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La Grande-Bretagne impliquée dans le trafic de pétrole de l’État Islamique

Dans leur hâte d’accéder à la richesse que constituent le pétrole et le gaz du Kurdistan, les États-Unis et la Grande-Bretagne ferment les yeux sur la complicité avec la contrebande de pétrole de “l’État Islamique”

Selon des sources politiques haut-placées de la région, des alliés clés dans la guerre dirigée par les États-Unis et la Grande-Bretagne contre l’État Islamique (ÉI) financent secrètement le mouvement terroriste. Des compagnies pétrolières américaines et britanniques sont lourdement investies dans le triangle géopolitique trouble qui soutient les ventes clandestines de pétrole de l’ÉI.

Le Gouvernement Régional Kurde (GRK) en Irak et le renseignement militaire turc ont tous deux apporté leur concours à la contrebande de pétrole de l’ÉI et ont même, selon des officiels kurdes, irakiens et turcs, fourni des armes au groupe terroriste.

Une compagnie pétrolière britannique en particulier, Genel Energy, a passé un contrat avec le GRK pour fournir du pétrole à une grande société kurde accusée de faciliter les ventes de pétrole par l’ÉI à la Turquie. Cette société kurde a des liens étroits avec le gouvernement kurde irakien.

Genel opère au GRK avec le soutien du gouvernement britannique, et est également lié à un groupe parlementaire britannique qui a des liens anciens avec les industries pétrolières britanniques et kurdes.

Les relations entre, d’une part, les sociétés pétrolières britanniques et kurdes et, d’autre part, des personnalités politiques britanniques importantes, soulèvent des questions sur les conflits d’intérêts — surtout dans le contexte de la « guerre contre le terrorisme » qui est censée viser, et non financer, l’« État Islamique ».

Les Kurdes, les Turcs et les aveugles

L’une des principales sources de revenus de l’ÉI est la contrebande de pétrole. L’État Islamique contrôle approximativement 60% du pétrole syrien, ainsi que sept des plus grands sites de production de pétrole en Irak.

En se servant d’un réseau soigneusement entretenu d’agents et d’intermédiaires dans la région kurde de l’Irak aussi bien qu’en Turquie, l’ÉI a réussi à produire la quantité phénoménale de 45000 barils par jour de pétrole, leur permettant d’engranger 3 millions de dollars par jour en espèces en pratiquant des prix bien au-dessous du marché.

Mais l’ampleur du montant des transactions et l’impunité de ce réseau de contrebande ont amené des politiciens locaux à se demander si certains personnages officiels du GRK et de Turquie ne fermaient pas les yeux sur ces opérations.

Des personnalités irakiennes, kurdes et turques ont accusé aussi bien le GRK que l’État turc de délibérément autoriser un certain nombre de ces opérations de contrebande.

La tension monte entre le GRK et le gouvernement central à Bagdad au sujet du contrôle de la production et des revenus des champs pétroliers de la région kurde. Les dirigeants kurdes d’Irak voient dans le pétrole de leur région un moyen d’accroître leur autonomie, voire d’accéder à l’indépendance, tandis que le gouvernement irakien cherche à assurer son contrôle souverain sur toutes les ventes en provenance de ses champs pétroliers, incluant ceux du GRK.

Ces tensions ont atteint un sommet lorsque le GRK a commencé à vendre unilatéralement du pétrole et à l’exporter en Turquie en contournant Bagdad.

Complicité

Le GRK et les autorités turques démentent avec véhémence avoir quelque rôle que ce soit dans la facilitation des ventes de pétrole par l’ÉI. Les deux gouvernements ont pris des mesures pour réprimer ces opérations de contrebande, et tant les États-Unis que la Grande-Bretagne travaillent en liaison étroite avec la GRK pour établir les routes empruntées par la contrebande de l’ÉI.

Malgré l’arrestation d’intermédiaires kurdes impliqués dans le marché noir de l’ÉI, des preuves continuent d’affluer montrant que ces mesures sont complètement décousues et ne parviennent pas à enrayer la corruption à haut niveau.

Selon une source de haut niveau du parti islamique Dawa majoritaire au gouvernement irakien, les autorités irakiennes et américaines ont recueilli des renseignements importants prouvant que des membres du GRK ont fermé les yeux sur les ventes de pétrole au marché noir par l’ÉI.

La source, qui a un accès direct à des personnalités de haut niveau du gouvernement irakien, affirme que le GRK a tout d’abord vu l’invasion de l’Irak par l’ÉI comme une occasion de consolider le contrôle kurde sur le territoire contesté, surtout sur la région riche en pétrole de Kirkuk. Cependant, les Kurdes n’avaient pas prévu que la présence de l’ÉI deviendrait aussi puissante.

