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Le silence des agneaux
Un des phénomènes les plus bizarres, dans la situation très bizarre de ces dernières années, est le refus des politiciens de premier plan de l’Union européenne de discuter ouvertement de la réalité derrière la perturbation sociale catastrophique causée par l’afflux en Europe de plus d’un million de réfugiés de guerre, en provenance de Syrie et d’autres pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord ravagés par la guerre. Le débat européen sur les réfugiés, à cause de ce silence, ou du refus de parler des causes réelles et des remèdes possibles, conduit à des déclarations complètement absurdes de la part d’anciens combattants politiques qui devraient beaucoup mieux s’y prendre.

Les réfugiés sont une conséquence de la guerre. La guerre est une conséquence de la décision prise par certains intérêts pétroliers et militaires de l’OTAN pour reprendre ou prendre le contrôle des nouveaux marchés mondiaux de l’énergie dans le pétrole et, maintenant, le gaz naturel. En outre, la guerre est une conséquence des réactions des autres nations, y compris la Chine, la Russie et l’Iran, à la tentative des États-Unis et d’autres pays occidentaux de contrôler les flux mondiaux de l’énergie. En outre et de manière connexe, il y a la réaction des éléments néo-nazis extrémistes en Ukraine, à la suite d’un coup d’État soutenu par les USA en 2014, à se joindre à cette guerre de l’énergie avec le soutien de l’UE, pour des raisons complètement montées de toutes pièces.

En conséquence du silence des dirigeants de l’UE, un drame tragique se déroule qui fait écho au roman de Thomas Harris, Le silence des agneaux.

Nourrir le danger ?

Un excellent exemple qui montre comment des hommes politiques sérieux sont obligés de faire les idiots pour justifier leur silence sur la vraie question en jeu est ce récent commentaire du ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble.

Wolfgang Schäuble est un homme politique européen qui en a vu d’autres, et qui pense plus profondément que beaucoup d’autres sur de nombreuses questions de la vie. Dans beaucoup de domaines, il n’est clairement pas un penseur superficiel. Il a guidé le chancelier Helmut Kohl pour mener la réunification allemande controversée et dangereuse de 1990, une époque où des assassinats secrets ont éliminé deux personnages clés de l’unification allemande, Alfred Herrhausen de la Deutsche Bank et Detlev Rohwedder, directeur de Treuhand, ainsi que salement estropié Schäuble, même si ces assassinats ont été officiellement déclarés l’œuvre d’un «tireur isolé».

Donc que dit Schäuble aujourd’hui au sujet de la plus grave crise sociale depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale en Allemagne ?

Dans une interview au journal allemand Die Zeit, s’opposant à l’idée que l’Europe puisse s’isoler de l’afflux de réfugiés en provenance d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient arabe, Schäuble a déclaré : «Cet isolement est en fait ce qui va nous briser, nous conduire à la dégénérescence due à la consanguinité. Pour nous, les musulmans en Allemagne enrichissent notre ouverture, notre diversité.» Puis il a ajouté l’étrange commentaire suivant : «Il suffit de regarder la troisième génération de Turcs, précisément les femmes ! C’est en effet un potentiel d’innovation énorme !»

Le dernier, et pour autant que je sache, le seul homme politique allemand à pointer la vérité financière de qui est derrière la création d’État islamique ou DAESH, a dit la vérité et a été rapidement réduit au silence. Le ministre allemand du Développement, Gerd Mueller, dans une interview à la TV nationale allemande ZDF en août 2014, a accusé le Qatar de financer les militants d’État islamique : «Vous devez vous demander qui est en train d’armer, de financer les troupes d’EI. Le mot-clé est Qatar – et comment pouvons nous traiter politiquement avec ces gens et ces nations ?» Mueller a été, par la suite, réduit au silence par la coalition Merkel.

