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« Comment prendre les Français pour des cons : la France favorable à un salaire minimum européen !! » L’édito de Charles SANNAT

Mes chères impertinentes, mes chers impertinents,

« La France favorable à un salaire minimum européen », quel superbe titre de dépêche ! Quel beau programme à l’aube d’une campagne électorale où les « abrutis » et « sans-dents » que nous sommes (car c’est exactement de cette façon-là que nous considèrent nos mamamouchis) vont devoir donner leur onction à un camp ou à un autre pour mieux se faire tondre, quel que soit leur choix après l’élection !

Comme vous le savez, l’Europe n’est plus vraiment populaire.

Comme vous le sentez aussi sans doute, la mondialisation n’est plus vraiment à la mode.

Quant au libre-échange et aux frontières passoires, que ce soit pour la libre circulation des biens, des marchandises ou des migrants, cela finit par donner des boutons même aux bien-pensants de gôche ! C’est dire…

Tenir un discours et faire l’inverse !

Alors on nous tient côté face des discours rassurants, tandis que côté pile on se fait savamment empapaouter par des dirigeants qui ne servent plus depuis bien longtemps l’intérêt de leurs peuples respectifs.

Nous avons aujourd’hui un exemple terrible de ce double jeu de la classe au pouvoir avec cette idée « positive » et « populaire » de mettre en place un salaire européen minimum qui, évidemment, serait « vers le haut » et permettrait d’éviter toute concurrence « déloyale » !

Sauf que c’est juste totalement impossible et profondément irréaliste, raison pour laquelle d’ailleurs l’Europe est condamnée à l’échec et il ne s’agit même pas fondamentalement de problèmes politiques, mais d’un sujet « technique » !

Une « convergence en douceur » hahahahahaha !

« Un rapport de la commission des Affaires européennes de l’Assemblée nationale, remis mercredi au gouvernement, plaide pour un salaire minimum dans chaque pays membre de l’Union européenne et avance des pistes pour une « convergence en douceur », afin d’éviter la mise en concurrence entre salariés… »

Sauf que c’est techniquement totalement impossible et croire que l’on va mettre tout le monde au SMIC le plus cher est évidemment une chimère. L’Europe et la mondialisation c’est fait pour enrichir les multinationales qui se portent d’ailleurs très bien ! Pas pour faire plaisir au pékin moyen.

Mais au-delà même de ce constat froid, ce n’est techniquement même pas envisageable car ce sont tous les grands équilibres économiques, sociaux, de chaque pays qui seraient bouleversés.

Du reste, même le rapport ne le sait que trop bien :

« L’absence de convergence sociale actuelle en Europe et la forte disparité des salaires (…) ne nous permettent pas de mettre en place un salaire minimum unique à l’échelle de l’Union européenne », précise ce rapport qui doit être présenté par le député socialiste Philip Cordery à la ministre du Travail, Myriam El Khomri, et au secrétaire d’État aux Affaires européennes, Harlem Désir.

Il propose donc la mise en place d’un « mécanisme de salaire minimum » et prône une « convergence en douceur qui ne déstabilise pas les marchés mais mette en œuvre à moyen terme le nécessaire rapprochement des niveaux de salaire. »

Ou comment dire que l’on ne peut rien faire mais faire croire quand même que l’on va faire quelque chose, sans surtout ne rien faire !

Mais pourquoi un salaire minimum européen est-il impossible ?

Tout simplement parce que nous parlons de 28 pays qui ont chacun un système différent même s’il est indéniable qu’une certaine convergence est à l’œuvre mais nous sommes, sur les aspects sociaux, bien trop éloignés les uns des autres.

En France, le salaire minimum c’est 1 458 euros brut par mois ! Eh oui, nous sommes presque au SMIC à 10 000 francs, vieille lune des communistes et autres syndicalistes.

En Bulgarie, le pays où le SMIC est le moins cher, c’est 184 euros… Oui, vous avez bien lu. 184 euros, en gros, pour un Français, vous avez de quoi vous payez 8 Bulgares… Autant dire qu’à ce prix-là, inutile d’aller vous faire suer en Chine.

Au milieu de tout ça, vous avez un pays comme la Pologne avec un SMIC à 500 euros ou l’Espagne à moins de 800 euros !