Au début de l’invasion, l’année dernière, il a dit :

« Des éléments du GRK et de la milice peshmerga ont directement facilité la contrebande secrète de pétrole à travers la région kurde. Les Américains le savaient, et ils ont partagé ces renseignements avec le gouvernement irakien à Bagdad. »

Cette question a engendré des tensions entre le GRK et Bagdad et facilité les efforts de Hussein al-Chahrestani, alors vice-premier ministre irakien de l’énergie, à réprimer les exportations de pétrole indépendantes des Kurdes

Son successeur, le nouveau ministre du pétrole Adel Abdul-Mehdi, a été mis à ce poste à l’occasion d’un remaniement ministériel en septembre de l’année dernière sous la pression diplomatique américaine. Selon la source, contrairement à al-Chahrestani, Abdul-Mehdi a une approche beaucoup plus conciliante de la question du pétrole kurde, ce qui justement arrange les intérêts des investisseurs américains et britanniques dans le GRK. « Ceci signifie que Bagdad est devenu beaucoup plus coulant sur les preuves de la contrebande de pétrole par l’ÉI à travers le GRK. »

La source a confirmé que sous la pression croissante des États-Unis, « les autorités du GRK ont pris de sérieuses mesures pour freiner la contrebande illégale au profit de l’ÉI, mais que la contrebande continue, bien qu’à un niveau plus faible, avec le soutien de dirigeants du GRK qui tirent profit de ces ventes. »

Selon la source irakienne, la Turquie aussi joue un rôle crucial dans ces opérations de contrebande de l’ÉI. En tant que point d’arrivée d’une large quantité de ce pétrole parvenant au marché mondial, les autorités turques ont, dans la pratique quotidienne, fermé les yeux sur ce marché noir mené par l’ÉI. “Les Turcs ont des relations acrimonieuses avec les Américains,” affirme-t-il, tout en confirmant que les services de renseignement américains sont bien au courant du rôle de la Turquie :

« Les services de renseignement américains surveillent de près toutes ces opérations de contrebande. Quelques-uns de ces renseignements nous sont parvenus. Les Américains savent ce qui se passe. Mais Erdogan et Obama n’ont guère d’atomes crochus. En fait, Erdogan fait ce qu’il veut, et les Américains doivent faire avec. »

Ces allégations ont été confirmées par des turcs proches du gouvernement ou parlementaires. En particulier, une source ayant de nombreuses relations au sein du milieu politique turc, y compris l’entourage du Premier ministre, a affirmé que le soutien de la Turquie aux rebelles islamistes opposés au régime de Bachar el Assad en Syrie avait commencé longtemps avant l’émergence de l’ÉI, et qu’il était décisif dans l’ascension fulgurante du groupe.

La Turquie, qui est depuis longtemps membre de l’OTAN, fait partie de la coalition menée par les États-Unis pour combattre l’ÉI et a pris une part essentielle à l’entraînement des rebelles “modérés”, entraînement supervisé par les services de renseignement occidentaux.

La source a ajouté : « La Turquie joue un double jeu dans sa stratégie syrienne. »

« Depuis le début, la Turquie a financé les groupes islamistes en Syrie, y compris l’ÉI, et elle continue à le faire. L’ampleur de la contrebande de l’ÉI à travers la frontière turco-syrienne est énorme, et en grande partie facilitée par la bénédiction d’Erdogan et de Davitoglu, qui voient dans les islamistes le moyen d’étendre la mainmise de la Turquie sur la région. »

Recep Tyyip Erdogan est président de la Turquie ; et Ahmet Davitoglu en est le Premier ministre. Interrogée sur la contradiction entre ces faits et les récentes opérations destinées à tenter d’arrêter cette contrebande en visant les bastions de l’ÉI de l’autre côté de la frontière, la source a dit que c’était trop peu, trop tard.

“Ces actions sont conformes à la stratégie d’expansion d’Erdogan, a-t-il dit, nous n’essayons pas de détruire l’infrastructure de l’ÉI, nous l’attaquons sélectivement.”

Un réseau d’ombre en pleine lumière

La route de la contrebande pétrolière l’ÉI — qui passe par le GRK et aboutit au port de Ceyhan en Turquie — a récemment été étudiée par deux universitaires de Greenwich.

Le document de George Kiourktsoglou, conférencier en sécurité maritime et ancien stratège de la Royal Dutch Shell, et du Dr Alec Coutroubis, directeur par intérim de la faculté de science et d’ingénierie, visait à identifier les schémas suspects de ce commerce illicite de pétrole.