Pour éviter encore tout commentaire embarrassant qui pourrait pointer vers la vérité au sujet du financement des terroristes en Syrie et au Moyen-Orient, Angela Merkel a récemment viré son chef des renseignements, le BND allemand, Gerhard Schindler, pour une note interne qu’il a permis d’être divulguée à la presse, note exprimant les graves préoccupations envers le rôle de la monarchie d’Arabie saoudite dans les conflits terroristes du Moyen-Orient et de l’instabilité du prince saoudien Muhammad bin Salman, ministre de la Défense et aujourd’hui de facto roi, car son père est gravement malade avec une forme déclarée de démence.

Le silence de l’UE sur la réalité de la situation actuelle avec la Russie et l’Ukraine est tout aussi assourdissant, autant que le silence sur la cause des guerres au Moyen-Orient et en Libye.

Le silence public, signe d’impuissance, des politiciens de l’UE lorsqu’ils ont été confrontés, début 2014, à l’enregistrement vérifié d’un appel téléphonique entre la secrétaire d’État adjointe américaine aux affaires européennes, Victoria Nuland, et Pyatt, son ambassadeur à Kiev. Les deux ont été surpris en train de discuter des personnes qu’ils avaient choisies pour le futur régime post-Ianoukovitch. Un enregistrement dans lequel elle a dit à Pyatt, à propos des préférences des gouvernements de l’UE, «Fuck the UE !» Le silence de tous les gouvernements de l’UE fut alors le sinistre et remarquable signe du silence de plus en plus profond des agneaux. Comme l’est l’obéissance servile des gouvernements de l’UE, unanimes pour poursuivre les sanctions économiques contre la Russie même si les économies de l’UE en souffrent beaucoup. Rien que l’Allemagne a perdu quelque 120 milliards d’euros dans le commerce avec la Russie depuis les manifestations du Maïdan, fin 2013.

La réalité est taboue

Qu’est-ce qui pousse des hommes politiques intelligents comme Schäuble à babiller un non-sens sur les dangers de la consanguinité allemande et les capacités de la troisième génération de femmes turques ? Ce n’est pas ce que disent les dirigeants de l’UE, mais c’est ce qu’ils refusent de dire, en grande partie par crainte de représailles de la part des États-Unis, qui est important ici.

Ce que Schäuble et Merkel, et d’autres dans l’UE, savent très bien, mais dont ils ne disent rien à leur peuple, est que depuis des années le gouvernement des États-Unis, sa CIA, son Département d’État et son Pentagone, ainsi que des éléments clés du même genre en Grande-Bretagne, en France, dans la Turquie d’Erdogan, en Arabie saoudite, au Qatar, ont une Grande (ou pas si grande) Stratégie. Elle implique une réorganisation globale et complète du contrôle de la majeure partie du pétrole mondial et maintenant du gaz naturel.

La stratégie est simple et remonte à 1999, au discours à Londres par Dick Cheney, alors PDG de Halliburton, et même avant, au projet de Cheney de 1992, nommé Defense Policy Guidance, alors qu’il était secrétaire à la Défense des États-Unis ; une stratégie destinée à s’assurer qu’aucune autre nation ou groupe de nations puisse à l’avenir contester que l’Amérique est la seule superpuissance.

Le centre de cette stratégie américaine, dont Cheney semble être le meneur, ne repose pas sur des guerres préventives, mais sur des guerres pour l’énergie. Elles sont des guerres pour l’énergie, souvent déguisées en guerres de religion, pour contrôler, refuser ou fournir le pétrole si vital et, de plus en plus, les ressources de gaz aux nations du monde. La guerre en Syrie, lancée il y a cinq ans au cours des soi-disant printemps arabes, une série de changements de régime qui ont été promus par la secrétaire d’État Hillary Clinton, est la partie centrale où se joue le contrôle de l’avenir de l’énergie, et donc des économies, des 28 pays de l’Union européenne. Ce jeu va, à son tour, décider de qui dominera le monde ou pas. Pour les amis de Cheney à Washington, c’est une question de vie et de mort.

