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Dans une interview donnée au Parisien mardi 3 novembre, Nicolas Sarkozy dévoilait son idée de ministère de la Sécurité, regroupant à la fois les policiers, les gendarmes, les douanes et l'administration pénitentiaire. Un regroupement qui peut faire sens, mais qui n'est pas sans risques...

Réunir police et gendarmerie sous un seul ministère : pourquoi il ne faut pas trop vite oublier les raisons de cette prudente séparation
Atlantico : Depuis les dernières manifestations de la police, les positionnements à droite pour une fusion des forces de police et de gendarmerie sous les commandes d'un seul ministère sont de plus en plus nombreux, comme le préconise Nicolas Sarkozy. Pour autant, cette idée est-elle pertinente ? Quels sont les risques à réunir toutes les forces armées dans une seule main ?

Mathieu Zagrodzki : L'existence séparée de la police et de la gendarmerie ne procède pas d'une volonté de créer deux corps distincts. Cela résulte de deux processus historiques différents : la gendarmerie nait au Moyen-âge. Son ancêtre apparaît au XIVème siècle, avant d'être développée au XVIème siècle par François Ier. Elle a vocation à lutter contre le banditisme de grand-chemin et le vagabondage. L'ancêtre de la police nationale, la lieutenance générale de police, nait au XVIIème siècle, sous le règne de Louis XIV.

Elle a pour mission la sécurité dans les villes.

Cette dualité a été entretenue par la suite. Au XIXème siècle, notamment sous les deux Empires, les craintes de coups d'Etat étaient légitimes. Aujourd'hui, le contexte fait que c'est moins probable et si quelqu'un parvenait à fomenter un coup d'Etat en rassemblant derrière lui la police, il réussirait probablement à rassembler la gendarmerie. Au vu et au su de ce contexte et du continuum historique dans lequelle nous nous situons actuellement rend la possibilité assez peu vraisemblable. Néanmoins, cela a été une question particulièrement légitime : l'histoire politique de la France de la Révolution jusqu'à Vichy (ou au moins tout du long du XIXème siècle) le montre bien. Nous avons assisté à plusieurs renversements de régimes, quand bien même notre régime contemporain semble assez stable pour éloigner ce risque. En raisonnant par rapport aux problèmes présents, cela ne représente pas un vrai danger. Si la situation se dégradait et devenait comparable à l'instabilité que nous avons connu par le passé, cela pourrait peut-être en être un à nouveau.

Si aujourd'hui le risque de coup d'Etat n'est sans doute pas le plus inquiétant, quelles sont les raisons qui pourraient pousser à ne pas vouloir d'un tel rassemblement ? Pourquoi vaudrait-il mieux l'éviter ?

Certains diront, pour commencer, que policiers et gendarmes ne pratiquent pas tout à fait le même métier. Cela s'explique par des raisons simples : les uns travaillent sur des territoires urbains très denses, les autres travaillent sur des territoires ruraux très dispersés. Prenons quelques chiffres pour illustrer un peu cette différence : la gendarmerie nationale couvre aujourd'hui 95% du territoire. Pour autant, en termes de population, cela correspond à environ 50% des Français qu'il convient de protéger. En d'autres termes, les policiers doivent agir sur 50% de la population et 5% du territoire. Cela traduit assez bien ce différenciel de densité.

Par conséquent, les méthodes de travail diffèrent. Patrouiller en zone rurale ou en zone urbaine, ce n'est pas exactement la même chose. Il en va de même quand il s'agit de mener une enquête. Si l'on fusionnait la police et la gendarmerie, nous nous retrouverions parfois avec des parcours où un individu commencerait en ville et se retrouverait par la suite en rase campagne (ou invervesement, bien sûr). Ca n'est évidemment pas le plus efficace, le plus logique ou le plus pertinent en matière d'évolution de carrière.

Ce n'est pas le seul argument en faveur du maintien d'un statu quo entre police et gendarmerie. Il est aussi possible de revendiquer une tradition de dualisme policier historique, pas uniquement Française mais Européenne. Les pays qui ont une gendarmerie et ont cherché à maintenir ce dualisme sont relativement nombreux, comme l'Italie, l'Espagne, la Turquie... A ceci près, pour le cas de l'Espagne, que les polices sont régionales. La Guardia Civil (gendarmerie espagnole) joue donc le rôle d'une force nationale. Ce n'est pas un besoin que nous avons en France : la police comme la gendarmerie sont des forces d'échelle et d'envergure nationales.

Tag(s) : #ACTUALITES

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