Leur étude extraordinaire, publiée en mars par la Maritime Security Review, examine en détail la route utilisée par l’ÉI, fondée sur une « chaîne de plaques tournantes commerciales » qui passe par les localités de Sanliura, Urfa, Slirt, Batman, Osmanya, Gaziantep, Simak Adana, Kahramarmaras, Adyaman et Mardin. “La chaîne se termine dans la province d’Adana (sud-est de la Turquie), où se trouve le grand port pétrolier de Ceyhan.”

En comparant les pics des tarifs d’affrètement au départ de Ceyhan avec la chronologie des activités de l’ÉI, l’analyse de l’université de Greenwich a identifié une corrélation significative entre les deux. Chaque fois que l’ÉI combat “à proximité d’une zone comportant des équipements pétroliers, les exportations par Ceyhan augmentent rapidement. Ceci peut être attribué à une augmentation due à la contrebande de pétrole en vue de générer rapidement des recettes supplémentaires.”

Bien que les preuves ne soient pas déterminantes à ce stade, les auteurs ont écrit : “Il y a de fortes probabilités qu’une chaîne d’approvisionnement illicite exporte du pétrole de l’ÉI à partir de Ceyhan” vers le marché global. “Depuis le lancement de l’aventure pétrolière de l’ÉI en septembre 2014, les taux d’affrètement à partir de Ceyhan se sont beaucoup rapprochés de ceux du reste du Moyen-Orient”

Bien qu’ils ne puissent être catégoriques, une recherche approfondie incluant des interviews de sources bien informées tend à démontrer que “ceci est le résultat d’une demande accrue de brut de contrebande à très bon marché, disponible au chargement” à partir du port turc.

Kiourktsoglu et Coutroubis appellent à une “recherche complémentaire” sur les entreprises criminelles de l’ÉI qui “puisse potentiellement définir sa place dans l’économie globale.” Les universitaires ont auparavant exposé ces éléments devant une délégation de parlementaires de la commission des Affaires étrangères sur la sécurité maritime au large de la Somalie.

Leur étude met en évidence les failles de l’approche militaire des États-Unis concernant les opérations pétrolières de l’ÉI. Bien qu’ils saluent la manière dont les États-Unis., la Turquie et les raids aériens des pays du Golfe ont “réduit les recettes pétrolières” de l’ÉI en détruisant plusieurs « installations industrielles », cela n’a pas été assez loin. Ils rapportent que :

« … dans la zone bombardée, les puits n’ont pas encore été ciblés par les É-U ou par l’aviation des alliés, un fait qui peut certainement être attribué à la politique “toxique” de l’époque au Moyen-Orient. »

En dépit des grands convois transportant le pétrole de l’ÉI à travers les zones de Syrie, de l’Irak et de Turquie contrôlées par les gouvernements, « les raids des alliés des États-Unis ne ciblent pas les camions et les citernes de crainte de provoquer une réaction violente de la part des populations locales. » En fin de compte, « les opérations de transport sont faites avec efficacité et ont lieu la plupart du temps en plein jour. »

Le dossier public

Le dossier public contient des preuves qui corroborent les affirmations des sources irakiennes et turques en démontrant une corruption endémique en amont comme en aval de la route de contrebande de l’ÉI.

Des observateurs bien informés à l’intérieur et en dehors de la Turquie ont accusé le gouvernement turc de fermer les yeux sur la contrebande de pétrole à travers la frontière syro-turque dans sa détermination à faire tomber le régime d’Assad.

Des dépositions de procureurs et de témoins, dans les tribunaux turcs, ont révélé qu’à la fin 2013 et en 2014, le renseignement militaire turc avait fourni des armes à l’intérieur de zones syriennes sous contrôle rebelle islamiste, contribuant ainsi directement à la montée de l’ÉI.

Le député d’opposition turc Ali Ediboglu a déclaré l’an dernier que du pétrole de l’ÉI avait été introduit en contrebande en Turquie, pour une valeur de 800 millions de dollars. Il a également dit que plus d’un millier de ressortissants turcs aidaient les combattants étrangers à rejoindre l’ÉI en Syrie et en Irak en passant par le territoire turc. Ces deux phénomènes, a-t-il affirmé, se déroulent au vu et au su du renseignement militaire turc, et avec sa participation.

En juillet 2014, des responsables irakiens ont révélé que, lorsque l’ÉI avait commencé à vendre du pétrole extrait de la province septentrionale de Salahouddine, « les peshmergas kurdes en ont arrêté la vente au début, mais ont plus tard permis aux pétroliers de transférer et de vendre du pétrole. »

Trois mois plus tard, un document du ministère de l’Intérieur du GRK divulgué par le média kurde Rudaw a montré qu’un ancien député de l’opposition, Bourhane Rachid, avait accusé les institutions du GRK de faciliter le flux des fonds et des armes aux militants de l’ÉI en Irak.