Le gaz européen

L’UE est potentiellement le plus grand futur marché mondial pour le gaz naturel, en raison de ses objectifs de réduction des émissions de CO2, déjà adoptées. Je ne discuterai pas ici de la science ou de l’absence de science derrière le réchauffement climatique. Il est pertinent pour les marchés mondiaux de l’énergie, car c’est un fait juridique, que les États membres ont convenu de ce qui suit : en 2020, une réduction de 20% des émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990 ; d’ici 2030, au moins 40% de réduction des émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990. Toutes les parties conviennent que le seul moyen actuellement possible d’atteindre ces objectifs est de remplacer massivement le charbon et le pétrole par le gaz naturel. En Allemagne, il faut ajouter la décision de Merkel, après Fukushima, d’éliminer l’électricité nucléaire. Le futur marché gazier de l’UE devient la Toison d’or pour les fournisseurs de gaz tels que le Qatar, mais pas que lui.

Arrive Washington

Maintenant, allons à Washington, à son extrême droite.

Jusqu’en février 2014, au moment du coup d’état étasunien en Ukraine, la Russie, en utilisant les gazoducs de l’ère soviétique passant par l’Ukraine pour la plupart, a été la source d’approvisionnement majeure pour le gaz européen, venant des énormes gisements de gaz russes. L’objectif de Washington était, et est toujours, de briser ce lien entre la Russie et l’UE. L’administration Obama, guidée par Nuland et le vice-président Joe Biden, a installé un régime vassal à Kiev et a ordonné à ses pions de défier le russe Gazprom pour le paiement du gaz livré, qui se compte par milliards. Ils ont ordonné à leurs vassaux à Kiev de lancer une guerre contre le Donbass russophone de l’Est de l’Ukraine en bordure de la Russie. Kiev a obéi.

Cela a provoqué une crise stratégique à cause de la base navale russe en mer Noire, qui était administrativement, depuis l’époque soviétique, une partie de l’Ukraine, mais historiquement russe et tatar. Un référendum, dans lequel plus de 90% des citoyens de Crimée ont voté pour être rattachés à la Russie, a été utilisé comme prétexte pour Washington pour pousser l’UE à prendre des sanctions économiques autodestructrices contre la Russie. Les sanctions ont visé des personnes et des entreprises clés de l’industrie pétrolière et gazière russe.

L’escalade, menée par une guerre de propagande de l’OTAN et des médias traditionnels contrôlés de l’UE, a permis à la Commission de Bruxelles de placer des entraves bureaucratiques à la réalisation d’un deuxième gazoduc, ne passant pas par l’Ukraine, le South Stream.

En collaboration avec le gazoduc sous-marin, le North Stream, qui vient d’être construit entre Saint-Pétersbourg et le nord de l’Allemagne, le South Stream aurait éliminé la capacité de Washington, via l’Ukraine, de faire chanter ou de nuire à Gazprom. La Bulgarie, le point d’ancrage destiné au passage entre le sud est de l’Europe et l’Italie, a été contrainte par Bruxelles de se retirer de l’accord South Stream avec Gazprom et, en décembre 2014, le président Poutine a annoncé que South Stream était mort.

Maintenant, en Syrie, Bachar al Assad et, à un degré moindre, l’Irak dominé par les chiites, se présentent comme l’obstacle pour que le gaz qatari, sous contrôle américain, arrive jusqu’aux principaux marchés européens.

