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C’est peut-être en cherchant à attirer l’attention sur ce qui était en train de se passer au sein du géant asiatique, à un moment où les va-et-vient du défaut de paiement grec monopolisent la Une de la presse internationale, qu’un journaliste australien a choisi ce titre choc pour son article sur les fortes chutes boursières à Shanghai et Shenzhen. Malgré les efforts de plus en plus désespérés de la part des autorités pékinoises pour y mettre un frein, cette dynamique se poursuit et menace de s’étendre à d’autres places boursières asiatiques.


Une débandade boursière que les autorités ont du mal à freiner

Les marchés chinois sont en débandade. Le principal indice boursier a plongé de 32% en moins d’un mois, après une chute de 6% ce mercredi 8 juillet. Un véritable désastre pour les nombreux chinois qui se sont rués ces derniers temps sur des actions, mais aussi pour le gouvernement qui cherche à tout prix à contenir l’explosion d’une bulle qu’il a créé a lui-même.

Pékin a pris toute sorte de mesure pour essayer de contrer la chute des places boursières : baisse des taux d’intérêts par la banque centrale, suspension de nouvelles introductions en bourse, allègement des conditions de financement pour réaliser des opérations (dorénavant sont acceptées les maisons et les antiquités comme caution)... Les principaux courtiers et fonds d’investissement se sont engagés à acheter des actions pour soutenir les cours. Pour le dire autrement, l’intervention brutale sur les marchés instaurée depuis mercredi n’a récolté que peu de succès. A tel point que, pour éviter la dégringolade des cours, la meilleure solution est de suspendre les cotations. A partir de mercredi, plus de 500 entreprises qui sont cotés en Chine ont annoncé la suspension de leurs cotations, ce qui élève le nombre de suspension à presque la moitié des sociétés cotées sur les marchés boursiers chinois – exception faite de Hong Kong. La plupart des suspensions ont touchés la bourse de Shenzen, qui est dominée par des petites entreprises. Ce sont près de 1,4 billiards de dollars qui sont immobilisés par ces suspensions, soit environ 21% du total des capitalisations chinoises. Ces suspensions sont devenues le moyen le plus utilisé pour enrayer la chute des indices boursiers ces dernières semaines. En réalité, si les suspensions n’avaient pas eu lieu, il est fort probable que les 28% de pertes qu’a enregistrées la bourse de Shangai Composite depuis le 12 juin, ou la valorisation étaient à son sommet, aurait été bien plus élevées. En prenant comme point de référence les valeurs maximales enregistrées le 12 juin, qui ont doublé en l’espace des 18 derniers mois, le total des pertes de valeur des actions chinoises atteint près de 3,2 billiards de dollars, soit plus que les capitaux boursiers de la France et de l’Espagne réuni.

La création artificielle d’une bulle boursière comme réponse au ralentissement économique

Le ralentissement de l’activité économique chinoise a conduit à une série de mesures monétaires et fiscales pour stimuler la croissance et l’investissement. Ces mesures ont tiré les indices boursiers à des niveaux « d’une irrationnelle exubérance » digne de ceux que la Chine critiquait si sévèrement et qui ont causé la débâcle de Wall Street en 2007-2008 en déclenchant la crise des subprimes.

Effectivement, face aux signes évidents de ralentissement de l’activité économique, les autorités chinoises, effrayées ont pris une série de mesures monétaires et fiscales, dont la première expression a été l’abaissement des taux de réserves obligatoires des banques – afin de stimuler le recours au crédit en facilitant les prêts– décidé par la banque centrale. Au niveau fiscal, une série de mesures pour le secteur immobilier en surchauffe ont été adoptées comme l’abaissement des apports effectifs pour les primo-accédant à la propriété (les apports passant de 30 à 20% du montant du bien à acheter) tout comme pour l’achat d’une résidence secondaire (de 60 à 40%). Ces solutions sont très similaires à celles qui ont été entreprises par toutes les grandes banques centrales pour soutenir un modèle économique à bout de souffle et créer la fausse impression de sécurité qui permet le gonflement des indices boursiers.

Tous les ingrédients sont là pour faire enfler la bulle. Le boom du marché des valeurs boursières a été artificiellement créé par Pékin. Les autorités ont utilisé jusqu’à la propagande étatique pour attirer le maximum de chinois vers l’investissement en Bourse. Les pratiques à risque ont été encouragées, tout comme l’achat d’action via le crédit, ce qui introduit une très forte volatilité des cours.

Tout d’un coup, la folie de la bourse a gagné la Chine. La preuve : le volume des négociations s’est envolé et est parvenu à dépasser de quatre fois la moyenne journalière du New York Stock Exchange (NYSE), la bourse newyorkaise. L’ouverture de nouveaux comptes permettant d’opérer en bourse s’est développée à un rythme supérieur à un million... par semaine ! Pas moins de 8 millions de nouveaux comptes de courtage ont été ouvert durant le premier trimestre de cette année et 4 autres millions durant la seule et dernière semaine de mai. Selon les chiffres publiés par l’agence Bloomberg, plus des deux tiers de ces nouveaux investisseurs n’ont pas été ou ne sont pas diplômés de l’école secondaire (5,8% d’entre eux en savent pas lire). Autrement dit, selon cette agence d’information boursière, ce sont jusqu’aux chauffeurs de taxis et portiers des hôtels qui sont entrés dans la danse. Une danse macabre puisque la croissance des profits de cette année pour les sociétés cotées n’a pas dépassé les 1%, tandis que leurs valeurs boursières ont décuplé.