« Un parti politique kurde à Erbil a fourni armes et munitions aux militants de l’ÉI en échange de pétrole, » a affirmé Rachid. Le document a révélé que le procureur en chef du GRK avait secrètement préparé un procès contre Rachid à la suite des accusations qu’il avait formulées.

Le procès, qui n’a apparemment pas abouti, était une tentative évidente de réduire les critiques au silence. En janvier cependant, une commission d’enquête dirigée par les ministres du GRK de l’Intérieur et des Ressources naturelles avait largement confirmé les affirmations de Rachid.

Des milieux parlementaires kurdes ayant pris connaissance du rapport final du comité, resté secret à ce jour, ont confié à Rudaw que le rapport confirmait :

« … un certain nombre de fonctionnaires du Parti Démocratique du Kurdistan (PDK), de l’Union Patriotique du Kurdistan (UPK) et des peshmergas ont été impliqués dans le commerce illégal. »

Six mois plus tard, les identités des fonctionnaires visés par l’enquête ne sont toujours pas divulguées et personne n’a été inculpé, jugé ou condamné. Le bureau du GRK au Royaume-Uni n’a pas souhaité répondre à notre demande de commentaire.

Le Groupe Nokan

Cependant, quelques mois après les conclusions du comité, des preuves ont émergé de l’implication du Groupe Nokan, une importante société kurde en lien étroit avec le GRK, dans les ventes de pétrole de l’ÉI.

Dans une lettre au Groupe Nokan, Mark D. Wallace — ancien ambassadeur américain aux Nations Unies sous la présidence de George W. Bush et chef de la direction du Counter Extremism Project, une ONG basée à New York — a jugé fiables « des rapports selon lesquels certaines formations kurdes facilitent le commerce de pétrole de l’ÉI… »

« Plus précisément, certaines sociétés kurdes seraient engagées pour transporter du carburant raffiné à partir de la raffinerie de Baïji contrôlée par l’ÉI, au nord de Tikrit, en Irak, en vue de sa livraison à travers la région kurde par les autorités de la province de Soulaymaniyah, au Kurdistan irakien, au nord-est de l’Irak. »

Meer Soma, une « filiale » du Groupe Nokan, possède ou exploite des camions qui « sont utilisés pour transporter des produits pétroliers traités à partir des raffineries contrôlées par l’ÉI jusqu’à des organismes kurdes à l’intérieur ou aux environs de Kirkouk, » a écrit l’ambassadeur Wallace dans la lettre datée du 20 mars 2015.

Wallace a observé que, selon la presse kurde, Meer Soma figure parmi plusieurs sociétés-écran contrôlées par Nokan et opérant pour le compte du groupe dans le but d’éviter toute association publique avec la société mère.

La Grande-Bretagne impliquée dans le trafic de pétrole de l’État Islamique

Photographie jointe à la lettre de l’ambassadeur Wallace adressée au Groupe Nokan, et reprise par plusieurs comptes-rendus des médias
Selon un rapport de 2012 de l’agence de renseignements d’affaires MarcoPolis basée à Paris, le Groupe Nokan compte parmi les sociétés les plus importantes de la province et « a des intérêts » dans Meer Soma.

En 2014, année de la publication en ligne de photographies montrant des pétroliers de Meer Soma acheminant du pétrole de l’ÉI vers des raffineries kurdes, le site internet de la filiale de Nokan a été supprimé.

Le courrier de l’ambassadeur Wallace n’a pas suscité grand chose sinon le silence. Wallace n’a reçu aucune réponse du groupe Nokan. Le groupe Nokan n’était pas disponible pour fournir le moindre commentaire.

Des copies de ce courrier ont été envoyées aux commissions parlementaires concernées, ainsi qu’à John E. Smith, directeur par intérim du Bureau du ministère des Finances américain pour le contrôle des actifs à l’étranger. Le trésor américain n’a pas donné suite aux demandes d’information concernant les mesures prises pour enquêter sur ces affirmations.

Même un porte-parole du Counter Extremism Project, au nom duquel le courrier fut envoyé, a refusé de faire le moindre commentaire lorsqu’il lui a été demandé de clarifier le suivi effectué par les autorités américaines.

La corruption, Nokan, et le GRK

Le groupe Nokan est un consortium d’entreprises possédées et contrôlées par le parti kurde irakien Union Patriotique du Kurdistan (UPK), qui est un des membres de la coalition majoritaire du GRK aux côtés du PDK.