Retour en 1991

Les plans américains, mis au point par une cabale de néo-conservateurs guerriers et soutenus par le complexe militaro-industriel, Big Oil et leurs banques de Wall Street, remontent au moins à 1991. Le général retraité 4 étoiles de l’OTAN, Wesley Clark, a décrit une réunion qu’il a tenue avec Dick Cheney et Paul Wolfowitz, qui était sous-secrétaire de Cheney à la Défense stratégique – la position numéro trois au Pentagone :

«Et j’ai dit : Monsieur le Secrétaire, vous devez être assez content de la performance des troupes dans Desert Storm. Et il a dit : Oui, mais pas vraiment, parce que la vérité est que nous aurions dû nous débarrasser de Saddam Hussein, et nous ne l’avons pas fait […] Mais une chose que nous avons apprise [de la guerre du Golfe] est que nous pouvons utiliser nos militaires dans la région – au Moyen-Orient – et que les Soviétiques ne nous arrêteront pas. Et nous avons environ 5 à 10 ans pour nettoyer ces anciens régimes clients soviétiques – la Syrie, l’Iran, l’Irak – avant que la prochaine superpuissance vienne nous défier.» Suite à l’invasion américaine de mars 2003 en Irak pendant la présidence Cheney-Bush, avec Paul Wolfowitz à nouveau au Pentagone cette fois pour exécuter la chute de Saddam et la prise de contrôle militaire totale de l’Irak, le général John Abizaid a fait une déclaration éclairante. Abizaid, ancien commandant du CENTCOM, responsable de l’Iraq, a dit : «Bien sûr, c’est à cause du pétrole, entièrement à cause du pétrole, nous ne pouvons vraiment pas le nier

Peu doivent se rappeler que dès les premiers jours en tant que vice-président, en janvier 2001, Dick Cheney, qui venait de quitter Halliburton, la plus grande compagnie de services pétroliers au monde, a monté quelque chose appelé l’Energy Task Force du Président Bush. Ce qui est moins connu est que ce groupe de travail n’était pas destiné qu’aux besoins en pétrole et en énergie des États-Unis.

Cheney a invité les chefs de ExxonMobil, Chevron, BP et autres grandes compagnies pétrolière à ses sessions de stratégie, tenues portes closes. Ils ont commandé des cartes pétrolières détaillées de l’Irak et d’autres pays du Moyen-Orient. Condi Rice, conseillère nationale à la sécurité et ancienne membre du conseil d’administration de Chevron, a ordonné à son personnel de coopérer pleinement avec le groupe de travail de Cheney. Lorsque les organisations d’intérêt public lui ont demandé de rendre publics les procès-verbaux de ces réunions, Cheney a simplement refusé, en violation de la loi américaine. Selon un document secret fuité venant de la NSC (National Security Council), la mission était : «L’examen des politiques stratégiques envers les États voyous», tels que l’Irak, et «les actions concernant la capture des champs de pétrole et de gaz existants et nouveaux

Pour le dire clairement, les stratèges politiques autour de Dick Cheney, au plus haut niveau du Pentagone, à la NSC, à la CIA et au Département d’État, ont un plan détaillé pour «la capture des champs de pétrole et de gaz existants et nouveaux».

Et comme Cheney l’a déclaré dans son discours de Londres à l’Institute of Petroleum, en 1999, «d’ici 2010, nous aurons besoin de l’ordre de cinquante millions supplémentaires de barils par jour. Alors, d’où va venir le pétrole ? Les gouvernements et les compagnies pétrolières nationales contrôlent environ quatre-vingt pour cent des actifs. Le pétrole reste fondamentalement une entreprise du gouvernement. Alors que de nombreuses régions du monde offrent de grandes opportunités pour le pétrole, le Moyen-Orient, avec les deux tiers du pétrole mondial et le coût le plus bas, c’est toujours là où est le trophée en fin de compte…»

Ce qui émerge est une image où Dick Cheney est l’homme central, la tête d’une sorte d’appareil de gouvernement parallèle et secret, indépendamment de qui est président, qu’il soit G.H.W. Bush père ou Clinton (Bill) ou W. Bush ou Obama. Il agit évidemment ainsi en utilisant ses réseaux dans le gouvernement des États-Unis, le renseignement et Big Oil, depuis au moins 1991, afin de réorganiser secrètement le contrôle sur le pétrole mondial et, plus récemment, le gaz mondial, pour qu’ils tombent entre les mains de ceux qui entourent Cheney. Ceci est un projet énorme, un grand dessein géopolitique. Il est également voué à l’échec.

