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Syngenta racheté par la Chine pour 46 milliards de dollars


Commentaire : C'est que l'on aurait presque espéré que la Chine suive l'exemple de son voisin, la Russie : promotion de produits sains issus d'une agriculture respectueuse de l'environnement, bannissement progressif des OGM. Il n'en n'est rien.

La Chine vient d'acquérir la société suisse Syngenta, l'un des leaders mondiaux des pesticides et des plantes génétiquement modifiées, pour la somme astronomique de 46 milliards de dollars. Cet achat, réalisé via l'entreprise publique China National Chemical Corp est le plus grand de toute l'histoire de la Chine.

La compagnie suisse s'est vue proposer la somme de 465 dollars par action, soit environ 20% de plus que leur valeur sur le marché. Pékin espère que les projets de Syngenta permettront d'augmenter la productivité de l'agriculture nationale, appelée à nourrir la population croissante en plus des importations alimentaires.

Combien de Chinois à nourrir ?

La Chine est le pays le plus peuplé du monde. Dans la seconde moitié du XXe siècle, sa population a plus que doublé, passant de 544 millions à 1,37 milliard en 2015. Selon les estimations de l'Onu la population chinoise continuera d'augmenter, notamment avec l'abandon de la politique de l'enfant unique, pour arriver à 1,4 milliard d'habitants d'ici 2022. A terme, la Chine pourrait être dépassée par l'Inde d'un point de vue démographique, rapporte Slon.ru.

Aujourd'hui, près de 19% des habitants de la planète vivent en Chine. Dans le même temps, ce pays ne représente que 10% des terres arables (dont près de 70% sont peu fertiles selon l'Organisation de coopération et de développement économiques, ou OCDE) et 6% des ressources en eau. La Chine, de surcroît, n'arrive pas à les exploiter à part entière. Une grande partie des ressources est polluée par les produits chimiques utilisés dans l'agriculture et les déchets industriels, tandis que des millions d'hectares ont été retirés de la culture agricole au profit des besoins croissants des villes (près de 8,2 millions d'hectares depuis 1997).

Pékin s'efforce de nourrir sa population en produits chinois, mais reconnaît que ses propres ressources sont insuffisantes et qu'il lui faut recourir aux importations. Fin 2015, le ministère chinois de l'Agriculture a annoncé que dans le cadre du prochain quinquennat (2016-2022) le pays compterait davantage sur l'achat de céréales que sur l'augmentation de sa propre production. Les autorités espèrent toutefois que certaines cultures — riz et blé — seront récoltées en quantité suffisante en Chine pour subvenir entièrement aux besoins du pays.

Une autre solution — déjà adoptée par Pékin — est de louer des terrains à l'étranger: selon une étude datant de 2014, les autorités chinoises sont celles qui ont le plus recours à cette pratique, dans trente pays différents. L'accès aux biens agricoles étrangers est aussi synonyme d'accès aux ressources en eau nécessaires à l'irrigation et à l'élevage animal. Par exemple, des centaines de litres d'eau sont nécessaires pour produire un kilogramme de pommes de terre ou de maïs; et des milliers de litres pour un kilogramme de mouton ou de porc.

Combien consomme la Chine

La Chine est le plus grand consommateur de céréales au monde. En 2016, selon les prévisions, elle devrait en écouler 360 millions de tonnes (contre 348 millions aux USA). La consommation de blé représente environ 120 millions de tonnes, ce qui correspond à la demande de toute l'UE. Pour le riz, près de 150 millions de tonnes sont consommées en Chine soit un tiers de la demande mondiale. Le pays reste également le plus grand consommateur de soja. Selon les prévisions pour 2016, sa consommation sera de l'ordre de 95 millions de tonnes — pratiquement le double des USA, n°2 du classement.

La Chine occupe également l'une des premières places en matière de consommation de viande: deuxième pour le mouton (environ 6,7 millions de tonnes) derrière le Brésil; première pour le porc (près de 57 millions de tonnes, 2,5 fois par rapport à toute l'UE) ; et première pour le poulet (environ 12 millions de tonnes).

Elle est ainsi le plus grand producteur dans certains secteurs du marché alimentaire (par exemple la production de poulet) et le plus grand importateur dans d'autres (par exemple le soja: en 2016 sa demande devrait augmenter de 6%, jusqu'à 77,5 millions de tonnes, soit plus de 60% des échanges mondiaux). Au niveau de la structure des importations chinoises, la part principale (environ 40%) revient au soja et aux graines de cultures oléagineuses, à l'huile (12%), aux céréales, à la viande et aux produits laitiers (6,4%), ainsi qu'aux fruits et légumes.

Les USA sont le principal fournisseur de la Chine. La part des États-Unis dans la production alimentaire achetée par Pékin en 2012-2013 s'élevait à près de 24%, soit environ 26 milliards de dollars. Les USA représentent près de 40% des livraisons de céréales à la Chine et environ 25% pour la viande. Parmi les autres grands fournisseurs figurent le Brésil, l'Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande et l'Argentine.

Ce que les Chinois préfèrent manger

Le revenu moyen des Chinois a doublé entre 1990 et 2010. Toutefois, cette embellie concerne avant tout les citadins: entre 1995 et 2013, le revenu net des ménages a décuplé pour passer de 4 200 à 29 500 yuans par an (plus de 4 000 euros). En 2013, on touchait trois fois moins en milieu rural.

L'augmentation des revenus des Chinois a également influencé leurs habitudes alimentaires. Ainsi, la consommation de viande entre 1990 et 2010 a approximativement doublé, et ils mangent également plus d'œufs, de produits laitiers et de fruits de mer. La demande a également augmenté pour des produits plus coûteux comme le vin, dont les importations ont été multipliées par quatre entre 2008 et 2013 pour atteindre 1,5 milliard de dollars (près de la moitié provenant de France). Les livraisons de produits comme le fromage, les biscuits et autres confiseries, le thé, le café et les glaces ont plus que triplé. En 2013 la Chine en a importé pour 764 millions de dollars.

Les Chinois mangent également de plus en plus de produits semi-finis et de fast-food comme des chips ou des snacks. Depuis 2008, la consommation de ce type de nourriture en Chine a augmenté d'environ deux tiers. Selon des prévisions publiées en 2015, la Chine pourrait dépasser les USA dès le début de l'année 2016 avec 107 millions de tonnes consommées (102 millions de tonnes aux USA).

Cette ruée vers les importations s'explique également par une série de scandales associés aux produits locaux. Par exemple, il s'est avéré en 2008 que les producteurs chinois ajoutaient de la mélamine au lait — qui peut être nuisible pour la santé à forte dose. Des centaines de milliers d'enfants avaient ainsi été empoisonnés à l'époque, et six en étaient morts.

Par ailleurs, les Chinois se méfient beaucoup des produits OGM. La Chine achète ce type de cultures à l'étranger (la grande majorité du maïs et du soja en provenance des USA est génétiquement modifié). Pour dissiper les craintes, les autorités ont même organisé une campagne de soutien aux OGM : le président Xi Jinping a appelé à développer activement ces technologies en Chine pour "empêcher la domination de compagnies étrangères sur ce marché". Selon les informations disponibles, Pékin investira près de 3 milliards de dollars dans la recherche OGM entre 2006 et 2020.

source

Sputnik News

Tag(s) : #ACTUALITES

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