Le Kurdistan Tribune rapporte que Nokan est dirigé depuis le siège de l’UPK dans la région de Soulaymani. Le journal estime qu’en comptabilisant ses 23 filiales, la valorisation du groupe Nokan approche les 4 à 5 milliards de dollars, soit plusieurs fois sa valeur déclarée.

Le quotidien La Tribune pointe le fait que le business modèle de l’UPK est représentatif du secteur privé dans tout le GRK – gangréné par la corruption et le népotisme, principalement pour enrichir les élites politiques et leurs alliés. “Le modèle économique du Kurdistan fait du marché un monopole au bénéfice de quelques-uns et crée un environnement empoisonné pour les PME,” observe le journal.

Un long article dans The Nation indique que le système clientéliste du GRK exclut et spolie la majorité de la population : “La plupart des entreprises profitables, comme celles qui contrôlent les projets de construction, sont possédées par un Barzani ou un Talabani”, les chefs des deux partis au pouvoir du GRK.

“Mais au-delà les nouveaux faubourgs rutilants, les hôtels cinq étoiles et les voitures tape-à-l’œil se trouve une ville ancienne dans laquelle, disent les critiques, la corruption reste un problème et les limites entre le gouvernement et le privé souffrent d’être troubles,” note le Financial Times.

Jusqu’à l’année dernière, le chef de l’UPK Jalal Talabani présidait l’Irak. Son fils, Qubad Talabani, est aujourd’hui premier ministre adjoint du GRK. Auparavant, celui-ci servait comme représentant du GRK aux États-Unis. Dans le cadre de ses deux fonctions, Qubad a joué un rôle clé dans le développement des relations commerciales avec l’Occident, notamment le secteur pétrolier.

L’autre fils de Jalal Talabani, Pavel, supervise le bataillon anti-terroriste du GRK à Sulaymani, qui est dirigé par un membre de l’UPK, Lahur Sheikh Jangi.

La belle-sœur de l’aîné Talabani, Shanaz Ibrahim Ahmed, est la représentante de l’UPK au Royaume-Uni en charge des relations avec les médias, ainsi que des finances du groupe Nokan.

Qubad Talabani, premier ministre adjoint en titre, doit prononcer un discours à la Kurdistan-Iraq Oil & Gas Conference qui doit se tenir à Londres ce novembre. Cette conférence, organisée par la société britannique CWC Group en partenariat avec le gouvernement d’union UPK-PDK, est sponsorisée par un grand nombre de sociétés du secteur énergétique y compris Exxon Mobil, Chevron, DNO, Gulf Keystone Petroleum et le Qaiwan Group.

Le Qaiwan Group, parmi les sponsors de platine de la conférence londonienne, est sous contrat du ministère de l’énergie du GRK pour construire et opérer les extensions prévues de la raffinerie pétrolière de Bazian dans le cadre d’un Accord d’Achat d’Energie (Power Purchase Agreement).

L’actuelle “phase 3″ de l’extension, qui doit être achevée d’ici 2018, a pour objectif de porter la capacité de la raffinerie de 34 000 à 80 000 barils par jour.

La raffinerie de Bazian est cependant possédée et contrôlée par WZA Petroleum, une autre filiale du groupe Nokan de l’UPK, dominée par la famille Talabani.

Parrwen Babakir est la présidente de WZA Petroleum et, à ce titre, également la propriétaire principale de la raffinerie de Bazian. Babakir est aussi présidente du groupe Nokan et chargée du portefeuille exploitation-production de l’UPK. Elle avait été auparavant nommée ministre de l’industrie du district de Sulaymani par Talabani de 2003 à 2007. Elle n’a pas répondu aux questions concernant le concours présumé du groupe Nokan aux ventes de pétrole de l’ÉI.

Tandis que les officiels du gouvernement du GRK et leurs proches profitent directement des contrats énergétiques lucratifs négociés par le GRK, ces mêmes officiels – qui sont responsables de la lutte anti-terroriste dans la province de Sulaymani – supervisent le groupe Nokan, qui est impliqué dans la contrebande pétrolière de l’ÉI.

La filière britannique

Une entreprise britannique du secteur de l’énergie avec de forts soutiens de l’establishment politique du Royaume-Uni contrôle le champ pétrolier alimentant la raffinerie de Bazian détenue par le groupe Nokan.

La raffinerie, détenue par le groupe Nokan dont les camions ont été vus transportant le pétrole de Daech au travers de la province du Kurdistan irakien, est fournie par le champ Taq Taq du GRK. Le champ pétrolier produit un total de 100 000 barils par jour, la plupart étant expédiés aux raffineries locales. La firme turco-britannique Genel possède une participation de 45% dans le champ pétrolier Taq Taq.