Le gaz qatari ou russe ?

Avance rapide jusqu’en 2009. Alors que le marché du gaz naturel de l’UE est maintenant défini comme le plus grand marché potentiel d’importation de gaz, tous les yeux des principaux producteurs de gaz se sont tournés vers Bruxelles et les différents États membres de l’UE, les principaux clients potentiels. Alors que les réseaux de gazoducs et terminaux méthaniers s’étendent à travers le monde, le gaz est en train de devenir l’équivalent du pétrole sur le marché mondial, ou au moins régional.

En 2009, Ronald Dumas, l’ancien ministre français des Affaires étrangères, a révélé que l’armée britannique se préparait à envahir la Syrie d’Assad. C’était deux bonnes années avant les allégations de massacres par l’armée d’Assad qui ont fourni l’alibi à la guerre, soutenue par les Américains, contre Assad. Dumas a dit la télévision française : «J’étais en Angleterre deux ans avant la violence en Syrie, pour d’autres affaires. J’ai rencontré des hauts fonctionnaires britanniques, qui m’ont avoué qu’ils préparaient quelque chose en Syrie. C’était en Grande-Bretagne, pas aux États-Unis. La Grande-Bretagne préparait des hommes armés à envahir la Syrie.»

Des fuites de courriels envoyés par l’entreprise privée américaine de renseignement Stratfor ont révélé des notes d’une réunion avec des responsables du Pentagone qui confirmaient qu’à partir de 2011, la formation des forces de l’opposition syrienne par des forces spéciales américaines et britanniques était en bonne voie. L’objectif était alors de provoquer l’«effondrement» du régime d’Assad «de l’intérieur».

En août 2009, l’émir du Qatar a rendu visite à Assad à Damas. Le Qatar détient le North Field, le plus grand champ de gaz au monde, au milieu du golfe Persique. L’émir a proposé qu’Assad donne son accord pour installer un gazoduc qatari à travers la Syrie, puis vers la Turquie pour envoyer le gaz qatari vers le marché européen du gaz. Peu de temps avant cette réunion à Damas, le cheikh Hamad bin Khalifa Al Thani, le souverain du Qatar, a déclaré aux médias turcs, à la suite d’entretiens avec le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdoğan : «Nous sommes impatients d’avoir un pipeline de gaz du Qatar vers la Turquie (via la Syrie). Nous avons discuté de cette question dans le cadre de la coopération dans le domaine de l’énergie. À cet égard, un groupe de travail sera mis en place pour obtenir des résultats concrets dans les plus brefs délais.»

Assad a décliné l’offre du Qatar, affirmant que la raison en était «de protéger les intérêts de [son] allié russe, qui est le principal fournisseur de gaz naturel de l’Europe». Ce fut le début de la décision de l’OTAN de détruire militairement le régime d’Assad, début 2011, suivant le modèle libyen.

Ajoutant l’insulte à l’injure pour le complot bercé depuis longtemps par Cheney pour le Moyen-Orient, l’année suivante, en 2012, le président Assad a entamé des négociations avec son voisin, l’Irak, l’objectif initial de Cheney pour l’occupation militaire des champs de pétrole, et avec l’Iran, la bête noire de l’Amérique. Le champ gazier qatari fait partie du plus grand champ gazier connu au monde et se prolonge également dans les eaux territoriales de l’Iran, où le champ de gaz est appelé South Pars. En raison des sanctions occidentales, le gaz iranien est jusqu’à présent resté largement sous-développé.

