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Une taxe sur les billets d'avion permet de financer la lutte contre le sida. Mais la France vient d'amputer de 25MEUR sa contribution... tout en conservant la taxe !

Dix Etats contribuent au financement d’Unitaid qui soutient des programmes de lutte contre le sida et de prévention dans 94 pays au total.
Dix Etats contribuent au financement d’Unitaid qui soutient des programmes de lutte contre le sida et de prévention dans 94 pays au total. (Unitaid.)

Trois semaines à peine après la Journée mondiale de lutte contre le sida, à l'occasion de laquelle François Hollande adressait « un message d'espoir et de soutien aux séropositifs du monde entier », c'est une décision qui fait désordre et soulève une colère noire chez l'ensemble des associations.

D'Aides à Solidarité Sida en passant par Act Up, Sidaction, la Coalition internationale sida (Coalition plus), elles montent toutes au créneau pour supplier le président de la République de sanctuariser les fonds alloués à la lutte contre une pandémie qui a tué 40 millions de personnes depuis trente ans. En revenant pour commencer sur une décision aussi discrète que fâcheuse. Sans tambours, ni annonce, la France vient en effet d'amputer de 25 M€ sa contribution à Unitaid. « Un revers historique, s'indigne l'association Aides. Ce sera la première fois en trente ans que la France rogne sa participation à la bataille mondiale contre une maladie qui tue encore 1,5 million de personnes chaque année ! »

Elle ne coûte pourtant rien à l'Etat, puisque les 110M€ qu'il versait jusqu'ici proviennent d'un financement innovant, pour lequel le pays fait jusqu'ici figure de modèle mondial. Créée en 2006 par la France et le Brésil pour assurer un égal accès aux traitements contre le VIH, le paludisme et la tuberculose, Unitaid soutient des programmes mis en œuvre dans 94 pays, par d'autres acteurs et associations. L'organisation, basée à Genève, a notamment œuvré, en garantissant de gros volumes d'achat aux labos, à faire baisser le prix des médicaments pédiatriques du sida de plus de 80 %. Depuis sa création, Unitaid tire ses ressources à plus de 60 % du financement solidaire innovant made in France, promu en 2005-2006 par le président de l'époque, Jacques Chirac. Depuis, chaque passager d'un avion décollant de l'Hexagone, quelle que soit la compagnie aérienne, s'acquitte d'une taxe incluse dans le prix de son billet. Pas grand-chose : en classe économique, elle est de 1,13 € pour un court ou moyen-courrier, 4,50 € pour les destinations au long cours...

 
 



Dix Etats, dont certains des pays les moins développés qui bénéficient de l'aide mondiale, comme le Congo ou Madagascar, participent depuis à leur échelle, grâce à une taxe similaire. « Faire ainsi de la mondialisation un outil de solidarité active était l'une des meilleures idées de la diplomatie française ces vingt dernières années », commente Alix Zuinghedau, à la Coalition internationale sida. En France, près de 200 M€ sont ainsi collectés chaque année. Cent dix millions de ce fonds solidaire, qui transite par Bercy, doivent être reversés à Unitaid : un montant fixe, établi par décret en 2010. « A ma connaissance, il n'a pas été révisé. J'espère vraiment que le président va rétablir les choses », soupire amèrement l'ex-ministre de la Santé et président du conseil d'administration d'Unitaid, Philippe Douste-Blazy. L'organisation a simplement été prévenue par un courrier minimaliste du ministère des Affaires étrangères le 8 décembre que la contribution de la France serait cette année de 85M€. Au terme de leurs rendez-vous au Quai d'Orsay et à l'Elysée, il a été expliqué aux associations que la France se trouvait un peu à court pour participer à l'élan international en faveur de la lutte contre Ebola. « Aberrant, quand on sait que la lutte contre Ebola en Afrique s'appuie sur les structures qui ont été mises en place pour le sida », juge Antoine Henry, chez Aides, où l'on a peine à croire que le pays soit à ce point aux abois pour « aller voler 25 millions dans la poche d'Unitaid ». Vingt-cinq millions d'euros, « c'est une goutte d'eau dans le budget de la France », s'emporte-t-il, « mais un an de médicaments VIH pour 200 000 enfants ou des millions de traitements antipaludisme », calcule Philippe Douste-Blazy.


source via Maître Confucius

Tag(s) : #SANTE

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