Genel Energy a été formé via une fusion de 2,1 milliards de dollars entre la firme britannique, Vallares Plc, et une compagnie turque, Genel Enerji. La firme est dirigée par Tony Hayward, un ancien président-directeur général de British Petroleum (BP).

Interrogé au sujet de la position de Genel sur sa collaboration avec des institutions impliquées dans le financement du terrorisme de Daech, Andrew Benbow, porte-parole de la compagnie anglo-turque, a répondu : « Toutes ces questions sont à poser au GRK plutôt qu’à nous. »

Selon le rapport final du Comité spécial des Affaires étrangères de la Chambre des communes dans l’enquête sur la politique du gouvernement britannique à l’égard du GRK, publié en janvier 2015, Genel est le seul investisseur britannique majeur dans la province.

Le rapport a noté que la région du Kurdistan détient environ 45 milliards de barils de pétrole — niveau du même ordre que la Libye et le Nigéria — et un “complément” de 311 milliards de m³ de gaz, plaçant ce champ autour de la dixième ou douzième place des réserves mondiales. Le GRK vise à exporter jusqu’à 2 millions de barils par jour d’ici 2020, une perspective d’un énorme intérêt pour les sociétés occidentales, y compris, selon le rapport, “Exxon, Chevron, Repsol, Total, le géant local KAR, et la compagnie britannico-turc, Genel Energy.”

Juste un mois auparavant, le ministre de l’Énergie de David Cameron à l’époque, Matthew Hancock, déclarait à la 4e conférence d’Erbil sur le pétrole et le gaz du Kurdistan irakien que l’Irak “a un rôle majeur à jouer dans la future demande mondiale de pétrole.” Faisant remarquer qu’”est prévu un pic de production en 2020″ de la production américaine de pétrole, il a dit que par conséquent : “Le monde devrait devenir de plus en plus dépendant des réserves irakiennes.”

La production de pétrole irakien va tripler à plus de 8 millions de barils par jour en 2040, il a ajouté : “Les réserves du Kurdistan vont jouer un rôle significatif dans cette augmentation. Cette région est non seulement perçue comme l’une des plus grandes réserves inexploitées de pétrole dans le monde, mais a également un potentiel substantiel pour le gaz.

Genel Energy est positionné pour tirer un profit maximal de l’augmentation de la production kurde, via un choc pétrolier ou tout autre évènement inattendu. Mehmet Sepil, le président de Genel, a dit à la conférence de 2014 que sa société entend jouer un rôle majeur dans l’exploitation des 311 milliards de m³ de gaz de la province kurde.

Une année plus tôt, le groupe parlementaire de tous les partis (GPTP) chargé de la région kurde d’Irak a publié un rapport à partir de sa mission exploratoire de la province, recommandant que le Comité spécial des Affaires étrangères entreprenne cette enquête.

Dans le cadre de la mission exploratoire, le député conservateur Nadhim Zahawi, qui est coprésident du GPTP sur le Kurdistan, visitait la région pétrolière de Taq Taq qui était dirigée par Genel Energy en novembre 2013.

Zahawi détenait des actions de Genel Energy, selon le registre d’intérêts de la Chambre des Communes, ce qui montre qu’il a déclaré sa relation avec Genel en juin 2013. Selon Zahawi, il a vendu ses parts de Genel Energy le 30 avril 2014.

Plus tard en 2013, Zahawi a été désigné par David Cameron au Conseil de Direction du Premier ministre, avec la responsabilité particulière des affaires et de l’économie, un poste qu’il détient toujours.

En juin 2014, Zahawi a été désigné comme membre du Comité spécial des Affaires étrangères, et a joué un rôle clé dans son enquête sur la politique du gouvernement.

“Ce sont évidemment de très sérieuses affirmations dont je n’étais pas au courant auparavant et qui n’ont pas été soumises à l’enquête du Comité spécial,” a déclaré Zahawi au sujet de la lettre de l’ambassadeur Wallace concernant le groupe Nokan. Il expliqua que le comité examinerait les sources de financement de l’État Islamique dans une enquête ultérieure.

Zahawi a également nié être au courant de l’enquête interne du GRK concernant le soutien au terrorisme de l’État Islamique, mais également des affirmations au sujet de la relation entre Genel et Nokan. “En tant qu’ancien actionnaire,” a-t-il expliqué, “je ne connaissais pas plus le détail de leurs opérations qu’un autre actionnaire ou tout membre du public. Je suggérerais que vous soumettiez vos preuves et questions à Genel directement.”

