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Un labo pour la Mecque : l'inquiétant projet de la France en Arabie saoudite

L’Institut Pasteur envisage d’aider Riyad à se doter d’un laboratoire biologique de haute sécurité. Pour satisfaire son nouvel ami saoudien, le gouvernement laissera-t-il faire, quitte à prendre un risque inconsidéré ?

François Hollande participe mardi 5 mai à un sommet du Conseil de coopération du Golfe (CCG) en Arabie saoudite. Il est le premier chef d'Etat occidental invité à cette organisation économique et militaire, qui réunit les monarchies pétrolières de la péninsule arabique. L'opération de rapprochement entre la France et les monarchies du Golfe s'exprime également à travers le projet d'installation d'un laboratoire biologique de haute sécurité en Arabie saoudite, comme le révélait "l'Obs" le 23 avril dernier.

C'est une affaire de grande politique et de petit virus – une affaire que l’on peut résumer à une question : pour faire plaisir aux princes saoudiens qu’elle courtise assidûment, la France va-t-elle trop loin ? Tout commence en 2012 quand une épidémie de coronavirus Mers se déclenche en Arabie saoudite. Totalement démuni face à cette crise qui a fait plus de 400 morts à ce jour, Riyad demande de l’aide à plusieurs organismes occidentaux spécialisés. Le royaume, qui a une structure sanitaire balbutiante, veut griller les étapes. Alors que son niveau technologique est bas, il entend se doter très vite, entre La Mecque et Djeddah, d’un , "P3" ou "P4" dans le jargon – un outil qui, s’il est mal géré ou tombe en de mauvaises mains, peut se révéler particulièrement dangereux. On y manipule des agents mortels et souvent très contagieux, contre lesquels on ne connaît aucun traitement, tels l’anthrax, la peste, le Sras ou même le virus Ebola.

Pour se doter de tels labos, le ministère saoudien de la Santé s’est d’abord tourné vers l’allié naturel, le grand protecteur de la péninsule : les Etats-Unis. Mais Washington refuse son aide. Riyad s’adresse alors à l’Institut Pasteur. Des négociations discrètes s’engagent. Les autorités françaises, qui cherchent à transformer leur récente lune de miel diplomatique avec la riche Arabie en contrats sonnants et trébuchants, favorisent ces pourparlers encore confidentiels dont elles ne connaissent pas forcément tous les détails. Ces discussions s’accéléreront lors de la visite de Laurent Fabius à Riyad le 12 avril dernier. Mais certains, à Pasteur comme au sein de l’administration, se demandent s’il est bien sage de poursuivre plus avant, de fournir effectivement un tel savoir-faire à un tel Etat.

Un officiel français, également hostile au projet, rappelle que l’Arabie est une dictature moyenâgeuse où la liberté d’expression n’existe pas et où il est explicitement interdit de critiquer le gouvernement. "Qui va oser donner l’alerte s’il y a un problème ?", demande-t-il…

Les discussions sont prises en main par le nouveau directeur général de Pasteur, Christian Bréchot, que l’on dit en très bons termes avec François Hollande. Et, en novembre 2013, un "accord de coopération" général est signé. Entre Paris et Riyad, l’heure est aux accolades. C’est un premier geste. Ce ne sera pas le dernier…

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Tag(s) : #ACTUALITES

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