L’Iran, l’Irak et la Syrie ont signé un protocole d’accord pour construire conjointement un pipeline de $10 milliards, partant de South Pars, le champ gazier offshore de l’Iran, traversant l’Irak puis la Syrie en contournant la Turquie de l’OTAN et en allant via le Liban jusqu’à un port syrien, sur la Méditerranée, pour nourrir le marché gazier de l’UE. Il a été signé en juillet 2012.

Peu de temps après avoir accepté le projet de gazoduc South Pars, les trois pays, la Syrie, l’Irak et l’Iran, ont convenu d’un accord pour transporter le pétrole à partir du champ de pétrole de Kirkouk en Irak, jusqu’au port syrien de Banias. Tant l’oléoduc Kirkuk-Banias que le gazoduc Iran South Pars-Irak-Syrie laisseraient la Turquie et Israël hors jeu.

Ce fut le moment où Washington et l’OTAN ont décidé de lancer leur «guerre civile» secrète par procuration, dont les combats se sont propagés jusqu’à Damas et Alep.

Le Qatar, sans ses ressources énergétiques serait un marigot insulaire de cheikhs féodaux, de chameaux et de faucons. Son genre d’islam est le même que le wahhabisme sunnite fondamentaliste de l’Arabie saoudite, son seul voisin. La décapitation, la peine de mort pour les homosexuels, la lapidation à mort pour adultère, tout cela est autorisé en vertu de la stricte législation de la charia. En raison du gaz et du pétrole, c’est aussi le plus riche pays du monde par habitant, alors l’Occident ignore poliment tout cela.

Le pays a été choisi par la Grande-Bretagne, dont c’était un territoire de la Première Guerre mondiale jusqu’en 1971, et plus tard par les États-Unis, pour être le site de l’une de leurs bases militaires les plus importantes dans tout le Moyen-Orient, à Doha.

Seul 13% de 1,8 millions d’habitants du Qatar sont des citoyens qataris. Les autres 1,5 millions restants sont des «travailleurs invités» étrangers travaillant généralement dans des conditions d’esclavage. Le Qatar abrite les Frères musulmans en exil et la chaine télé Al Jazeera, liée à la CIA et à l’OTAN. En bref, le Qatar est le partenaire idéal pour la CIA, le MI6 et l’OTAN pour faire avancer leur programme concernant le pétrole et le gaz au Moyen-Orient.

Pour le Qatar sunnite et fondamentaliste, son ennemi méprisé, l’Iran chiite, est soudainement devenu un rival mortel pour les ventes de gaz à l’UE.

L’impardonnable péché russe

Ensuite, la Russie de Poutine est entrée dans la danse syrienne, par son veto, à deux reprises, aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, en accord avec la Chine, résolutions qui auraient permis aux États-Unis et à l’OTAN (en grande partie par l’intermédiaire de la Turquie) de mettre en place une «zone d’exclusion aérienne» à la libyenne qui aurait conduit à un rapide renversement d’Assad. Cela pour rendre possible le démembrement ou la balkanisation de la Syrie; ce qui permettrait alors au gazoduc Qatar-Syrie-Turquie vers l’UE de s’installer. La Russie à ce moment est devenue une cible privilégiée pour Washington. La Russie de Poutine menaçait toute la grande stratégie des États-Unis pour contrôler les flux d’énergie du monde, qu’elle le sache ou pas.

George Friedman, le fondateur de Stratfor, souvent désigné comme «l’ombre de la CIA», l’a aussi admis dans une inhabituelle interview avec un journal russe de premier plan. Friedman, dont les principaux clients comprennent les agences de renseignement du Pentagone et des États-Unis, a déclaré que «la Russie a commencé à prendre certaines mesures que les États-Unis considèrent comme inacceptables. Principalement en Syrie. Ce fut là que les Russes ont démontré aux Américains qu’ils étaient capables d’influencer les processus au Moyen-Orient… Les États-Unis ont estimé que la Russie leur nuisait de façon intentionnelle. C’est dans ce contexte que nous devrions évaluer les événements en Ukraine

Dans cette même interview à Kommersant, Friedman a décrit les événements en Ukraine, où le régime de Viktor Ianoukovitch a été renversé en février 2014, comme un coup d’État organisé et financé par les États-Unis : «La Russie nomme les événements qui se sont déroulés début 2014 un coup d’État organisé par les États-Unis. Et ce fut vraiment le coup d’État le plus flagrant de l’histoire».