Le GPTP sur le Kurdistan est intimement lié au PUK et au KDP, qui dirigent tous deux les intérêts pétroliers du gouvernement et de l’Occident dans la province. Gary Kent, qui est le directeur des Amis Travaillistes de l’Irak, est payé directement par la Gulf Keystone Petroleum — qui est massivement investie dans les actifs pétroliers du GRK — pour fournir des services de secrétariat au GPTP.

Le GRK et sa branche britannique fournissent également des “services administratifs” au GPTP, ce qui inclut des “dîners pour les parlementaires,” des réceptions annuelles et des délégations du groupe de financement à la province.

Décrivant les découvertes du GPTP sur le Kurdistan en janvier 2014, le vice-président du GPTP Robert Halfon — qui est maintenant ministre (sans portefeuille) du nouveau cabinet de David Cameron et député président du Parti Conservateur — a déclaré à la Chambre des Communes :

“Dans l’ensemble du Kurdistan, les affaires sont florissantes… et les gens sont désireux d’investissement britannique et étranger. La privatisation continue rapidement et de vastes complexes immobiliers sont en construction. D’importantes réserves de gaz et de pétrole qui, de façon inhabituelle dans ces régions, sont utilisées pour l’intérêt du pays ne sont pas détournées par la corruption. Comme je l’ai mentionné lors d’une motion d’urgence [déposée par Zahawi et d'autres]… le GRK peut devenir un important allié pour garantir la future sécurité énergétique du Royaume-Uni.”

En janvier 2015, alors que le Comité spécial des Affaires étrangères publiait son rapport d’enquête, Zahawi était de retour au GRK en tant que membre d’une délégation commerciale officielle du Royaume-Uni, dirigée par le maire de Londres Boris Johnson, récemment nommé au sein du cabinet politique du Premier ministre.

Fracturer l’Irak pour le pétrole

Bien que le GRK ait lancé une enquête sur le financement du terrorisme de Daech par des responsables kurdes alors que l’enquête du parlement britannique était toujours en cours, le rapport d’enquête ne le mentionne pas, et il ne reconnait pas non plus que l’enquête du GRK avait confirmé les affirmations publiées près d’un mois plus tôt.

Le comité parlementaire n’a pas constaté de telles affirmations, et de telles informations n’ont jamais été soumises à l’enquête, a dit Zahawi.

Le rapport parlementaire britannique de 2015 justifie avec insistance les appels à cimenter les liens britanniques-GRK en raison du rôle du GRK comme “partenaire fiable dans la lutte contre le terrorisme.”

Alors que le rapport du parlement s’efforce de souligner la position officielle du gouvernement britannique qui privilégie un Irak unifié, il penche également fortement en faveur d’une solution fédérale qui octroie au GRK une autonomie considérable, basée sur son habileté à exploiter les ressources pétrolière et gazière de la province.

Soulignant la recommandation du ministre britannique des Affaires étrangères de décentralisation maximale comme étant le meilleur modèle possible pour une gouvernance démocratique en Irak, le rapport recommande que le gouvernement britannique soit préparé aux “possibles conséquences d’un éclatement de l’Irak.”

“Une augmentation de l’autonomie du GRK, voire son indépendance, est rationnelle en soi, étant donné son potentiel économique et sa capacité démontrable d’autonomie effective, et est compréhensible en soi, étant donné son histoire récente.” Alors que l’avancement vers l’indépendance n’est pas imminent, “c’est une possibilité à moyen terme, dépendante en grande partie de la stratégie d’exportation d’énergie de la région Kurdistan, ce à quoi le gouvernement britannique devrait être préparé.”

Dans son rapport sur la visite de Zahawi dans les champs pétroliers exploités par Genel Energy, The Independent a observé qu’il n’y avait “aucune suggestion d’une quelconque irrégularité dans les relations avec le GPTP Kurdistan.”

Mais indépendamment des règles parlementaires, le rôle éhonté du GPTP pour favoriser les intérêts pétroliers et gaziers britanniques dans la région n’est guère un secret.

“Nous avons apporté les rapports détaillés de nos délégations auprès des ministres britanniques et d’autres groupes pour promouvoir le message que le Kurdistan est ouvert aux affaires et pour dynamiser les relations britanniques dans le commerce, la culture et d’autres domaines,” a déclaré le GPTP sur son site web.

“Cela a aidé à changer l’approche de la Grande-Bretagne par rapport au Kurdistan… Les rapports du groupe ont aidé à dépasser cette hypothèse erronée et ont persuadé le gouvernement britannique d’envoyer des missions officielles à la foire commerciale d’Erbil – un plus grand nombre d’entreprises britanniques est attendu à la foire du mois prochain.”