Un vrai défi pour l’inébranlable Parti Communiste Chinois et des obstacles potentiels à ses plans d’expansion au niveau international

Malgré leur développement, l’immaturité des institutions capitalistes chinoises, notamment sur le marché des capitaux, font qu’à première vue, les risques de contagion systémiques des turbulences boursières actuelles sont limités en comparaison des pays capitalistes avancés. Ainsi, la capitalisation totale de son marché des valeurs – depuis la récente chute – correspond à 66% de la production nationale. Pour les Etats-Unis, ce chiffre atteint les 140% du PIB. Cependant, les banques et les institutions financières qui ont prêtés pour des opérations de “marging-trading” (le recours à un crédit pour investir en bourse, les taux d’intérêt étant remboursé par la plus-value des actifs financiers à la revente) pourraient faire face à des défauts de paiements de ses clients, n’étant plus à même de rembourser les dettes contractées du fait de l’effondrement des valeurs acquises en bourse. Un autre danger potentiel concerne les sources de financement des coorporations privées chinoises endettées à la hauteur de 125% du PIB selon le cabinet de consulting Etats-Unien McKinsey. De leur côté, les entreprises publiques, qui représentent la majeure partie des sociétés cotées en bourse et qui, face aux difficultés pour trouver des sources de financement habituels, ont obtenu du capital frais d’un marché en plein boom, voient leurs plans contrariés.

Déjà en 2007, une période d’euphorie à celle en cours actuellement avait été suivi d’un retournement sur les marchés et une contraction dans les deux mois qui suivirent le krach de près de 71% de la valeur des principales références boursières. Malgré le krach et le choc économique, l’économie s’est maintenue. Ce précèdent montre que la chute actuelle aura toujours des chemins pour retourner à la normal. Mais, au-delà de ces comparaisons numériques, les circonstances sont totalement différentes. Lors du dernier krach boursier, l’économie avait connu une croissance à deux chiffres. Aujourd’hui, le taux de croissance est officiellement réduit à 7% annuel (certains économistes soutiennent que le taux de croissance chinois sur le premier trimestre a été inférieur à 6%).

Dans ce contexte, Pékin a été obligé d’intervenir pour encadrer son marché de valeurs et éviter les conséquences politiques, sociales, financières d’un effondrement total. Malgré la frilosité et les craintes des marchés ces derniers jours, Pékin détient probablement les outils pour gérer une chute des marchés des valeurs. Mais quelques soit les mouvements que Pékin entreprendra à court terme pour apprivoiser les marchés, tant qu’il ne mettra pas en place des solutions alternatives d’investissements fiables, cela aura des conséquences à long terme sur le ralentissement de la croissance de la consommation privée, rendant plus difficile sa stratégie pour rattraper l’économie des pays avancés à un moment de ralentissement économique mondial. Pour comprendre ces difficultés, il faut garder à l’esprit que le développement du marché boursier a été encouragé par les autorités pour répondre à un excès d’épargne interne et le manque d’opportunité d’investissements, particulièrement depuis que la bulle immobilière a commencé à dégonfler.

Enfin, et comme conséquences stratégiques, cela révèle des fragilités dans la source inépuisable du capital chinois à un moment où Pékin lance des initiatives de financements extérieurs ambitieux, comme la “Route de la soie”. Ce programme a pour ambition de lancer des connections et développer le commerce entre la Chine et 65 pays, dont la population totale s’élève à 4 400 millions de personnes, dépend du financement des institutions financières chinoises, comme le fond de la Route de la soie, la banque du développement de Chine, et la China Ex-Im Bank, qui tous recueillent des fonds sur les marchés de capitaux nationaux.

Du point de vue de la stabilité interne, dans le cas où le parti perdait suffisamment la face dans sa dispute avec les « marchés » et échouerait à les stabiliser (et actuellement il ne parvient pas à récupérer la légitimité à aucun de ces deux niveaux), il pourrait s’instaurer une crise de confiance dans l’appareil étatique, jusqu’ici infaillible.

Ce que montre ces événements, et à rebours de la croyance aveugle en la capacité illimitée de contrôle de la bureaucratie chinoise – une question qui s’est renforcée de manière illusoire depuis la crise post-Lehman face à la capacité chinoise à maintenir un taux de croissance élevé dans un contexte de crise –, c’est que les énormes excès de suraccumulation du capital, dont l’économie chinoise offrait des signes flagrants, se paye un jour ou l’autre. Surtout quand, pour soutenir l’économie, on se précipite dans des projets – d’infrastructures et urbains – qui ont exigé une consommation de ciment, qui en seulement trois ans sont équivalents à ceux des Etats-Unis pour tout le XXe siècle.

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Tag(s) : #ACTUALITES

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