Vous allez me dire « pas grave, on met tout le monde au SMIC français ». Ce serait une excellente idée pour lutter contre la déflation européenne, mais aucun des pays où le SMIC n’est pas cher ne pourra accepter une telle décision car c’est tout leur modèle économique qui s’effondrerait. Dans un tel cas, autant dire que nous mettrons tous les Espagnols, les Polonais et les Bulgares au chômage, puisque si c’est pour payer un Bulgare le prix d’un Français… autant produire en France ! Ben oui… et l’idée c’est bien de produire au prix bulgare pour vendre au tarif français et empocher la différence. Les entreprises ne sont pas des associations loi 1901 à but non lucratif !

L’idée de la convergence du SMIC et des coûts de main-d’œuvre, au cas où vous n’auriez pas compris, c’est plutôt vers le bas que ça se passe. Les mamamouchis, eux, voudraient que l’on soit tous payés au tarif bulgare.

Mais ce n’est pas possible non plus.

Pourquoi me direz-vous ?

Ho pour une raison assez simple.

Prenez le cas de notre pays.

Sans rien faire, avec un RSA, vous gagnez l’équivalent de 3 SMIC bulgares.

Imaginez maintenant que le SMIC en France passe disons… au SMIC polonais à 500 euros. Avec un RSA à 490 euros, vous avez peu de chance de trouver des travailleurs motivés.

Il faudrait donc dans un tel cas supprimer les minimas sociaux.

Pourquoi pas. Mais les conséquences risquent de ne pas être très agréables car ils sont quelques millions à pointer chez Paul Emploi, aux CAF, aux RSA et autres minima.

Donc c’est l’impuissance !

Il est donc logique que, dans un sens ou dans un autre, il ne se passe rien car nous sommes arrivés à une situation où il ne peut plus rien se passer. Nous sommes bloqués.

Converger par le haut ? Impossible, sinon tous les pays un peu en dessous s’effondrent, c’est-à-dire tous à part la France et l’Allemagne (plus le Luxembourg et les Pays-Bas).

Converger par le bas ? L’Allemagne et la France s’effondrent, c’est la déflation généralisée, les dettes explosent, les pays les plus endettés sont en faillite car il ne faut pas oublier que toute la fiscalité repose sur le… travail ! Si demain les salaires en France sont de quelques centaines d’euros, alors il n’y a plus d’impôt sur le revenu, pas plus de TVA collectée, et tout le monde est insolvable car il faudrait baisser les salaires en les divisant par 2 ou 3. Impossible, c’est la révolution assurée dans la minute en raison tout simplement des « gamelles vides ».

Donc il ne peut rien se passer.

Donc il ne peut pas y avoir le grand saut fédéral européen tant désiré par les sots car il faut être sot pour ne pas vouloir comprendre qu’il est techniquement impossible.

Donc s’il ne peut pas y avoir de convergence, alors les divergences vont perdurer…

Or si les divergences perdurent, elles finissent par devenir ingérables et insupportables.

Alors, si on ne peut pas converger, alors on diverge. Si on diverge, c’est l’Europe qui explose ou en tous les cas se désagrège en « douceur ».

C’est exactement ce à quoi vous êtes en train d’assister car il n’y a pas d’autres choix possibles.

Jusqu’au dernier moment, on tentera de vous cacher la réalité de la chose et la gravité de la situation. Il ne s’agit pas de vous faire peur, car il n’y a aucune peur à avoir. Le monde a toujours évolué et changé parfois en bien, le plus souvent en mal, et chaque génération a eu son lot de souffrance et de défis à relever.

Mais s’il n’y a pas à avoir peur, il faut être conscient de ce qui arrive pour faire les bons choix. Ces choix sont évidemment patrimoniaux mais pas uniquement. Ils sont aussi professionnels. Ils sont également sur votre localisation et l’ensemble des paramètres de votre liberté individuelle. Ces choix forts de vie, vous devez les envisager dès maintenant et ceux qui ne savent pas se décider « avant » ne pourront pas rattraper le temps perdu après.

Il est déjà trop tard. Préparez-vous !

Charles SANNAT

« Insolentiae » signifie « impertinence » en latin

Tag(s) : #ACTUALITES, #Crise de l'Euro

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