Comme de nombreux autres intérêts impliqués, le Bureau des Affaires étrangères de Grande-Bretagne (FCO) a échoué à répondre lorsqu’il était questionné au sujet de la relation qu’a le gouvernement britannique avec les autorités régionales et les firmes impliquées dans la facilitation des ventes de pétrole au marché noir par l’État Islamique.

Le PDG de Genel Energy, Tony Hayward, s’est exprimé pour prendre la défense de la décision du GRK qui demande aux entreprises d’exporter par camion le pétrole brut du champ de Taq Taq en Turquie. La firme anglo-turque reçoit des paiements pour ces exportations directement du GRK, plutôt que du gouvernement de Bagdad, qui les considère comme illégales.

Jusqu’à sa démission plus tôt cette année, l’ancienne députée travailliste Meg Munn était présidente du GPTP sur le Kurdistan aux côtés de Zahawi. Ancienne ministre des Affaires étrangères sous Tony Blair, elle est vice-présidente de la Fondation Westminster pour la Démocratie (FWD), un “organisme exécutif public non ministériel” financé par les Affaires étrangères qui fait la promotion des institutions parlementaires à l’étranger.

Le FWD est sous contrat depuis de nombreuses années avec les Affaires étrangères et le Département Pour le Développement International britannique (DPDI) pour augmenter les mécanismes formels de démocratie en Irak et au sein du GRK.

Toutefois, une analyse indépendante du travail de l’organisation, commandée par le FCO en 2010, concluait que ses propres dossiers internes “fournissent peu de preuves que l’organisation a un impact significatif et durable à long terme.” L’analyse concluait au contraire :

“… l’objet du soutien du parti – strictement défini – n’est pas de présenter des améliorations démontrables du fonctionnement de la démocratie… [mais] permet aux parties prenantes de se livrer à des activités, ce qui serait impossible pour le FCO d’entreprendre.”

Cela concerne des activités politiques “conçues pour aider leurs homologues idéologiques dans d’autres pays” et qui facilitent “l’accès aux partis des démocraties en développement et leur influence,” soutenant ainsi les “objectifs diplomatiques du gouvernement de Grande-Bretagne.”

Donc, la fonction finale du FWD est de promouvoir les intérêts du gouvernement britannique. Sa constitution stipule que les quatorze membres de son Conseil des Gouverneurs doivent être nommés par le ministre britannique des Affaires étrangères, dont huit d’entre eux sont nommés par le parlement. Un rapport annuel du FWD avoue ceci :

“Le FWD offre au FCO et au HMG [Le Gouvernement de Sa Majesté]… une focalisation sur le travail politique que le FCO ou le Gouvernement ne pourraient pas ou ne souhaiteraient pas entreprendre directement… là où le soutien du gouvernement britannique pourrait être interprété comme une interférence étrangère.”

Malgré sa propre description comme “rassembleur neutre” entre les demandes d’unité nationale et de fédéralisation, l’entièreté du programme national en Irak du FWD est dirigé depuis la capitale du GRK, Erbil.

Dans le Kurdistan irakien, cela signifiait pour le FWD, selon le rapport de 2011 du GPTP, promouvoir “une économie de marché démocratique” sûre pour la pénétration de capitaux étrangers : “Le menu inclut un État plus petit mais plus intelligent, une société civile active, un système médiatique libre et professionnel, et plus d’entreprises privées.”

“Le Kurdistan exploite ses richesses pétrolières et gazières de manière louable et en avance sur le planning par le biais d’une utilisation judicieuse du secteur privé,” s’enthousiasmait le rapport du GPTP sous la surveillance de Zahawi et Munn.

“La sécurité énergétique européenne viendra de la capacité d’acheminer le gaz par le projet de couloir énergétique sud sur un siècle. Cela mérite la reconnaissance et le soutien du Royaume-Uni.”

L’ardeur avec laquelle les compagnies pétrolières américaines et britanniques exploitent les ressources des Kurdes irakiens soulève, cependant, des questions urgentes, à savoir si le soutien des gouvernements US-UK à l’égard des liens entre GRK et le pétrole turc ne joue pas en défaveur de la guerre contre l’ÉI, et si cela n’alimente pas le groupe terroriste.

Les Britanniques pas plus que les Américains ne veulent apparemment répondre à ces questions.

Source : Insurge Intelligence, le 31/07/2015

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en cita
nt la source.
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A priori, une grande partie de l'Europe et les USA sont impliqués dans le rachat du pétrole volé par l'Etat terroriste Islamique. Le deal : Pétrole contre Armement !

Publié par Paul

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