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Jean-Marc Ayrault a beau assurer que la France est "en train de remonter la pente", une nouvelle vague de plans sociaux touche le pays.

La Redoute, Alcatel-Lucent, Tilly-Sabco ou encore FagorBrandt menacent à leur tour l'emploi industriel. La fin de l'année s'annonce rude sur le front de l'emploi.

Les plans sociaux ne sont que la partie immergée de l'iceberg de la misère sociale en France.

 

 

 

Atlantico : Au-delà du nombre de plans sociaux que connaît aujourd'hui l'économie française, quelles sont les entreprises contraintes aujourd'hui de licencier ? Seuls les grands groupes sont-ils aujourd'hui touchés par les destructions d'emplois ?

 

Jean-Yves Archer : Une étrange rumeur traverse actuellement le monde des décideurs économiques : elle consiste à annoncer de sévères plans sociaux d'ici la fin de l'année civile. Compte tenu du délit d'entrave ( vis-à-vis du comité d'entreprise) qui consisterait à confirmer une telle perspective aussi sombre, les entreprises demeurent silencieuses et légitimement discrètes.

Alors que des chiffres sur la croissance semblent s'améliorer – même s'ils restent faibles en valeur – et que des voix comme celle de Louis Gallois indiquent que " le pire est derrière nous ", chacun sent bien que les carnets de commande sont, comme les trésoreries, à un niveau de faiblesse préoccupant.

 

Les deux premières causes qui contraignent aux licenciements sont la chute du volume d'affaires qui atteint souvent plus de 20% dans certains secteurs (et ne permet plus d'absorber le niveau des charges fixes) et les tensions de trésorerie qu'une étude de la COFACE a confirmée dès l'été. A côté de ces deux premiers points critiques, se trouve la question de la compétitivité, autrement dit du prix de vente de nos produits qui répercutent le poids des impôts et taxes, et le poids croissant des charges sociales.

 

L'économie sectorielle – la mésoéconomie – montre que tous les secteurs sont concernés. En 1982, il y a un peu plus de trente ans, le Plan intérimaire piloté par Michel Rocard indiquait : " Il n'y a pas de secteurs condamnés, il y a des technologies dépassées ". C'était partiellement exact à l'époque, c'est désormais faux car les technologies sont détenues – sous licences – par les BRICS ( pays émergents ). Autrement dit, de nos jours, il faudrait dire : certains sites européens sont condamnés du fait de la maîtrise technologique de nos nouveaux concurrents. Songez qu'il a été produit plus de scanners de dernière génération de marque Siemens en Chine l'an dernier par rapport à l'Allemagne, berceau historique du groupe. Les grands groupes ne sont que très peu créateurs nets d'emplois depuis plus de dix ans. Détenus à plus de 55, voire 60% par des institutionnels non-résidents, les grands groupes français sont dans des logiques de forte pression sur les résultats, donc ont tendance à "dégraisser", pour reprendre l'ancien terme qu'affectionnait le leader de la CGT Henri Krazucki, même lorsqu'ils affichent des résultats positifs importants (Sanofi). En fait, certains grands groupes connaissent des déboires suite à des opérations de fusions-acquisitions qui n'ont pas été des succès. Il y a eu comme exemple emblématique, il y a quelques années, le rapprochement Daimler-Chrysler. On verra si Fiat parvient à réussir avec cette firme complexe. Mais il y a aussi des logiques stratégiques qui n'ont pas misé sur l'emploi en Europe depuis des années. Ainsi, Serge Tchuruk s'était répandu dans la presse en 1999 en expliquant que l'avenir était à l'assemblage et qu'il fallait des "fabless" industries (sans unité de fabrication, ndlr). Les sites de Brest et Laval (dont le premier était rentable et comptait plus de 1.100 salariés) a été cédé à un repreneur américain de circonstance. Puis l'hémorragie a continué jusqu'aux dernières annonces qui concernent, là encore, plus de 1.000 personnes, sur les sites de Eu, des Orvault, d'Ormes, etc. Une large part du patronat a une réticence face à l'usine, face à la production, contrairement à quelques trop rares personnalités comme feu Antoine Riboud qui avait dit un jour qu'il "voulait bâtir une cathédrale".

 

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Tag(s) : #Crise de l'Euro

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