloton : entre 150 et 200 coursiers, l'hiver ayant raison des plus tendres. Ils passent assez inaperçus, ne sprintent pas pour un maillot vert mais pour aller déposer un pli urgent. Ce sont un peu, eux aussi, des sportifs de haut niveau.


Jean Baptiste, coursier (James Startt/Yards)

Les coursiers à vélo parisiens sont devenus une des références mondiales dans un métier où faire des bornes sur boyaux est un art de vivre et rapporte, un peu.

Clément, ancien manager de restaurant de 27 ans, tombé amoureux du métier, roule depuis près de quatre ans de team en team. Il est aujourd'hui fixé chez la Compagnie :

« Il y a une bonne petite scène, assez respectée, qui monte progressivement et c'est franchement bien kiffant car il y a vraiment une bonne ambiance. Les mecs se tirent la bourre, on est de plus en plus nombreux. »

« C'est un métier dangereux »

Lui a commencé, « grâce à un pote », après avoir lâché son boulot précédent, trop intense. Les débuts n'ont pas été simples.

« J'avais pas “un pet'” de condition physique même si je faisais du skate, j'ai ramé pendant trois mois et puis, c'est venu. Mais il ne faut pas croire, c'est un métier super rude.

T'enquilles les kilomètres, c'est difficile quand il ne fait pas beau. C'est aussi assez dangereux tout simplement parce que t'es à vélo au milieu du trafic et que les gens conduisent pas toujours très bien et font pas forcément gaffe à toi. »

Le métier a été popularisé aux Etats-Unis, en particulier à New-York et San Francisco, dans les années 70-80 par des livreurs haut en couleur. Des têtes brûlées, comme les feux qu'ils passaient allègrement au rouge.

Il connaît un essor nouveau depuis dix ans, dans l'Hexagone, mais aussi en Grande-Bretagne, en Europe du Nord, en Hollande, au Japon, au Canada, en Suisse ou en Australie.

La pratique de la livraison à vélo existe depuis presque aussi longtemps que le véhicule lui-même, mais elle n'est devenue aussi codifiée et spécifique que très récemment.

Il y a d'ailleurs un fossé entre l'image d'Epinal d'un titi parisien ou d'un « paperboy » à l'américaine et les coursiers d'aujourd'hui équipés de téléphones portable. Ils sont drivés par un dispatcheur en temps quasi réel et traversent une bonne partie de Paris et sa première couronne, voire sa deuxième, en long, en large et en travers.

Une bonne grosse centaine de kms par jour

Ce qui est certain, c'est que le nombre de kilomètres parcourus par un coursier est loin de celui d'un sportif du dimanche. Une bonne grosse centaine en moyenne par jour, avec des démarrages explosifs à répéter après chaque arrêt. Soit près de 20 000 par an pour un messager qui serait à temps plein, sans compter les sorties pour le plaisir...

Les cyclistes du Pro Tour peuvent s'avaler, eux, entre 15 000 et 30 000 km par an selon leurs entraînements et leur programme de compétition. On se souvient aussi de Charles Terront, humble livreur à vélo de la fin du XIXe siècle.

Il était devenu la première star du cyclisme français en s'imposant notamment lors de la mémorable course du Paris-Brest-Paris de 1891 (1 200 km et plus de 71 heures d'effort sur près de 3 jours).

Co-fondateur d »Urban Cycle, la plus respectée et ancienne des sociétés de livraison où ne sévissent que des cyclistes, après avoir été lui-même à longueur de journées sur le pavé, Patrick, la quarantaine, a accompagné l'émergence du phénomène.

Dans les années 90, il a débuté dans une filiale d'une boîte américaine. Après sa chute pour des défauts de gestion, il a décidé de se lancer avec deux anciens collègues.

« On avait l'expérience et surtout l'envie de faire évoluer cette profession pour laquelle on a une vraie passion. A l'origine, il y avait un peu ce mythe américain qui nous a attirés, mais ça n'a pas tout fait car on voulait y mettre notre touche. D'autant qu'il faut savoir que là-bas, ce n'est plus aussi vivace que ça ne l'a été.

