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Bras de fer et coup de théâtre, le récit de la manifestation interdite finalement autorisée

C’est une journée particulière sur le front syndical et pour le gouvernement. En l’espace de quelques heures, ce dernier a autorisé une manifestation contre la loi travail, qui venait d’être interdite par la préfecture de Paris. Les leaders syndicaux ont salué leur dialogue avec le ministère de l’intérieur et, ironie du sort, Marine Le Pen, parmi d’autres, s’est posée en gardienne des manifestations.

Il est à peine 9 heures, mercredi 22 juin, quand la préfecture de police annonce dans un communiqué que pour des raisons de sécurité elle interdit la manifestation parisienne prévue à 14 heures jeudi 23 juin. Les négociations menées depuis vingt-quatre heures avec les organisations syndicales, qui portaient sur la possibilité d’un rassemblement statique ou d’autres itinéraires que celui initialement prévu, se soldent par un échec.

« Ces discussions n’ont (...) pas conduit à l’émergence d’un accord sur cette proposition de conciliation, les représentants des syndicats refusant catégoriquement la tenue d’un rassemblement statique et formulant ensuite des propositions alternatives », peut-on lire dans un communiqué de la préfecture.

Très vite, les secrétaires généraux de la CGT et de Force ouvrière (FO), Philippe Martinez et Jean-Claude Mailly, demandent à être reçus « rapidement » par le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve. Le rendez-vous est annoncé à 11 heures.

Lire le compte-rendu de chat avec le chef du service politique du « Monde » : « La ligne Valls, celle de l’épreuve de force, a perdu »

La gauche dénonce à l’unisson une « faute », la droite est désunie

Les réactions politiques condamnant la décision des autorités ne se font pas attendre. Le premier, le député socialiste « frondeur » Christian Paul dénonce « une faute historique ». Aurélie Filippetti, ancienne ministre de la culture, évoque elle « un acte extrêmement grave ». Le secrétaire national du Parti communiste (PCF) fustige « une décision autoritaire et irresponsable », tandis que celui d’EELV regrette « une stratégie de la tension (...) irresponsable » de la part du gouvernement. Jean-Luc Mélenchon (Parti de gauche) estime de son côté que « le gouvernement se cache derrière le préfet de police ».

La droite est en ordre dispersé. Si François Fillon et Alain Juppé saluent l’interdiction, Nicolas Sarkozy avait jugé la veille, à Berlin, qu’une telle éventualité n’était « pas raisonnable » de la part d’un « gouvernement républicain ». Du côté du Front national, Marine Le Pen qualifie sur Twitter l’interdiction de manifester de « démission face aux casseurs » et d’« atteinte grave à la démocratie ». Oubliant que le 20 mai elle réclamait pourtant l’interdiction des manifestations en période d’état d’urgence.

Bras de fer et coup de théâtre, le récit de la manifestation interdite finalement autorisée

es appels à manifester malgré l’interdiction fleurissent, CGT et FO en tête, suivies notamment de plusieurs partis politiques de gauche : le PCF, le Parti de gauche, EELV, le Nouveau Parti anticapitaliste et le Front de gauche.

Lire aussi : Revirement sur la manifestation de jeudi : Nicolas Sarkozy dénonce « une marque coupable de faiblesse »

Les syndicats saluent une « victoire », Cazeneuve met en garde

Entre temps, les leaders syndicaux sont reçus Place Beauvau. Une bonne heure plus tard, coup de théâtre : l’intersyndicale annonce lors d’une conférence de presse que la manifestation est finalement autorisée, mais sur un itinéraire proposé par le ministère de l’intérieur, autour du bassin de l’Arsenal, sur 1,6 kilomètre.

Bras de fer et coup de théâtre, le récit de la manifestation interdite finalement autorisée

Une « victoire pour les syndicats et la démocratie », selon les secrétaires généraux de FO, Jean-Claude Mailly, et de la CGT, Philippe Martinez. Ce dernier dit également que la manifestation du 28 est maintenue, mais que ses modalités restent à discuter. De son côté, Bernard Cazeneuve met en garde manifestants et organisateurs, appelant ces derniers à « la responsabilité. Aucun débordement, aucune violence ne sera tolérée ».

Dispositif de sécurité « hors norme »

Lors d’une conférence de presse, la préfecture de police détaille le dispositif de sécurité qui sera mis en place pour encadrer le cortège : 2 000 policiers, contrôle des sacs à l’entrée de la place de la Bastille pour confisquer les éventuels projectiles. Une centaine de personnes connues des services de police vont par ailleurs être interdites de participer au défilé. Un dispositif « hors norme », selon Fabien Vanhemelryck, du syndicat de police Alliance.

La trêve avec les syndicats est, elle, de courte durée. Quelques heures après ce compromis trouvé après vingt-quatre heures de négociations tendues, huit organisations – dont la CGT et Solidaires, mais pas FO – lancent une ultime contre-attaque en réclamant une enquête parlementaire sur les « dysfonctionnements » du maintien de l’ordre lors des précédentes manifestations contre la loi travail. Preuve, s’il en était besoin, que le bras de fer entre syndicats et gouvernement continue.
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/06/22/loi-travail-la-prefecture-de-police-interdit-la-manifestation-de-jeudi-a-paris_4955521_3224.html#eU0VPJP0qd5V8est.99

Tag(s) : #ACTUALITES, #POLITIQUE

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