Destiné à échouer

Les conséquences du complot fou de Dick Cheney pour tenter de contrôler le pétrole et le gaz dans monde sont de plus en plus évidentes. La Russie, dans les derniers jours, après un bref accord de cessez-le-feu avec Washington sur la Syrie, a clairement montré qu’elle ne permettra pas aux États-Unis de continuer à armer les terroristes al-Qaïda (et al-Nusra) en Syrie. Les forces russes ont de nouveau démontré leur détermination à détruire les terroristes qui combattent dans et autour de la bataille pour Alep et d’autres points clés syriens, que ce soit des terroristes «modérés» ou al-Qaïda / al-Nusra.

Le bombardement américain sur la Libye en 2011 et la tentative de prendre le contrôle des richesses pétrolières de ce pays d’Afrique ont été un échec lamentable. Ce pays d’Afrique du Nord, alors stable et prospère, grouille aujourd’hui de groupes armés qui s’assassinent les uns les autres pour une part de la richesse pétrolière. L’utilisation de l’Arabie saoudite et de ses richesses pétrolières par les États-Unis pour financer son grand dessein en Syrie et ailleurs se révèle un désastre. Le Royaume est en train d’épuiser rapidement ses réserves financières alors que les prix du pétrole restent à hauteur de 50 dollars. La guerre de l’Arabie saoudite contre le Yémen, aussi soutenue par les Américains, est en train d’échouer et fait de Riyad, la risée du monde. L’ancien allié des États-Unis et de l’UE, Recep Tayyip Erdoğan, est en train de mener l’économie turque, alors prospère, à la ruine et de s’aliéner presque tout le monde avec sa folle et fanatique poursuite du pouvoir absolu.

De façon spectaculaire, le nettoyage ethnique soutenu par les Américains en Syrie qui a poussé des millions de personnes à chercher refuge, d’abord en Turquie, et, depuis le printemps de 2015, dans l’UE, notamment en Allemagne et en Suède, a déchiré le tissu de stabilité sociale de l’UE, allant même jusqu’à menacer son avenir.

Ceci dans le silence assourdissant de tous les dirigeants de l’UE, tout particulièrement de la chancelière allemande Angela Merkel ou de Wolfgang Schäuble. Ils savent tous que c’est ce nettoyage ethnique en Syrie et en Irak qui crée le flux de réfugiés. Tout cela pour faire place à des gazoducs sous contrôle américain qui forceront les Européens à ne pas s’approvisionner aux sources de gaz russe. Ceci est la véritable histoire, cachée par les politiciens de l’UE comme Merkel ou Schäuble.

Le silence des agneaux, un roman de Thomas Harris, décrit le son lorsque le dernier agneau est conduit à l’abattoir et qu’il n’y a plus de bêlements. Le silence devant la vérité est une forme de communication aussi destructrice que les mensonges utilisés pour couvrir ce silence, comme ces dernières remarques stupides de Wolfgang Schäuble au sujet des dangers de la consanguinité et de la troisième génération de femmes turques. Ce dont on a besoin est un dirigeant sincère avec un courage moral, le genre montré par le président français Charles de Gaulle, quand il a refusé de diaboliser l’Union soviétique et a sorti la France de l’OTAN en 1966, plutôt que de s’incliner devant Washington et de jeter le destin de la France aux mains d’imprévisibles politiciens étasuniens.

F. William Engdahl
 
Source New Eastern Outlook Article original publié dans New Eastern Outlook
Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone
 
Tag(s) : #ACTUALITES, #EUROPE, #Nouvel Ordre Mondial

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