A une époque, des mecs pouvaient gagner jusqu'à 1 000 dollars par semaine quand ils envoyaient car ils étaient payés à la tache. Depuis 2001 et les attentats, ça a changé, il y a eu un ralentissement. »


Clément, coursier (James Startt/Yards)

« Aussi efficaces que des livreurs à moto. »

La création de la boîte n'a pas vraiment été un conte de fées.

« Il a fallu faire comprendre aux clients que l'on pouvait être aussi efficaces, voire plus, que des livreurs à moto. »

L'argument écolo est un point important qui séduit certaines sociétés, mais « ce qui compte, c'est surtout que les plis soient livrés en temps et en heure pour un prix équivalent », poursuit le boss tout en précisant :

« En France, on ne paye pas en fonction du rendement pour des questions de sécurité, même s'il existe des primes pour les meilleurs. »

Niveau code de la route, le dilettantisme est loin d'être à la mode. Il ne suffit pas de pédaler dur pour être un bon livreur au salaire flirtant avec les 1600-1700 euros net. Patrick :

« C'est un métier technique, il faut bien connaître Paris, choisir les itinéraires appropriés, être organisé. Ce ne sont pas forcément les bourrins qui sont les plus efficaces. »

Il faut quand même envoyer du braquet pour ne pas passer au travers dans ce microcosme vraiment à part où le style, l'état d'esprit, les perf » individuelles et le type de monture (fixie, soit avec un pignon fixe, ou classique) mobilisent les discussions tout comme la circulation.

« Certaines nanas dépotent »

Margaux a un cadre rose bonbon. Elle détonne. Après des études dans le commerce qui ne l'ont pas encore convaincue, elle sillonne Paris depuis quelques mois. Seulement deux jours par semaine car elle a d'autres petits jobs.

Ses parents ne sont pas au courant, mais cette banlieusarde de 24 ans pointe chez Cycl'air et fait partie du rare contingent des coursières. « Avec un “e”, c'est important. »

Ce métier pour elle, « c'est une une véritable drogue », une passion née au Japon, pendant ses études.

« Quand je me déplaçais, je me faisais toujours dépasser par des coursiers. Des types avec une super classe et avec certains desquels je suis devenue ami.

Quand je suis revenue, j'ai eu envie de m'y mettre parce que je n'étais pas prête à aller bosser dans une tour à la Défense où il serait logique que je sois. »

Accro « au fait de ne pas être enfermée, que ça soit plus marrant que consultant » et admirative de « certaines nanas qui dépotent », la tranquille « Gomar » ne pense pourtant faire coursière que quelques temps.

« Même si le côté ludique, un peu chasse au trésor » lui plaît, en riant, elle reconnaît flipper « un peu de pouvoir croiser des anciens copains de promo » dans le fameux quartier d'affaires.

C'est une constante du job. S'il rassemble de vrais passionnés de vélo doublés souvent d'athlètes accomplis (cycliste mais aussi triathlète, alpiniste, etc), il est souvent transitoire, de quelques mois à une poignée d'années.

« On boit des bières et on passe des heures à se marrer. »

Rares sont les coursiers à faire carrière comme le président de leur association, Jean-Baptiste, dit JiBoule, une référence incontournable. A 31 ans, il a presque huit rudes hivers au compteur :

« Bosser en faisant du vélo, c'est l'idéal. Après c'est sûr que ça peut être un peu chiant quand tu prends la flotte toute la journée, que t'as les pieds mouillés, qui moisissent, mais y a vraiment pire comme boulot.

Moi j'aime rouler partout dans Paris et savoir que je peux être plus rapide que des scooters ou des voitures, notamment aux heures de pointe, c'est assez gratifiant. »

Ce qui le fait rester coursier, c'est un état d'esprit :

« On organise des sorties le week-end, on se fait des Alleycat [course généralement nocturne avec des check points à travers Paris, ndlr], on forme une super communauté. Les anciens ou actuels passent chez les uns ou les autres, on mange ensemble, on boit des bières et on passe des heures à se marrer. »

source: rue89.com

Tag(s) : #INSOLITE

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